jeudi, 23 novembre 2017
 

MALI : Après la Côte d’Ivoire, après la Libye, la Françafric poursuit ses guerres de recolonisation !

Alors qu’officiellement on faisait croire que l’ONU avait été saisie d’une intervention militaire « africaine », voilà que soudain le président Français Hollande lance sa guerre sous le nom de Serval au Mali. Sarkozy avait fait exactement la même chose en Côte d’Ivoire, là aussi pendant qu’officiellement le mandat onusien et de la force Française Licorne était d’empêcher les deux camps de se battre, brusquement le palais présidentiel est bombardé et le président L. Gbagbo est capturé. Le mandat onusien est encore détourné de « protection aérienne de la ville de Benghazi » en campagne militaire de l’OTAN et ses mercenaires (Aqmi et autres salafistes financés par les Emirs saoudiens, qataris, koweitiens et émiratis) puis assassinat en direct de Khadafi. Pour se débarrasser de la Jamahiriya Libyenne, l’OTAN et les monarchies intégristes fascistes du Golfe ont littéralement acheté les services d’une partie de l’armée nationale libyenne, formée de ressortissants Touaregs venant notamment du Mali.

Une fois le sale boulot exécuté, les Touaregs armés de l’ex-armée libyenne sont alors revenus dans le nord-Mali avec la complicité de l’ex-président Amadou Toumani Touré (balayé par le coup d’état du 22 mars 2012 lors d’une rébellion populaire et de la base de l’armée malienne). Trahi par son propre président, le Mali va se retrouver divisé, avec une mainmise sur le nord du pays des groupes dits Touaregs des séparatistes du MNLA, d’Ansar Dine et des terroristes d’Aqmi, du Mujao, de Boko Haram.

C’est alors que Sarkozy fait entrer en scène son valet Alassane Ouattara (Côte d’Ivoire) qu’il venait de hisser au pouvoir sur les chars français à Abidjan, nouveau président de la CEDEAO, cette communauté économique ouest-africaine dans laquelle les Etats de l’UEMOA et de la zone franc sont des semi-colonies de la Françafric. Cette entrée en scène de la CEDEAO s’est traduite par le blocage des armes commandées par l’armée malienne dans les ports de Dakar, Conakry, Abidjan, et par la nomination de Dioncounda comme président malien d’une transition imposée d’un an anticonstitutionnelle par la CEDEAO à l’instigation de l’impérialisme Français. La ficelle trop grosse est démasquée ainsi par Aminata Traore, militante altermondialiste malienne : « La demande de déploiement de troupes africaines au nord du Mali, transmise par la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union Africaine (UA) aux Nations Unies, repose sur un diagnostic délibérément biaisé et illégitime. Il n’est fondé sur aucune concertation nationale digne de ce nom, ni au sommet, ni à la base. Ce diagnostic exclue par ailleurs la lourde responsabilité morale et politique des nations, celles qui ont violé la résolution 1973 du Conseil de Sécurité en transformant la protection de la ville libyenne de Benghazi en mandat de renverser le régime de Mouammar Kadhafi et de le tuer.

La coalition des séparatistes du mouvement national de libération de l’Azawad (MLNA), de Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI) et de ses alliés qui a vaincu une armée malienne démotivée et désorganisée doit également cette victoire militaire aux arsenaux issus du conflit libyen. Le même Conseil de Sécurité va-t-il approuver, dans les jours à venir le plan d’intervention militaire que les chefs d’Etat africains ont approuvé en prétendant corriger ainsi les conséquences d’une guerre injuste par une guerre tout aussi injuste ? ».

La situation de l’impérialisme Français dont a hérité le président socialiste Hollande est la suivante :

Défait en Afghanistan, les impérialistes occidentaux (USA, UE) sont en train de fuir le pays qu’ils ont mis à feu et à sang et cherchent à détruire la Syrie en y armant des mercenaires djihadistes financés par leurs alliés des théocraties fascistes des pétrodollars saoudiens, qataris, émiratis et koweitiens. Mais là aussi les choses semblent aller dans le sens de l’échec de la stratégie de libyannisation de la Syrie d’autant plus que la Russie et la Chine restent ferme au Conseil de Sécurité sur l’exigence du respect de la souveraineté nationale et de l’indépendance nationale des pays, nations et peuples conformément d’ailleurs à la charte de cette institution avec le soutien de la majorité de l’Assemblée Générale de l’ONU ;

La crise économique et la nécessité du profit maximum implique une politique d’austérité dont l’axe majeur est la baisse des salaires, des pensions et des prestations sociales des travailleurs de France ; L’intégration de plus en plus grande en position subordonnée à l’impérialisme Allemand à l’UE, à ses recettes libérales et à la division du travail au sein de cette prison des peuples européens.

