samedi, 23 septembre 2017
 

Mali : Déclaration du Cinquième Comité central du Parti sur la situation Politique nationale.

Le Parti Solidarité Africaine pour la Démocratie et l’Indépendance (SADI) suit avec une profonde inquiétude le récent développement de la situation dans le Nord de notre pays, avec l’offre de dialogue sans condition fait par le Pr Dioncounda Traoré au MNLA.

Cette offre faite en dehors d’une démarche de concertation avec l’ensemble des forces politiques de notre pays, et sous la dictée de la France et des Nations-Unies s’inscrit dans un processus d’exclusion des composantes sociales et ethniques des populations du Nord du Mali et de reconnaissance de fait de la rébellion armée séparatiste et sécessionniste du MNLA qui a mis en cause les fondements de la nation au nom du droit à l’autodétermination.

1. Le droit des peuples à l’autodétermination est reconnu et consacré par le droit international, mais il est accordé exclusivement aux peuples soumis à la subjugation, à la domination ou à l’exploitation étrangères. Il a un caractère résolument collectif et il est refusé aux individus. Cela pose le problème de la crédibilité du MNLA qui n’a aucune légitimité historique, ni base sociale populaire, encore moins une identité collective nationale sociale et culturelle ;

2. L’Azawad n’est pas un territoire consacré sur le plan historique ni même confirmé comme appellation locale d’un terroir géographique. Il n’est donc pas un territoire colonial, « soumis à la subjugation, à la domination ou à l’exploitation étrangères » ;

3. Jamais dans notre histoire, la zone n’a connu l’existence d’un territoire colonial avec un statut séparé et distinct de celui du territoire de l’Etat qui l’administre. Elle n’est donc pas et n’a jamais été sous occupation étrangère (militaire ou administrative). Les Touaregs du Mali ne constituent pas un peuple colonisé par une puissance étrangère qui serait le Mali ;

4. Le Mali a toujours reconnu l’existence de toutes les composantes de notre peuple et leur a garanti l’exercice libre et transparent des droits fondamentaux exigés par la démocratie. Aucune revendication ne saurait porter sur la remise en cause de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale, mais plutôt sur des problèmes de mal gouvernance. Aucun régime politique n’a mis en place un traitement notoirement discriminatoire volontairement infligé au prétendu peuple « Azawad » sur les plans politique, juridique, économique, social et culturel.

Par ailleurs, notre Constitution de 1992 dans son article 25, consacre expressément le principe de l’indépendance, de la souveraineté et de l’indivisibilité de la République. Elle reconnaît aussi le droit des minorités ou « l’autodétermination interne » et veille au respect de leur identité, promeut toutes les communautés ethniques à travers sa politique de décentralisation. Ces droits sont essentiellement de nature culturelle, linguistique ou religieuse. Ils sont protégés à travers des mécanismes « d’autonomie personnelle » ou « territoriale ».

5. Sur le plan du droit international, le Parti SADI rappelle l’exigence du respect du principe fondamental de l’intégrité territoriale du Mali et non la reconnaissance de la sécession du MNLA, à travers l’octroi d’un statut juridique parce que, selon la déclaration de 1970 du Comité des droits de l’ONU, celle-ci est « une action qui consiste à démembrer totalement ou partiellement, l’intégrité territoriale ou l’unité politique de tout Etat souverain et indépendant ». Or, dès lors qu’un pays accède à l’indépendance, son intégrité, sa souveraineté et son unité sont juridiquement protégées au plan international, parce qu’il est impossible juridiquement d’octroyer l’indépendance dans un espace clos, inviolable et intangible.

Le Parti SADI exprime son opposition à toute négociation avec le MNLA qui n’a aucun droit, ni compétence pour parler d’indépendance, ni même demander une autonomie ou un statut juridique particulier.

Notre pays du nord au Sud, d’est en ouest, a toujours été victime d’injustice suscité par la politique de corruption de l’Etat qui s’est institutionnalisée de 1992 à nos jours dans la gestion de la crise du Nord de notre pays et qui s’est traduite par :

- des intermédiaires véreux qui font des mouvements de rébellion un fonds de commerce ;

- des privilèges injustifiés et régulièrement accordés à ceux qui prennent les armes ;

- des investissements massifs par rapport à la situation générale des zones et couches déshéritées du territoire malien ;

- des complicités avérées de certains éléments des communautés à tous les niveaux y compris dans les plus hautes institutions de l’Etat avec les différentes rébellions.

