mercredi, 22 novembre 2017
 

Mali - Oumar Mariko : L’homme de la situation

Les maliens se rendront aux urnes le 28 juillet prochain pour élire celui qui va présider pendant cinq (5) ans aux destinées du pays. Vingt huit (28) candidats sont en lice. Parmi les plus connus, Oumar Mariko, qui va défendre les couleurs du parti Solidarité Africaine pour la Démocratie et l’Indépendance (SADI).

La Cour constitutionnelle a proclamé, le 2 juillet, la liste provisoire des candidats à l’élection présidentielle pévue pour la fin du mois. Sur les trente six (36) candidats ayant déposé leurs dossiers au greffe de la haute juridiction, huit (8) ont été recalés pour non versement de la caution et insuffisance du nombre de parrainages. Parmi les candidats autorisés à se lancer dans la course, la plupart sont des abonnés au scrutin présidentiel. Dans les rangs des dinosaures figurent quatre (4) anciens Premiers ministres à savoir Ibrahim Boubacar Keïta alias IBK, Modibo Sidibé, Soumana Sacko et Cheick Modibo Diarra ; des anciens ministres comme Soumaila Cissé, Tiébilé Dramé, Choguel Maiga, héritier politique de l’ex chef de l’Etat, Moussa Traoré. On retrouve aussi dans la course d’autres « poids lourds ».

Cette bataille pour la magistrature suprême ne se jouera pas seulement entre hommes. Mme Haïdara Aïchata Cissé, ex-parlementaire, est aussi de la partie. A côté des mastodontes, il y a de nouvelles têtes qui vont pour la première fois à la conquête du prestigieux fauteuil présidentiel. L’un d’entre eux est un jeune ingénieur de 46 ans : Dramane Dembele. Il a été investi contre toute attente par l’Alliance pour la Démocratie au Mali (Adema), la principale force politique du pays. La liste des parfaits inconnus comprend également un entrepreneur, deux fonctionnaires et le patron d’une caisse d’épargne. Visiblement, parmi la pléthore de prétendants, certains se sont déclarés candidats à la présidence uniquement pour amuser la galerie, et être dans la position de réclamer au futur vainqueur une part dans le partage du gâteau.

En revanche, d’autres candidatures qui n’entendent nullement faire de la figuration soulèvent déjà l’ire de la françafrique. Dans ce lot se trouve le candidat du SADI, porte drapeau de la Gauche radicale et panafricaniste malienne. Oumar Mariko a été investi candidat le 19 mai 2013 à Sikasso après avoir recueilli le parrainage record de 84 conseillers municipaux et s’être acquitté de la caution fixé à 10 millions de F.CFA. Aux dires de ses partisans, ce choix a été motivé par ses valeurs d’homme d’Etat, sa constance dans la défense des idéaux du parti, son engagement dans les luttes sociales, pour la défense des services publics, contre les privatisations sauvages, le bradage des ressources stratégiques du pays.

De tous les prétendants sérieux à la présidentielle 2013, Oumar Mariko est le candidat qui a reçu le plus grand nombre de parrainages, ce qui fait de lui un super favori du scrutin au grand dam de ses ennemis jurés.

Qui est Mariko ?

Médecin de profession, le candidat du SADI est connu par une partie des maliens comme le fondateur de la clinique Médecins de l’Espoir -qui a pour but de venir en aide aux plus démunis- mais surtout comme le Directeur Général du réseau de communication Kayira qui compte une dizaine de radios de proximité à travers le pays.

L’engagement politique de Mariko s’est forgé pendant son cursus scolaire et universitaire. D’abord, jeune lycéen, il a occupé des responsabilités importantes au sein des associations des élèves. Ensuite, après le Bac, il préside de 1990 à 1992 aux destinées de l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEM), position qui lui a permis de participer au Comité de transition pour le salut du peuple, après la chute de Moussa Traoré dont il fut l’un des artisans. La popularité du leader remonte à cette époque au cours de laquelle, il s’est singularisé par ses dénonciations de l’impérialisme et de ses valets maliens. Pour ses fans, le parcours de Mariko se confond avec celui des grands révolutionnaires d’où les surnoms de « Che Guevara et d’Hugo Chavez malien dont ils l’affublent. Beaucoup de ses compatriotes gardent de lui l’image du bouillant leader estudiantin qui a été à l’avant-garde des luttes pour la revendication démocratique. Sa passion pour la défense de l’idéal démocratique et son engagement pour la cause des déshérités remonteraient à cette période. Déçu par la confiscation de la révolution de mars 1991 par la bourgeoisie néocoloniale locale, il décide, avec d’autres camarades-dont le célèbre cinéaste Cheikh Oumar Cissokho-, de peser sur l’avenir du pays en créant un mouvement politique dénommé Solidarité Africaine pour la Démocratie et l’Indépendance (SADI). Les résultats électoraux lors des législatives de 2007 (6 députés) et des communales de 2009 (254 conseillers et 15 maires) attestent de la percée du parti qui réalise ses meilleurs scores dans le cercle de Koutiala. Oumar Mariko s’est présenté à la magistrature suprême en 2002 et 2007. Lors de ce dernier scrutin, il s’est classé 4ème derrière les gros calibres ATT et IBK et Tiébilé Dramé. Cette fois ci, l’ancien leader estudiantin se lance dans la compétition avec plus de détermination pour permettre à son pays de relever la tête après la terrible humiliation infligée par l’ex puissance coloniale sous prétexte de la guerre contre les « méchants djihadistes ».

Interrogé sur les chances de leur candidat, Nouhoum Keïta, Secrétaire administratif du parti assure que le Dr Mariko « peut gagner cette élection, car le parti Sadi se distingue nettement des autres partis par son projet de société progressiste…efficace pour résoudre les problèmes des populations ».

