mercredi, 20 mars 2019
 

Les organisations humanitaires envisagent d’étendre l’aide au nord du Mali

DAKAR - Les organisations humanitaires envisagent de reprendre et de renforcer leurs interventions dans le nord du Mali, alors que les troupes françaises et maliennes viennent de libérer les villes clés conquises par les militants islamistes qui contrôlaient la région depuis neuf mois.

Durant cette période, les opérations humanitaires ont été suspendues ou limitées, et la liberté de circulation de la population locale a été entravée en raison de l’insécurité qui régnait dans le Nord.

« Le problème de l’accès est à double tranchant. Bon nombre de personnes soignées pour malnutrition n’ont pas pu se rendre dans les centres de soins et les personnels de santé étaient dans l’incapacité de se déplacer. Les routes principales étaient bloquées », a dit Lucile Grosjean, responsable de la communication d’urgence d’Action contre la faim (ACF).

« La situation est toujours fluide. Nous allons voir comment elle va évoluer. Il y a un mois, Gao [ville du Nord-Est] était contrôlée par le MUJAO [Mouvement pour l’unité et le jihad en Afrique de l’Ouest] », a dit à IRIN Mme Grosjean. Le MUJAO est l’un des trois groupes de militants islamistes liés à Al-Qaida qui se sont emparés du territoire du nord du Mali.

ACF, qui mène des programmes de nutrition et de santé dans le nord du pays, a poursuivi ses interventions sous le règne des islamistes, mais uniquement dans les villes principales ; l’organisation a été obligée de suspendre les opérations des équipes médicales mobiles sur le terrain, a dit Mme Grosjean, ajoutant que la priorité était désormais de « renforcer notre programme dans les environs de Gao ».

Des combattants islamistes ont pillé les entrepôts du Programme alimentaire mondial (PAM), ce qui a entraîné la fermeture des bureaux et le retrait du personnel. Le PAM, qui intervient par l’intermédiaire de ses organisations non gouvernementales (ONG) partenaires dans le nord du pays, reprend lentement ses opérations dans la région, a dit Zlatan Milisic, directeur du PAM au Mali.

« En 2013, nos opérations doivent évoluer pour passer de la réponse d’urgence à la sécheresse et au conflit de 2012 à une réponse aux conséquences du conflit dans le Nord », a dit M. Milisic à IRIN.

« Dès que les barges qui sillonnent les eaux du Niger ont commencé à remonter le fleuve en direction du nord de Mopti, nous avons commencé à planifier la reprise de nos opérations », a-t-il dit, expliquant que le PAM avait acheminé quelque 600 tonnes de denrées alimentaires destinées à 35 000 habitants de la région de Tombouctou dès la fin du mois de janvier.

Le PAM prévoit de tripler la quantité de denrées alimentaires destinées aux habitants du Nord et d’ouvrir une route de transport entre Niamey, la capitale du Niger voisin, et Gao, a dit M. Milisic.

Les conditions de vie des habitants du nord du Mali (déjà touchés par les graves pénuries de nourriture et la sécheresse en 2011-2012) se sont détériorées pendant l’occupation. L’offensive militaire récente, marquée par la fuite d’un grand nombre de vendeurs de nourriture - en général, des arabes et des touaregs - craignant des attaques de représailles, s’est traduite par une augmentation des prix des denrées alimentaires et des carburants, selon Oxfam.

Les denrées alimentaires deviennent rares sur les marchés, qui ont subi des pillages, et leur prix a enregistré une hausse de près de 20 pour cent à Gao depuis le début de l’intervention des troupes franco-maliennes le 11 janvier, a ajouté Oxfam. L’argent commence également à manquer dans la région de Gao, où les banques sont fermées depuis plusieurs mois, et les disponibilités monétaires provenant de la capitale Bamako s’amenuisent en raison d’une restriction de la circulation, a indiqué ACF.

« Il y a un grave problème de sécurité alimentaire qui contribue à l’insécurité depuis neuf mois. Peu de champs ont été cultivés et la récole a été maigre », a expliqué Mme Grosjean.

Accès limité

Médecins Sans Frontières (MSF), qui a maintenu ses opérations dans le Nord pendant l’occupation des groupes islamistes, a indiqué que certaines zones restaient inaccessibles aux organisations humanitaires.

« Certains endroits sont toujours inaccessibles, car la situation demeure incertaine. Nous attendons, comme tout le monde », a dit Julie Damond, une porte-parole de MSF dans la région.

En revanche, l’accès humanitaire s’améliore dans le centre du Mali.

« Dans le Nord, l’accès reste limité. Seules quelques ONG sont présentes dans le Nord. L’accès . est limité, car la région est toujours considérée comme une zone militaire », a dit Sean Gallagher, représentant résident des Services de secours catholiques, qui dirige des opérations dans le centre et dans le sud du Mali.

« Les gens [organisations humanitaires] sont impatients de se rendre dans le Nord pour évaluer la situation et venir en aide aux personnes qui souffrent. Ils sont impatients, mais il faut prendre en compte les questions de sécurité », a dit M. Gallagher. « Il y a également beaucoup d’espoir depuis que les forces ont repris le contrôle des zones tombées aux mains des militants et assurent la sécurité. Ils espèrent une amélioration de l’accès. Nous envisageons de nous rendre à Gao, mais notre décision dépendra de l’accès ».

Les récents combats ont entraîné le déplacement de près de 10 000 personnes, qui ont trouvé refuge à Bamako et dans les villes de Ségou et Mopti, au centre du pays. Quelque 15 000 autres personnes se sont réfugiées dans les pays voisins.

Source : http://www.irinnews.org/

 
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