samedi, 26 mai 2018
 

MALI : vigilance sur le processus électoral et soutien à la gauche radicale

Déclaration de la Commission Afrique du Parti de Gauche

Le Mali programme une élection présidentielle en juillet 2018. Les enjeux sont importants : un pays coupé en deux avec une instabilité politique qui pose question (cinq premiers ministres successifs en quatre ans) une situation sécuritaire qui se dégrade, un Etat déstructuré et absent sur certaines zones du territoire incapable de mettre en œuvre l’accord de paix conclu à Alger entre le gouvernement malien, les séparatistes touaregs et d’autres groupes armés, , une corruption très répandue, une armée en cours de reconstruction, une économie en panne.

Cette élection revêt donc une grande importance pour l’avenir du pays ce qui appelle une vigilance particulière quant aux conditions de son bon déroulement. La loi électorale d’octobre 2014 est entrée en vigueur en 2016 mais ne sera mise en œuvre qu’à l’occasion des élections de cette année. Cette loi présente quelques nouveautés inquiétantes et pénalisantes pour les partis aux ressources modestes : un quota de parrainage de dix députés ou quinze conseillers communaux, une caution passée de 10 millions de FCFA à 20. Certes la nouvelle loi interdit les dons, libéralités, distribution de pagnes mais qu’en sera-t-il de sa mise en œuvre effective ? Quels partis auront les moyens financiers suffisants pour faire campagne dans le nord, pour payer les assesseurs dans tous les bureaux de vote puisque telle est la pratique ?

Mais les principaux points de vigilance concernent :

- 1 les cartes NINA (Numéro d’Identification Nationale) dont 900000 exemplaires vierges dorment au Ministère de l’Administration Territoriale sans que l’on sache exactement quel est le processus de contrôle de leur distribution.
- 2 le refus de procéder à un audit du fichier électoral malgré les demandes répétées de l’opposition
- 3 la coexistence de trois organismes : CENI, Délégation Générale des élections, Ministère de l’Administration Territoriale, dont les rôles mériteraient d’être précisés si ce n’est redéfinis
- 4 l’absence de contrôle des temps de parole au niveau des media et le mauvais traitement de l’opposition par les media d’Etat notamment l’ORTM
- 5 le coût excessif des élections (environ 67MEURS en 2013) avec un coût des fraudes et de mauvaise gestion estimé par le Bureau du Vérificateur Général (BVG) à 1,3MEURS (sans compter celles que la BVG n’a pas pu répertorier dans six des huit régions du pays pour cause d’insécurité).

Une réponse concrète à ces points serait nécessaire pour améliorer une participation électorale traditionnellement faible (même si elle a augmenté de douze points en 2013) et donc renforcer la légitimité des institutions.

Les media cherchent à conditionner l’opinion publique en désignant le « chef de file de l’opposition » poste officiel créé en février 2015 et confié à Soumaila Cissé, comme seul opposant à Ibrahim Boubakar Keita. Ce même Soumaila Cissé, en bon libéral social, aime à se faire passer pour le représentant de l’opposition unie, ce qui n’est pas le cas. La véritable opposition se situe du côté de la gauche radicale qui après avoir élaboré un programme de redressement du pays aura à désigner son candidat à la présidentielle.

Le Parti de Gauche dénonce les conditions défavorables du futur scrutin et sera d’autant plus vigilant sur son déroulement.

Le Parti de Gauche soutient les efforts de la plate-forme revendicative animée par toutes les forces politiques de l’opposition, les syndicats, les mouvements sociaux, en faveur d’un processus électoral démocratique, transparent, crédible et inclusif.

Le Parti de Gauche soutiendra le candidat qui sera désigné par la gauche radicale malienne afin de défendre une vraie politique de développement éco-socialiste et de reconquête de la souveraineté du pays.

Pierre Boutry

source : http://afpafricaine.org/

 
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