dimanche, 20 janvier 2019
 

Mali : APPEL A NOS COMPATRIOTES

Chers compatriotes,

Aujourd’hui, notre nation traverse la période la plus triste et la plus grave de son histoire depuis son accession à l’indépendance le 22 septembre 1960. L’espoir suscité, en 1991, par le formidable mouvement des élèves et étudiants, soutenus par les populations et les forces politiques, s’est transformé en un cauchemar qui remet en cause notre existence en tant que nation.

Aujourd’hui, les efforts fournis par nos ancêtres et nos grands-parents sont entrain d’être anéantis sous nos yeux et nous pouvons affirmer, sans risque de nous tromper, que nos ancêtres et nos grands-parents se retourneraient dans leurs tombes si nous ne réussissons pas à redresser la barre du vaisseau Mali qui risque de se casser.

Hier, nous avions applaudi l’avènement de la démocratie ; nous avions cherché à justifier les errements de notre démocratie car nous voulions tant que l’espoir se concrétise.

Aujourd’hui, le réveil est brutal pour beaucoup d’entre nous. La misère injustifiée connue par les travailleurs (paysans, ouvriers, artisans pêcheurs, fonctionnaires) durant cette ère de pseudo-démocratie s’ajoute à la déchirure fratricide des communautés du nord et à la cassure de notre beau et gigantesque pays, le Mali, riche partout en ressources naturelles et en valeurs culturelles qui font sa beauté enviée de nos voisins d’Afrique et du monde.

Aujourd’hui, cette déchirure et cette cassure du pays ont abouti à une effroyable hécatombe qui est consécutive à l’absence de démocratie et à la mauvaise gouvernance dans notre pays. Les responsables de cette situation sont connus. Ils se pavanent impunément, insouciants des actes qu’ils ont posés, et traficotent pour nous enfoncer d’avantage par leur soif de pouvoir, leur boulimie, leur cupidité à s’accaparer des richesses communes.

Les moyens utilisés (consciemment ou inconsciemment) pour cette fin ont été l’instrumentalisation de la justice, des services de sécurité, et de l’armée qu’ils ont réussi à retourner contre tout un peuple, entraînant le drame dans les régions nord du Mali qui servent, pour ses politiciens véreux, de fonds de commerce auprès de la communauté internationale.

Ce faisant, des centaines de femmes, d’enfants, de jeunes et de vieux se trouvent refugiés dans les pays voisins (Mauritanie, Niger, Algérie Burkina-Faso) du fait de la barbarie politicienne. Ces centaines de femmes, d’enfants, de jeunes et de vieux viennent aussi grossir le rang des jeunes chassés par la misère, les bas salaires et le manque d’emplois rémunérateurs, gages de dignité humaine.

Aujourd’hui, c’est peu de rendre hommage à tous ceux qui sont chassés de leurs foyers, de leurs maisons, de leur territoire. C’est peu de s’incliner devant la mémoire de ceux qui ont été lâchement assassinés suite à de simples suspicions, à la délation ou pour des règlements de compte.

Aujourd’hui, c’est peu de s’incliner devant la mémoire de ceux envoyés à la boucherie au nom de la défense de la patrie.

Pour autant, avons-nous autre chose à offrir ? Rien pour l’instant que des mots, des mots qui viennent du fond du cœur, notre cœur pétri d’une conviction profonde et d’une volonté ardente de sortir notre pays de cette tragédie qui ne doit nullement s’installer durablement !

Cette volonté n’est heureusement pas isolée ; elle a besoin de la fusion de celle des autres afin d’être le levier qui doit nous permettre de nous ressaisir pendant qu’il est encore temps !

Aujourd’hui comme toujours, aucune nation ne peut se construire dans l’injustice, dans la stigmatisation d’une ou de plusieurs communautés, dans le mépris réciproque, bref dans la méfiance organisée en système de gestion politique.

Nous nous sommes trop longtemps, de façon insidieuse, regardés à travers un prisme réducteur à cause de dirigeants qui, sans incarner aucune vertu, se réclament de nos vertus et des vertus universelles de la démocratie.

