mardi, 17 juillet 2018
 

Guinée : Declaration de l’OGDH sur les récentes tuèries perpétrées par les forces de l’ordre à Zogota

Dans la nuit du vendredi 3 août au samedi 4 août, à 1h du matin, des agents armés ont débarqué dans le district de Zogota, sous-préfecture de Kobela, préfecture de N’zérékoré. Cette descente serait, selon nos sources, consécutive à des manifestations de la population contre une société minière brésilienne basée dans la localité d’Agopé. Les manifestants réclamaient l’embauche prioritaire de leurs ressortissants au sein du projet. Toujours, selon nos sources, la cité minière d’Agopé a été vandalisée par certains de ces manifestants.

C’est en réaction à ces actes que des hommes en armes ont été dépêchés pour réprimer avec violence de paisibles populations qui dormaient à l’heure de la descente.

On dénombrerait pour le moment cinq (5) morts et trois (3) blessés graves dont deux (2) amputés chacun d’un bras et un atteint par balle à l’abdomen. Beaucoup d’habitants ont déserté le village pour entrer dans la brousse. Ce qui fait qu’il est difficile de faire un bilan exhaustif des victimes. Si la mise à sac de la cité d’Agopé constitue un délit pénal grave susceptible d’être porté devant la justice, l’usage de la violence avec des moyens disproportionnés ayant causé des pertes en vies humaines et l’atteinte à l’intégrité physique des personnes constitue des violations graves des droits de la personne qui s’analysent en :

1. Non respect du code de procédure pénale qui interdit toute arrestation entre 21h et 6h du matin sauf en cas de flagrant délit.

2. Atteinte à l’intégrité physique des personnes, à leur vie en violation flagrante du droit national guinéen (articles 5, 6 de la constitution), de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des peuples (article 4), de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (articles 3 et 5) et du pacte international relatif aux droits civils et politiques (articles 6 et 7).

Ces événements interviennent dans un contexte très tendu en Guinée Forestière : D’une part avec :

Une circulation massive d’armes légères et d’anciens rebelles incontrôlés des factions de l’ULIMO et du LURD toujours actifs dans une région frontalière avec des pays encore fragilisés par les conflits qu’ils ont connus (Côte d’Ivoire, Liberia, Sierra Leone)

D’autre part avec :

Des conflits délibérément entretenus entre autochtones et allochtones éleveurs qui ont provoqué des massacres collectifs de plus de mille (1000) têtes de bœufs.

Un contentieux entre la SOGUIPAH et la population de Saoro qui s’est soldé par une descente musclée des forces de l’ordre et l’incarcération sans jugement de plus de 50 personnes.

Des stigmates et rancœurs provoqués par les affrontements intercommunautaires à Galakpaye dans la préfecture de Yomou toutes choses qui constituent un terreau favorable à une implosion aux conséquences imprévisibles.

L’OGDH condamne fermement tous les crimes et délits commis à Zogota. Elle en appelle :

a) Aux autorités judiciaires pour qu’elles diligentent, dans les meilleurs délais, des enquêtes afin d’identifier et de juger aussi bien les commanditaires que les auteurs de tous les crimes commis en cette circonstance.

b) Aux partis politiques, aux organisations de la société civile et aux sages des communautés vivant en Guinée Forestière pour qu’ils mettent tout en œuvre afin d’aplanir la situation de crise latente que vivent les populations de cette région.

c) Au gouvernement pour qu’il ait la volonté politique réelle de prendre en main l’ensemble des défis sécuritaires et relationnels qui se posent à la Guinée en vue de créer les conditions d’une cohabitation paisible entre des populations qui ont toujours vécu dans l’harmonie et la paix sociale. Veiller au respect scrupuleux des droits fondamentaux reconnus aux citoyens guinéens par l’ensemble des textes nationaux, sous-régionaux, régionaux et universels en vigueur en République de Guinée.

d) À la communauté internationale pour qu’elle ne se laisse pas distraire par l’absence de conflit ouvert et penser que la République de Guinée est un havre de paix. Tout en veillant à la bonne conduite des reformes engagées dans les secteurs de la sécurité et de la justice, elle doit faire preuve de fermeté face à toute tentative de remise en question du processus démocratique seul garant de l’instauration d’une bonne gouvernance.

Le Président

Dr Sow Thierno Maadjou

 
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