mardi, 22 janvier 2019
 

MALI : la France fait le forcing pour une intervention militaire

La communauté internationale se dit solidaire du peuple malien. En effet, de hauts responsables étrangers, rassemblés le 19 octobre au Mali pour afficher leur soutien aux Maliens ont déclaré nécessaire « l’organisation d’élections libres régulières et transparentes au cours du premier trimestre de l’année 2013 ». Les dés sont donc jetés, il y aura bien une guerre de libération et ce avant la fin de l’année 2012.

D’ailleurs, le président par intérim du Mali, Dioucounda Traoré, exige d’ores et déjà la levée des sanctions et demande une intervention imminente pour permettre au Mali de retrouver son intégrité territoriale. La présidente de la commission de l’Union Africaine, la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini Zuma va aussi dans le même sens en déclarant qu’« il faut envisager une intervention militaire ».

De son côté, la France, ancien pays colonisateur du Mali fait le forcing au Nations unies. Le 25 septembre, lors du débat d’ouverture de la 67e session de l’assemblée générale des Nations unies, le président de la République française François Hollande annonçait la couleur : « La situation créée par l’occupation d’un territoire au Nord Mali par des groupes terroristes est insupportable, inadmissible, inacceptable, pas seulement pour le Mali qui est affecté par ce mal terroriste mais pour tous les pays de la région et au-delà de la région, pour tous ceux qui peuvent être frappés un jour par le terrorisme. Les autorités du Mali viennent de nous saisir. Alors il n’y a pas de temps à perdre. La France soutiendra toutes les initiatives permettant que les Africains eux-mêmes règlent cette question dans le cadre de la légalité internationale avec un mandat clair du Conseil de sécurité. Oui, il faut que le Mali retrouve l’intégrité de son territoire et que le terrorisme soit écarté de cette zone du Sahel. » . Le lendemain, ce sera au tour du Premier ministre du Mali Modibo Diarra d’en remettre une couche : « La présence de groupes terroristes de différentes nationalités au Mali et dans le Sahel est une situation qui doit mobiliser toute la communauté internationale pour une action concertée, rapide et efficace. ». Mais l’Onu reste prudente d’autant plus que les États-Unis sont plutôt soucieux du retour à l’ordre institutionnel. Hillary Clinton, la secrétaire d’État américaine pense que « seul un gouvernement démocratiquement élu aura la légitimité pour parvenir à une résolution négociée au Nord ». Son analyse est d’ailleurs partagée par le secrétaire général des Nations unies, Ban-Ki- Moon, pour qui « toute solution militaire pourrait avoir de graves conséquences humanitaires ».

Le Mali, qui refusait toute présence militaire sur son sol, a maintenant changé de position certainement sous la pression française. Au mois d’août, lors de sa tournée africaine, le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, avait évoqué la crise malienne avec le dictateur tchadien Idriss Deby Itno. « Le diagnostic fait par le président Déby sur la situation au Nord Mali est un diagnostic très sévère. Le président Déby a constaté que le développement du terrorisme dans cette région constitue une menace pour l’ensemble des pays de la sous-région. » Bien évidemment, on peut se fier à l’analyse stratégique de ce pion de la Françafrique qui s’y connait très bien en matière de guerre en zone sahélienne.

De son côté, Blaise Compaoré, médiateur officiel de la CEDEAO sur la crise malienne, recevait au début du mois d’octobre des représentants du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad), chassés du Nord du Mali par les islamistes et réfugies depuis à Ouagadougou. Un mois auparavant, le nouveau «  sage » de l’Afrique était reçu à l’Élysée par François Hollande.

Pourtant, la France n’est pas sans savoir qui est Blaise Compaoré, un dictateur, en place depuis 25 ans et compromis dans de nombreuses affaires politiques et criminelles non résolues, comme l’assassinat de son prédécesseur Thomas Sankara et impliqué dans la déstabilisation de la région lors du conflit libérien. Bien évidemment, François Hollande qui semble valider la diplomatie décomplexée de Sarkozy en recevant les dictateurs Ali Bongo et Blaise Compaoré n’a cure des états d’âmes des Burkinabés et des Gabonais qui souffrent depuis 25 ans pour les uns et depuis l’indépendance pour les autres. Pour que la Françafrique perdure, les bons serviteurs africains doivent être récompensés et soutenus.

Les islamistes d’Aqmi ne s’y trompent d’ailleurs pas. Pour eux, la France est à la tête d’une coalition portée par ses alliés locaux. Selon Yahya Abou El Hamame, nouvel émir d’Aqmi, « l’Occident a adopté une nouvelle stratégie pour mener "des guerres par procuration [...] après l’échec de ses interventions directes en Afghanistan et ailleurs et il "agit aujourd’hui par l’intermédiaire de ses acolytes locaux », allusion aux États ouest-africains. Le chef islamiste menace directement la France à travers ses otages français détenus depuis de longs mois dans le Nord du Mali. « Je veux dire aux familles des otages que l’option de guerre, apparemment décidée par M. Hollande, signifiera nécessairement qu’il aura signé l’arrêt de mort des otages français. [...] M. Hollande en supportera tout seul la responsabilité », a-t-il déclaré, accusant le chef d’État français d’avoir « choisi l’escalade plutôt que la négociation ». Par ailleurs, le jeu de l’Algérie dans cette crise n’arrange pas la stratégie guerrière de la France car Alger est contre toute intervention militaire dans le Nord du Mali.

En attendant, le peuple malien à qui personne n’a demandé son avis souffre en silence de la perte des deux tiers de son territoire et des sanctions imposées par la communauté internationale. Il semble qu’il passera une fin d’année sous les bombes de la coalition africaine, avec le soutien logistique (et certainement militaire) de la France et de l’Occident, ainsi que l’aval de l’Onu. Ensuite, comme en Côte-d’Ivoire, les entreprises françaises pourront continuer à l’exploiter comme avant avec le soutien logistique de la Banque Mondiale et du FMI. Alea jacta est, le sort en est jeté !

Moulzo

 
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