Certes, le porte étendard du SADI n’a pas les moyens financiers et logistiques de ses concurrents de « l’establishment » qui n’hésiteront pas à distribuer du sucre, du sel et des pagnes pour séduire les électeurs. Malgré ce handicap, il n’entend pas jouer le rôle de faiseur de roi dans lequel ses détracteurs veulent le confiner. En dépit des obstacles, Mariko croit à ses chances de ravir le prestigieux fauteuil. Pourquoi ? Premièrement, parce qu’il a les qualités humaines et morales pour réaliser cette prouesse. Sa probité ne souffre d’aucun doute d’autant plus que contrairement à certains de ses challengers, son nom n’a jamais été associé aux nombreux scandales politico financiers qui ont émaillé l’histoire du pays depuis 1992. Dans la faune politique, c’est un oiseau rare, car des leaders politiques, intègres comme lui, on n’en compte pas beaucoup dans la sous région. Deuxièmement, parce que le rêve d’un Grand Mali l’habite. Dans ce rêve qu’il résume dans un document intitulé « Mon engagement pour le Mali », Dr Mariko promet de rendre la fierté à ses concitoyens en restaurant la souveraineté de son pays sur ses ressources stratégiques, en renationalisant les entreprises publiques privatisées par les précédents gouvernements, en réconciliant l’Etat et le peuple, en mettant fin aux expropriations des terres des paysans, en récupérant l’argent volé aux maliens, etc.

Un candidat qui dérange

La candidature d’Oumar Mariko est farouchement combattue à l’extérieur par les dirigeants zélés de la CEDEAO et leur parrain français. Qu’est ce qui justifie cette animosité hors des frontières vis-à-vis du leader du SADI ? La réponse est toute simple. La candidature du Docteur dérange parce qu’il est un anti impérialiste convaincu. Mariko ne fait pas mystère de ses intentions de couper le cordon ombilical avec la Françafrique à travers le renforcement de la coopération Sud-Sud. Si les Maliens décident de l’envoyer à Koulouba, cela signifie clairement pour Paris et d’autres capitales, la fin du pillage des richesses du pays. Deuxième élément qui justifie l’inimitié de Hollande à son égard, la proposition du candidat de faire suivre au Mali une autre voie que celle tracée par les institutions de Brettons Wood. Troisièmement, l’Elysée lui en veut parce qu’il s’est opposé à travers des marches gigantesques et des déclarations fracassantes à l’intervention militaire étrangère dont le but inavoué est de reprendre le contrôle des richesses du pays. Preuve que Paris ne lui pardonne toujours pas cette outrecuidance, en Avril 2012, sa demande de visa Schengen a été rejetée sans raison valable. Il devrait se rendre dans plusieurs capitales européennes pour éclairer les opinions publiques sur la situation au Mali et les conséquences humanitaires de l’opération Serval. Quant aux chefs d’Etat comme Alassane Ouattara et Cie, ils ne lui pardonnent pas le soutien apporté au capitaine Sanogo dans le bras de fer qui l’a opposé à la CEDEAO. Enfin, la candidature de Mariko gêne du seul fait qu’elle a reçu le soutien de plusieurs partis de Gauche d’Amérique Latine, d’Afrique qui ne sont pas des partenaires acceptables aux yeux des dirigeants occidentaux.

A l’intérieur du pays, la candidature du leader du SADI empêche aux dinosaures politiques locaux de dormir tranquille. Conscients de la force électorale de l’intéressé, et n’ayant aucun projet de société crédible à proposer aux maliens, ses adversaires veulent l’écarter à tout prix de la compétition. Signe de la panique qui s’est emparée de ses concurrents, la campagne de dénigrement à grand frais orchestrée contre lui dans les médias. Cette cabale a un air de déjà-vu. Ses ennemis n’écartent même pas le sombre projet de la liquidation physique. En février 2013, il a été kidnappé en plein jour à Bamako. Devant la forte mobilisation de ses amis, ses ravisseurs finissent par entendre raison en le libérant. Aujourd’hui, encore ils reviennent à la charge avec la levée, en début de semaine dernière, de son immunité parlementaire demandée par le ministre de la Justice pour le contraindre à répondre à une burlesque accusation d’assassinat de deux étudiants. Ce qui revient à chercher des poux sur un crâne rasé.

Intervenant à quelques jours du coup d’envoi de la campagne électorale, cette sordide machination vise à l’empêcher d’aller à la rencontre du peuple dans le seul but d’ouvrir le boulevard de Koulouba au candidat choisi par le prétendu sauveur de la désintégration du pays. Suivez mon regard ! En dépit de tous ces obstacles dressés les chances du candidat du SADI sont intactes.

Mariko est le seul qui incarne la rupture avec l’ordre établi, celui qui peut se prévaloir de parler au nom des millions de ses compatriotes ruinés par des politiques publiques antisociales. En effet, pendant de nombreuses années, il a été l’ardent défenseur des couches populaires en particulier les travailleurs de la mine de Morila, les riziculteurs de l’Office du Niger. C’est aussi un homme modeste, accessible à tout le monde. Sa proximité avec le peuple, sa détermination marquée par son engagement dans les luttes sociales, son courage politique à affronter les défis auxquels fait face aujourd’hui le Mali font de lui « l’homme de la situation ». Il revient à chaque électeur de prendre l’exacte mesure des enjeux de ce scrutin. Gageons que le peuple malien saura démasquer et sanctionner les responsables de l’effondrement actuel du Mali !

H B Tcherno

Source : http://www.alternativeniger.org

 
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