vendredi, 24 novembre 2017
 

Guinée : Manifestation à Pita contre le viol

Face à récurrence du viol en Guinée, des initiatives se créent de plus en plus dans le pays pour dénoncer et lutter contre le phénomène.

C’est dans ce cadre de que l’ONG Femmes Développement et Droits Humains en Guinée (F2DHG) a organisé une manifestation le week-end dernier dans la préfecture de Pita en Moyenne Guinée, où le viol connait une certaine recrudescence ces dernier temps.

La marche de sensibilisation a eu lieu dans la matinée du samedi. Les manifestants munis de pancartes et de banderoles ont défilé sur toute la ville de Pita avant de faire un sit-in au siège de la préfecture où les autorités locales les attendaient.

La marche est partie de la maison des jeunes de Pita avec une forte mobilisation des femmes de la zone et des jeunes filles accompagnées de plusieurs acteurs de l’action sociale. Leur démarche visait à dénoncer les viols commis dans Pita et ses environs.

Salamata Bah, diplômée en Droit était de la partie : « Nous sommes là pour accompagner les victimes qui n’arrivent pas à briser le silence pour dénoncer leurs bourreaux. Il faut qu’on marche pour que les viols cessent sur nos sœurs, nos mamans. Il suffit d’écouter la radio pour comprendre la récurrence du viol à Pita surtout en zone rurale de surcroit sur des adolescentes. Je m’engage à accompagner cette ONG jusqu’au bout. Il faut que ça cesse et que les victimes dénoncent les auteurs parce que c’est un crime », a crié cette manifestante.

Pour Diallo Amadou, directeur des programmes de l’ONG femmes, développement et droits humains cette manifestation a été initiée pour amener les gens à prendre conscience sur le phénomène d viol. Ce projet a été initiée dans le cadre la lutte contre le viol fait aux mineures à Pita, explique ce responsable de l’ONG, qui a précisé qu’une une table ronde a été organisée à la commune urbaine de PITA, suivie d’une émission interactive où des victimes ou leurs parents ont témoigné dans l’anonymat.

« Ce matin nous avons organisé cette caravane pour faire comprendre aux gens que le phénomène de viol est une réalité à Pita. Dans les rangs de marcheurs, il y avait trois catégories ; les jeunes filles qui disent être les victimes étaient devant pour réclamer leurs droits. Au deuxième rideau, les femmes qui sont doublement victimes, victimes en tant que mère et parfois c’est elles-mêmes qui sont violées. Maintenant nous les hommes nous sommes restés au troisième rideau pour dire que nous accompagnons. Pare que premièrement c’est nos sœurs, c’est nos filles, nos mamans qui sont violées, il faut dénoncer. De l’autre coté, c’est les hommes qui violent, il fallait l’avouer c’est nous qui violons. Toute agression sexuelle ne se fait pas sans qu’un homme ne soit impliqué. Voilà en quintessence l’idée de cette caravane », explique Amadou Diallo.

Au lieu du sit-in à la préfecture de Pita, la présidente de l’ONG, Moussa Yero Bah a donné des statistiques qui révèlent la montée du phénomène devant les autorités préfectorales et communales.

« Les violences faites aux femmes et les violences sexuelles sont malheureusement une triste réalité en Guinée. Les statistiques en font foi. Depuis le début de l’année 2016, le pays a enregistré 57 cas viols selon des chiffres publiés par le ministère de l’action sociale. Cette situation interpelle plus d’une personne », a martelé Moussa Yéro Bah.

Des chiffres qui font froid au dos…

En ce qui concerne la préfecture de pita, la ligne rouge des agressions sexuelles et viols a été franchie, a-t-elle ajoutée. Pour preuve : une fillette de 11 ans en classe de 4ème Année a été violée dans la commune urbaine, le 15 février 2015, une femme de 30 ans violée le 22 Mars 2015 dans la sous-préfecture de Maci, le viol collectif d’une fille de 19 ans le lundi 26 octobre à Bourouwal Tappé, le viol d’une fille suivi d’assassinat toujours à Bourouwal Tappé le 12 mars 2016, le viol d’une autre fille à Ninguelandé le 13 mars 2016 ; le viol d’une fille de 9 ans par son maitre coranique le 4 Avril 2016 quartier Ley-Saaré dans la commune urbaine et le viol d’une fille de 14 ans le 28 Avril 2016 dans la commune urbaine. « Cette liste n’est pas exhaustive », a précisé Mme Yéro Bah.

Stigmatisation

La journaliste a rappelé que le commissariat central de Pita a révélé qu’il y a eu 10 cas de viols et de tentatives de viol au cours de l’année 2015 et 7 cas en 2016. 98% des cas ne sont pas révélés à cause de la stigmatisation que cela pourrait engendrer d’une part, les pesanteurs socioculturels, la lenteur et le laxisme dans les procédures d’autre part, a observé Moussa Yéro Bah. Pourtant, souligne-t-elle, la Guinée a ratifié toutes les conventions internationales en matière de respect des droits de femmes et filles. « Le viol est un crime il faut que ça cesse », a-t-elle lancé.

Recommandations…

L’ONG recommande que ceux qui sont reconnus coupables de viol soient condamnés comme le stipule le code pénal en son article 321. Elle suggère aussi une synergie d’actions entres les structures publiques et privées qui traitent les questions sur le genre et l’implication de toutes les autorités qu’elle soit administrative ou religieuse pour mettre fin au viol en Guinée.

En guise de réponse, le secrétaire général chargé des collectivités décentralisées et le président de la délégation spéciale de Pita ont salué la démarche de l’ONG femmes, développement et droits humains en Guinée. Ils ont suggéré à ce que les caravanes de sensibilisation soient élargies jusque dans les communes rurales afin d’attirer l’attention des uns et des autres.

Source : Africa Guinée

 
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