mardi, 26 septembre 2017
 

La peur des rebelles hante encore les éleveurs maliens

GAO - Malgré la victoire d’Ibrahim Boubacar Keita lors de l’élection présidentielle qui s’est tenue dans un climat paisible, des violences sporadiques continuent de secouer le nord du pays, où, depuis plusieurs mois déjà, les éleveurs ne peuvent plus emprunter les routes traditionnelles pour chercher des pâturages par crainte d’attaques des bandits et des rebelles.

Des attaques sporadiques continuent à Gao, Tombouctou et dans la zone de Kidal, ont dit à IRIN des éleveurs.

Bon nombre d’entre eux ont peur d’entrer dans les villes qui ont connu des affrontements entre des résidents locaux et des personnes déplacées, qui se sont installées en périphérie ; ils craignent également que les rebelles ne volent leur bétail et leurs moutons les jours de marché s’ils entrent dans les villes.

Parmi les rebelles figurent les membres du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), qui sont principalement établis à Kidal, mais aussi dans des villages situés au nord de Menaka, dans la région de Gao. Ailleurs, des résidents locaux se sont joints à des groupes islamistes ou aux rebelles touaregs séparatistes.

« Certains islamistes n’ont pas quitté les villages et les zones rurales après l’intervention militaire française, ils se sont cachés au sein de la population locale quand ils ont été chassés des villes principales »,

a dit le capitaine Traoré de l’armée malienne depuis Bamako.

M. Keita [ http://thinkafricapress.com/mali/ib... ] aura beaucoup à faire pour mettre fin à l’insurrection et ramener une paix durable dans le Nord.

Des éleveurs de Forgho, commune située à 25 km au nord de la ville de Gao, et de Bourem, qui se trouve sur la route de Kidal dans la région de Gao, ont dit à IRIN qu’ils avaient été attaqués alors qu’ils quittaient le marché pour repartir dans le désert avec leurs animaux.

« Ils [les rebelles] menaçaient les éleveurs dans la brousse et ils arrêtaient les éleveurs sur la route du marché pour voler leur bétail »,

a dit Aklini Moliomone, un éleveur de Forgho, qui appartient à l’ethnie songhaï.

Les vols se sont multipliés sur la route de Gao à Tessalit dans la région de Kidal, selon Cyrille Zimmer, officier en charge de la communication de l’armée française.

Des violences ont également éclaté entre des éleveurs maliens et des personnes déplacées ou des réfugiés revenant du Niger, du Burkina Faso et de la Mauritanie. Ils sont en concurrence pour l’accès aux rares pâturages, indique Tassaght, une organisation non gouvernementale (ONG) malienne basée à Gao.

Les réfugiés maliens du Nord ont commencé à revenir [ http://www.irinnews.org/fr/report/9... ] au Mali depuis le camp de Mbera en Mauritanie, en passant par Niafunké dans la région de Tombouctou pour rejoindre la ville de Tombouctou.

« Les éleveurs du Burkina Faso qui avaient l’habitude de traverser la frontière malienne avec leurs animaux n’étaient pas prêts à partager les ressources limitées avec les déplacés »,

a expliqué Wanalher Ag Alwaly de l’organisation Tassaght depuis Gao.

Les pluies de l’année passée ont amélioré la disponibilité en pâturage dans la quasi-totalité du nord du pays, mais un grand nombre d’éleveurs ont indiqué qu’ils n’avaient pas pu en profiter. Cette année, les pluies sont arrivées en retard - il y a deux semaines - dans une grande partie du Nord et elles ont été faibles jusqu’à présent. Ainsi, les pâturages sont peu abondants, indiquent les éleveurs.

Rivalité pour les pâturages

« Il n’y a quasiment ni herbe ni eau, car il y a tellement d’éleveurs dans cette zone et seulement des pâturages limités. Nous devons parcourir beaucoup de chemin pour trouver de la nourriture pour nos animaux »,

a dit M. Moliomone.

Comme des milliers d’éleveurs, Moussa Ag Bilal, un éleveur de 60 ans, est venu à Forgho le jour de marché dans l’espoir d’obtenir un bon prix pour ses animaux - des chèvres et une vache tellement maigre qu’elle ne produit plus de lait. Lorsqu’un acheteur potentiel s’est approché pour inspecter les animaux, M. Ag Bilal l’a doucement tournée pour cacher ses côtes saillantes. Craignant les rebelles, il a dit à IRIN qu’il avait trop peur pour déplacer ses animaux dans les zones de pâturages situées au nord de Gao.