Ces dirigeants, pétris (moulés) qu’ils sont dans la corruption, le détournement des ressources communes, le népotisme, l’injustice, bref toutes les vilénies qui avilissent la femme, l’homme, nous ont conduits dans l’abîme.

Nous devons donc briser ce prisme réducteur, oser nous regarder en face, nous dire la vérité afin de construire le chemin difficile de l’épanouissement collectif et individuel. Nous devons forger ainsi un destin commun. L’impunité, le silence devant le crime, la complicité ne peuvent, par conséquent, plus être des recettes ! Egalement, l’érection d’histoire personnelle empreinte d’injustice endurée en celle de toute une communauté est contre productive.

On ne finit jamais de découvrir la réalité de ce qui nous arrive même si on en saisit dès le départ l’essentiel, le fondement. Dans cette situation, des détails en disent long et peuvent même toucher la trame des convictions établies.

Aujourd’hui, notre pays est sous tutelle de la communauté internationale et nous sommes frappés d’incapacité à nous gouverner car la France a changé les rapports de forces à deux niveaux. Le premier niveau, le plus important, est le rétablissement au pouvoir de ceux qui ont pillé le pays sans vergogne, ceux qui sont les responsables réels de la rébellion qui n’est rien d’autre que la conséquence logique de leur mauvaise gouvernance de pseudo-démocrates.

Le deuxième niveau est le repositionnement militaire du MNLA. La France, en lien avec le pouvoir du Front uni pour la sauvegarde et la restauration de la démocratie et la République (FDR), va installer au Mali avec l’aval des Nations unies une force d’interposition de 13600 hommes qui ne se battront ni contre les terroristes, ni contre les djihadistes encore moins pour la préservation de l’intégrité territoriale du Mali. Les masques sont définitivement tombés.

Malgré ces écueils, nous avons pourtant la chance de nous en sortir. Nous en avons la possibilité car nous sommes nombreux face aux prédateurs de tous acabits. Pour le faire, nous devons briser le prisme réducteur.

Pour ce faire, le premier pas à réaliser est l’acceptation du dialogue, la nécessité de s’écouter, l’impérieuse obligation de se parler sans forfanterie, bref la nécessité du dialogue. Le dialogue est l’arme nécessaire, incontournable qu’il nous faut instaurer si nous voulons construire un destin commun. Par conséquent, Nous devons faire renaître notre pays de ses cendres. Pour ce faire, nous devons sortir de la logique régionaliste, communautariste et ethnocentriste.

Aucune communauté internationale quelle que soit sa puissance, sa force, son intelligence ne peut le faire à notre place. Ceci est le principe cardinal sur lequel nous devons asseoir le fondement de l’édifice à bâtir, loin des sentiers battus. Ceux qui acceptent ce principe doivent se retrouver, se donner la main, s’asseoir. Ceux qui l’acceptent doivent être les garants du retour de tous les réfugiés et les noyaux pour reconstruire notre unité perdue. Le statu quo doit être dépassé car la vérité des faits doit prendre le pas sur le mensonge savamment distillé. Le respect des vies humaines, la justice, le respect du bien commun doivent en être le ciment. Par conséquent, nous n’avons franchement pas de temps à perdre.

A tous les mouvements armés, ou non, nous lançons aujourd’hui un appel pressant afin de donner, encore une fois, une leçon à la communauté internationale qui ignore tout de ce qui nous a unis.

Nous savons que notre Parti adhère à cet appel tout comme le Mouvement Populaire du 22 mars et la Coordination des Organisations Patriotiques Mali.

Alors, nous tournons notre regard interrogateur vers ceux des mouvements arabes, touareg, songhaï et peulh plus meurtris aujourd’hui parce que tout simplement, ils sont installés dans le théâtre des opérations qui ne nous confortent pas.

Aujourd’hui, nous tournons également notre regard vers l’armée nationale, pas celle du commandement capitulard, mais celle confrontée aux dures épreuves du terrain.

Gloire éternelle au peuple malien

Je vous remercie.

Docteur Oumar Mariko Secrétaire Général du Parti Solidarité africaine pour la Démocratie et l’indépendance, chargé des Relations Extérieures, Candidat à l’élection Présidentielle de juillet 2013

 
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