C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre que la guerre déclenchée par Hollande dans le Sahara malien, dans la droite ligne de Sarkozy, est une guerre sur commande de TOTAL et AREVA. Il s’agit d’accroître la mainmise de l’impérialisme Françafricain sur les richesses minérales et agricoles au profit de ses Firmes Transnationales en réactualisant un vieux projet du colonialisme français mis en échec dans les années 60 : L’Organisation Commune des Régions Sahariennes (OCRS), projet de colonie détachant et rassemblant les régions sahariennes des futurs Etats indépendants de l’Algérie, du Mali, du Niger, du Tchad, de la Mauritanie.

C’est en 1952 qu’une mission de l’Assemblée Nationale française avait formulé la nécessité de créer un tel « Territoire d’Outre-Mer » (TOM) dès que commencerait l’exploitation du pétrole à Edjélé et à Hassi Messaoud en Algérie. Le gouvernement Français avait même déposé à l’époque un projet de loi faisant des régions sahariennes « un territoire autonome ». Le ministre Max Lejeune devait déclarer, inaugurant le pipeline n°1 à Toggourt en Algérie, que « dans quelques années, la France, aidée par des concours extérieurs arrivera à obtenir son ravitaillement en carburant et deviendra directement après les USA et l’URSS la troisième puissance énergétique mondiale » (maliweb.net du 15/10/2012). Ce projet sécessionniste visant en particulier l’Algérie à l’époque avait échoué parce que le Mali progressiste de Modibo Keita avait tenu bon sur la solidarité panafricaine avec la lutte de libération armée du peuple Algérien. Au lendemain de l’intervention militaire au Mali, la presse algérienne a été unanime pour s’inquiéter de ce retour colonial : « La France ne chercherait-elle pas à déstabiliser l’Algérie ? » , « l’intervention militaire française au Mali est une des étapes d’un plan visant l’installation de forces étrangères dans la région du Sahel ». L’analyste Laid Seraghni va plus loin en écrivant que : « Derrière l’enjeu malien, la France coloniale cherche à punirl’Algérie... Cette crise n’est qu’une étape pour atteindrein fine l’Algérie, dont le Sud est cerné par l’arméefrançaise qui opère en Libye, en Côte d’Ivoire, au Niger, en Mauritanie, au Tchad et au Mali... la France cherche par les armes à réaliser un ancien rêve colonial ».

Ce rêve colonial, rappelons le, consistait pour la France à conserver toute une partie du Sahara algérien et le sahel, car, déjà à l’époque, elle était au fait des richesses et des potentialités de cette région. Cet enjeu était si énorme que la guerre d’Algérie, qui aurait pu s’arrêter en 1958 a été poursuivie, le FLN historique ne voulant pas entendre parler d’une indépendance partielle c’est-à-dire sans le Sahara.

C’est cette même stratégie impérialiste qui avait pris la forme d’« autonomie » et de « régionalisation » suggérée et imposée au Mali par Edgar Pisani sous Mitterrand dans les années 80 et qui allait préparer à travers le tristement célèbre rallye « Paris-Dakar » et l’image touristique des « hommes bleus », la réémergence de la question des nationalités du nord Mali, et surtout de la minorité Touareg.

Confronté à la double difficulté interne des effets sociaux de la crise, et externe avec la défaite en Afghanistan et celle qui semble se profiler en Syrie, Hollande en se mettant carrément en première ligne et en faisant appel, comme en Libye, à Cameron et à la logistique US ainsi qu’aux « tirailleurs » valets africains de la Françafric vient de lancer sa guerre françafricaine du Sahara.

Hollande cherche là aussi à sauver son président-laquais « de transition » Dioncounda, imposé au peuple Malien. Hollande fait d’une pierre trois coups : divertir le peuple Français, cacher les défaites en Afghanistan et en Syrie (en cours), tromper le peuple Malien en offrant les richesses du sous sol de ce grand pays africain à Total (hydrocarbures) et Areva (uranium) et préparer la future agression revancharde contre l’Algérie.

Non à L’embargo de la CEDEAO et de la Françafric sur les armes commandées par l’armée Malienne ! Troupes Françaises hors du Mali ! Non à la guerre pour les intérêts de Total et d’Areva ! Solidarité panafricaine et internationalistes des peuples pour dire : Françafric, hors d’Afrique !

Janvier 2013

 
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