Le Parti SADI lance un appel à toutes les forces démocratiques, progressistes, patriotiques du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest du Mali, d’Afrique et d’ailleurs, soucieuses de l’indépendance, de la souveraineté, du caractère indivisible, démocratique, laïc et social de la République du Mali, à se mobiliser pour mettre en échec le projet séparatiste et sécessionniste du MNLA et de la France. La création récente de la Commission dialogue et réconciliation par le Pr Dioncounda Traoré, sous la dictée de la France, n’a d’autre but que de légitimer le MNLA. Elle a mis à la disposition du MNLA une légion d’experts en droit international qui lui ont élaboré une stratégie fine avec comme première étape, une étrange version du principe de l’autodétermination et des documents juridiques secrets qui sera imposée au Mali au cours des prochaines négociations.

Pour le Parti SADI

a) Les maliens doivent décider souverainement du devenir de leur pays à travers la tenue des concertations nationales souveraines, chose que la CEDEAO, l’Union Africaine, les Nations-Unies, la France, les Etats-Unis et l’Union Européenne s’emploient par tous les moyens à empêcher depuis le 22 mars 2012. Ces concertations nationales souveraines permettront à notre pays d’analyser et de comprendre les racines de l’effondrement de l’Etat, de la guerre dans la partie Nord de notre pays, des crises politiques et institutionnelles qui ont jalonné notre processus démocratique depuis les évènements de mars 1991.

De cet examen sans complaisance de notre parcours démocratique, doit surgir un Etat nouveau, assaini, restructuré. Egalement, ces concertations nationales souveraines nous permettront de mener la lutte implacable contre la corruption et l’enrichissement illicite, les crimes perpétrés par les cercles mafieux qui ont transformé notre pays en narco-Etat, l’assainissement de l’Etat, la révision des textes fondamentaux (charte des partis, Constitution, loi électorale,), portés par des hommes et des femmes honnêtes capables de conduire cette transition sous le contrôle de notre peuple.

b) Le Mali doit ainsi engager dès maintenant une double action politique et diplomatique pour éviter une occupation prolongée de notre pays et sa mise sous tutelle par la France et les Nations-Unies. A cet effet, le Parti SADI plaide pour une alliance stratégique avec l’Algérie, pays avec lequel nous partageons une frontière commune et des liens historiques solides ;

c) Il ne doit laisser aucune force étrangère occuper le terrain à travers l’octroi de bases militaires ou l’établissement d’accords secrets en matière de défense ou de lutte contre le terrorisme ;

d) Tout appui à notre pays doit venir en appoint sans possibilité de s’installer pour introniser un groupe rebelle et piller nos ressources ;

e) La première aide honnête et sincère de la communauté internationale au Mali passe par la réhabilitation de son armée en assurant une formation de qualité à ses hommes, en lui fournissant l’équipement nécessaire et la logistique appropriée afin de lui permettre de prendre de manière efficace la relève et d’appuyer le projet politique de refondation d’un nouvel Etat, condition sans laquelle il est impossible de construire les bases d’un développement durable, facteur de paix et de stabilité pour le Mali et pour l’ensemble des pays de la sous-région ;

Les manœuvres actuelles de la France et les Etats Unis, qui consistent à présenter la tenue de l’élection présidentielle du 28 juillet 2013 comme la seule solution de sortie de crise, ont pour but justement d’amener les maliens à légitimer électoralement une partition de fait de notre pays et les amener à ne pas comprendre les enjeux géopolitiques et géostratégiques de la guerre qui leur a été imposée. Même dans un Etat fort, doté d’une puissante armée, aucun patriote lucide n’aurait privilégié la tenue de compétition électorale à la place de la restauration de l’intégrité territoriale de son pays et le rétablissement de la sécurité des populations.

C’est pourquoi, le Parti SADI exige le désarmement total de tous les groupes armés comme préalable au dialogue pour le retour de la paix et refuse de se contenter de « déclaration de rejet du terrorisme » ou « de respect de l’intégrité du territoire » comme le veut la France qui n’est nullement engagée en faveur de la démocratisation des institutions de notre pays, du dialogue politique et de la libre expression des opinions. Sinon, elle n’aurait pas fait la politique hypocrite de la double morale en interdisant d’une part, son territoire à notre camarade Secrétaire Général le Dr Oumar Mariko, candidat à l’élection présidentielle, ancien député à l’Assemblée Nationale du Mali, ancien dirigeant de la transition démocratique, et à tous ceux qui sont contre l’opération « Serval » et d’autre part, en prônant et exigeant le dialogue avec le MNLA.

Le Parti SADI rappelle que seule une transformation démocratique profonde des structures sociales de notre pays, articulée à une vision stratégique de défense de nos richesses nationales, de construction d’une économie nationale, forte, indépendante et diversifiée, est en mesure de prévenir la nation malienne des menaces qui la guettent et de réaliser le sursaut collectif indispensable à la préservation de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale.

Sikasso, le 19 mai 2013

Le Comité Central

 
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