dimanche, 23 septembre 2018
 

Le grand arbre de la Françafrique refleurit-il en Guinée ?

Le « non » à la colonisation française, exprimé en 1958 face au général de Gaulle par le peuple révolutionnaire de Guinée a entraîne une « punition » systématique de ce pays par la France. Cette dernière a, en fait, « saboté » l’économie de la jeune Guinée indépendante en enlevant toutes les technologies qu’elle pouvait emporter au moment de son départ. Aujourd’hui, connaissant l’immensité des richesses du sol et du sous-sol guinéens, la France ne voudrait pas rater l’occasion de faire son « come-back ». Ce qu’elle ne contrôlait pas lors des deux régimes précédents (sous Sékou Touré, de l’indépendance en 1958 jusqu’à sa mort en 1984, puis sous Lansana Conté de 1984 jusqu’à fin 2008), le nouveau régime militaire actuellement en place l’offrira t-il ? Le secrétaire d’Etat français à la Coopération, Alain Joyandet, a effectué une visite en Guinée début janvier 2009, peu de temps après la prise du pouvoir par des militaires sous la direction de Moussa Dadis Camara, le 23 décembre 2008. Le ministre français s’est permis de dire ce que le junte devait faire pour que la France coopère avec elle, à savoir nommer un gouvernement civil et, ensuite, organiser des élections. Pourtant, avant son arrivée sur le sol guinéen, un Premier Ministre civil (nommé par les militaires du Conseil national pour la démocratie et le développement CNDD) se trouvait déjà à la tête du gouvernement. Le président militaire, Moussa Dadis Camara, avait déjà annoncé publiquement que des élections seraient organisées, une promesse qu’il avait fait aux partis politiques, syndicats et organisations de la société civile. Comme s’il s’agissait de se donner un prétexte pour entrer dans le « jeu » guinéen, la France, par la voix de Joyandet, s’est dépêchée de promettre rapidement son aide pour la mise en place des élections. Paris n’accusera aucun retard pour tenter de tirer profit du changement intervenu en Guinée. Alain Joyandet s’est attelé à cette tâche en annonçant que Paris aidera financièrement la commission chargée d’organiser les élections, et enverra un juriste pour « rafraîchir » la Constitution guinéenne. Ces paroles ont enflammé le coeur de nombreux intellectuels guinéens : le ministre français faisait comme s’il n’existait pas de juristes de valeur en Guinée ! Combien de juristes guinéens ont enseigné dans des universités et facultés de droit, en France même ? Telle était la question soulevée par ces Guinéens, sur un ton de révolte, dès qu’ils ont appris la nouvelle dans les journaux. Par ailleurs, comment qualifier ce « rafraîchissement » annoncé de la Constitution par la France, si on se réfère aux cas récents de la république du Togo et de la Côte-d’Ivoire ? Dans le premier cas, la France a soutenu pendant plus de quatre décennies, et soutient toujours un régime dictatorial détenu par un seul clan familial, qu’elle a aidé à élaborer ses textes juridiques et dont elle couvre les mascarades électorales. Dans le second cas, elle a promis de contribuer à la tenue d’élections, l’entreprise française Sagem – qui se fait bien évidemment rémunérer ses services par les contribuables ivoiriens – ayant procédé à la mise en place de nouveaux documents d’identité et d’un nouveau registre d’électeurs. Or, les élections promises ne se profilent toujours pas à l’horizon en Côte-d’Ivoire. Ce n’est pas le cas de la république de Guinée, où le pouvoir en place a publiquement annoncé la tenue d’élections législatives, le 11 octobre, de l’élection présidentielle, le 13 décembre. L’actuel président militaire, Moussa Dadis Camara, a suivi en cela une feuille de route qu’avaient élaborée des partis politiques d’opposition et des associations représentant la « société civile ». La France aimerait bien tirer son épingle du jeu, en profitant notamment de la renégociation – annoncée par le régime – des contrats miniers. Alors que jusqu’ici, les richesses de la Guinée (notamment la bauxite) étaient plutôt exploitées par des intérêts nord-américains ou russes, la France espère sortir grande gagnante d’un éventuel changement de cocontractants. En attendant, le peuple guinéen aimerait surtout que la France revienne sur les conditions humiliantes et extrêmement draconiennes d’accueil et d’attribution des visas.

Touré et Berthold

 
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