jeudi, 15 novembre 2018
 

La Côte d’Ivoire en guerre

Le conflit ivoirien n’est pas seulement un conflit ivoiroivoirien mais bien un conflit régional. En effet, les conséquences de cette crise dépassent largement les frontières de la seule Côte d’Ivoire, d’abord à cause du pouvoir économique de ce pays dans la sous-région, ensuite parce que de nombreux « étrangers » de la sous-région (Burkina Faso, Mali, Sénégal…) y vivent depuis des lustres. Depuis le 19 septembre 2002, date de la tentative de prise de pouvoir par des rebelles, la Côte-d’Ivoire est coupée en deux. Le Nord est contrôlé par les Forces Nouvelles et le Sud par les Forces Loyalistes.

Dès l’indépendance en août 1960, le Parti Démocratique de Côte-d’Ivoire, PDCI, et son leader, Félix Houphouët-Boigny, placent le pays sur les rails de la croissance en appliquant une politique donnant, certes, un rôle central à l’Etat mais aussi aux investissements privés et aux capitaux étrangers. Les transformations positives pour l’économie, la santé, ainsi que l’éducation sont alors spectaculaires et le niveau de vie des Ivoiriens s’en trouve fortement amélioré. D’environ 4 millions en 1960, la population augmente et atteint 12 millions d’habitants en 1980. Cette augmentation est certes due à l’amélioration des conditions de vie mais aussi à l’immigration. De nombreux Maliens, Burkinabé et Sénégalais s’installent dans le pays en quête d’une vie meilleure. Ils vont largement contribuer au développement de la Côte-d’Ivoire. D’ailleurs, Félix Houphouët- Boigny encourage ces migrations et la Côte d’Ivoire est reconnue dans la sous-région comme un pays ouvert, tolérant et chaleureux. Mais à partir de 1980, l’économie stagne à cause de la détérioration des termes de l’échange. À la mort de Félix Houphouët-Boigny, Henry Konan Bédié du PDCI remporte les élections de 1995 mais celles-ci sont largement boycottées par l’opposition. Contrairement à son prédécesseur, Bédié commence à poser un concept nouveau, l’ivoirité, qui finit par gangrener tout le pays. Ce concept flou, mis au départ en exergue pour affirmer une identité ivoirienne reposant sur l’ethnicité, devint finalement un moyen d’empêcher le principal opposant Alassane Ouatara, du Rassemblement des Républicains de Côted’Ivoire (RDR) d’accéder à la présidence en mettant en doute sa nationalité ivoirienne. Notons seulement que Ouatara a été le Premier Ministre de Félix Houphouët-Boigny. Konan Bédié est renversé en 1999 par des soldats mécontents qui placent à leur tête le général Robert Gueï qui tente de s’imposer par la force aux élections d’octobre 2000 mais est contraint de reculer à cause des manifestations de rue. La cour suprême déclare alors Laurent Gbagbo, leader du principal parti d’opposition le Front Populaire Ivoirien (FPI), président de la République. Ce dernier, socialiste, décide pourtant de renouer avec le vieux concept d’ivoirité et tient un langage double et assez trouble. Il met cependant en place un gouvernement d’union nationale. Le 19 septembre 2002 marque une nouvelle étape dans le conflit. Des militaires partis du Burkina Faso s’emparent de plusieurs villes du Nord (Bouaké et Khorogho) mais sont mis en échec à Abidjan. Et depuis, malgré plusieurs tentatives de médiation africaines et française, c’est le statut quo, chaque camp gardant ses positions. Le principal leader des forces nouvelles (qui contrôlent plus de 50% du territoire), Guillaume Soro, est alors nommé Premier Ministre après les accords de Ouagadougou.

Au Burkina Faso, le pouvoir en place profite de la situation pour créer une union nationale autour du président burkinabé Blaise Compaoré, arrivé lui-même au pouvoir par un coup d’Etat militaire, le 15 octobre 1987. Son règne est aujourd’hui troublé par l’assassinat du journaliste Norbert Zongo, dont le pouvoir n’arrive pas à se défaire. Ainsi, l’instrumentalisation du conflit ivoirien par le régime de Campaoré est un véritable « coup politique » et prouve que ce dernier est un fin politicien. Soutenu par la France, il a su tirer les ficelles comme un véritable marionnettiste pour rester au pouvoir depuis plus de 22 ans, devenant même un poids lourd de la sous-région, capable de déstabiliser les pays voisins. Le rôle du Burkina Faso dans les conflits libériens et ivoiriens est connu de tous, mais le bon élève du FMI et de la Banque mondiale a les reins solides. Tant que l’économie va, tout va… même si on est plutôt proche d’un « Etat voyou ».

La Côte-d’Ivoire doit sortir de la crise qu’elle traverse, c’est nécessaire. Ce pays a su pendant de nombreuses années accueillir ses voisins à bras ouverts. Comment en quelques années a-elle pu changer à ce point ? Un proverbe africain dit que le bois a beau séjourner dans l’eau, cela n’en fait pas un crocodile. Espérons seulement que le bois ivoirien noyé dans la mare politicienne retrouve sa véritable nature et ne devienne jamais un crocodile. Espérons que la Côte-d’Ivoire retrouve sa véritable nature, celle d’un peuple de tolérance, d’ouverture et celle d’un peuple de travailleurs.

Moulzo

 
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