Si les forces de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) et les soldats maliens sont présents dans les grandes villes, les zones rurales sont parfois laissées sans surveillance.

Selon la MINUSMA, le MNLA contrôle toujours la situation dans certaines parties de la région autour de Menaka, alors que des personnes suspectées d’appartenir à Ansar Dine et au Mouvement pour l’unité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) ont été aperçues dans certaines parties de la région de Kidal. Une augmentation des attaques a été enregistrée sur la route de Gao à Kidal - notamment au nord de Tessalit ; des engins explosifs improvisés sont parfois utilisés.

« La semaine dernière, un camion transportant des denrées alimentaires a été arrêté et la cargaison a été dérobée par les rebelles »,

a dit Michel Bonnardeux, porte-parole de la MINUSMA dans la capitale Bamako.

Les explosifs non explosés et les armes abandonnées et cachées sur le terrain par les groupes armés représentent également une menace pour les éleveurs et leurs animaux.

Les tensions aggravent la détresse des éleveurs - bon nombre d’entre eux se sont fait confisquer leur cheptel par les rebelles ou les islamistes, ou n’ont eu d’autres choix que de manger leurs animaux pour survivre en raison des prix élevés et de la faible disponibilité de la nourriture dans une grande partie du nord du pays depuis l’occupation des islamistes. « Bon nombre [d’éleveurs] sont partis sans leurs animaux. D’autres ont perdu leur bétail lorsque les rebelles ont attaqué leur village. Ils sont revenus sans rien, car ils ont perdu leur seule source de revenus », a dit M. Ag Alwaly de l’organisation Tassaght.

« Les mois de mai, juin et juillet sont toujours difficiles pour les éleveurs maliens »,

a-t-il continué.

Des animaux plus faibles que l’année dernière

« Le bétail meurt de faim. Cette année, l’occupation islamiste et le conflit qui s’en est suivi ainsi que les attaques continuelles des rebelles compliquent encore davantage leurs conditions de vie »,

a dit à IRIN Ahmed Ag Algarbi, un éleveur touareg originaire de Teshak, un village touareg de la région de Tombouctou : « Pendant deux ans, nous n’avons rien eu à manger. Nous avons été forcés de tuer nos chèvres pour nourrir nos familles. La vie dans le désert est difficile. Avant, nous avions nos animaux au moins, aujourd’hui nous n’avons rien ».

La majorité des animaux que les journalistes d’IRIN ont pu voir semblaient frêles et très faibles, plus encore que l’année dernière à la même période, selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Depuis janvier, le CICR et la Croix-Rouge malienne ont distribué environ 400 tonnes d’aliments pour animaux, espérant venir en aide à 30 000 éleveurs pendant la saison maigre. Tassaght achète de la viande à un prix supérieur au cours du marché et la distribue aux familles de Gao et des villages voisins pour renforcer les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire. Selon Atarouna Abdoulaye, un éleveur basé à Gao, les prix des chèvres et des moutons sont passés de 30 dollars à 6 ou 8 dollars sur certains marchés.

La Croix-Rouge a également vacciné deux millions de bovins, de moutons, de chèvres, de chameaux et d’ânes pour améliorer leur santé à l’approche des pluies. Souvent maigres et affaiblis, les animaux succombent à des maladies ou se noient lorsque les pluies arrivent, selon Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières à Bamako. Mais, entre les mois de janvier et de juillet, l’insécurité a entravé la capacité des ONG et du CICR à distribuer de la nourriture, des semences, des engrais et des outils dans certaines zones, selon Jean Cimangay, chargé de projet du CICR.

Tassaght prévoit de donner aux éleveurs qui reviennent des petits troupeaux d’une dizaine de têtes chacun pour les aider à reconstruire leur vie.

« Certains éleveurs avaient des cheptels de plus de 100 têtes. Dix chèvres, c’est peu, mais c’est un début »,

a dit Ag Alwaly.

Source : http://www.irinnews.org

 
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