mercredi, 20 mars 2019
 

Non à la dérive guerrière et néo-coloniale de l’intervention française au Mali

Le Parti de gauche constate que l’intervention militaire française au Mali a largement débordé de ce qui pouvait la justifier, à savoir empêcher une progression des djihadistes vers la capitale Bamako. Le Président Hollande pris d’une fureur guerrière qui lui permet de masquer les reniements de sa politique économique et si peu sociale, aime à se présenter comme le libérateur du Mali en recourant à des stratagèmes médiatiques visant à nous faire croire que l’armée française ne fait que soutenir l’armée malienne dans sa guerre de libération de son territoire. Noam Chomsky dit que la violence en démocratie est la propagande : nous avons la démonstration de cette violence avec les medias français qui ne font que répéter cette propagande gouvernementale sans même être capables de questionner et les chiffres (un coût exorbitant) et les faits (une guerre sans victimes).

Le Président Hollande a le souci de préserver l’approvisionnement en uranium et autres matières premières stratégiques pour la France, il prétend mener une guerre contre le terrorisme alors que sa seule préoccupation est d’installer une présence militaire française permanente à Kidal, la seule ville où les militaires français sont entrés seuls certainement pour préserver les intérêts des indépendantistes Touaregs du MIA et à Tessalit seul aéroport de la région, de façon à s’assurer le contrôle de toute cette riche région sahélienne. Si le Président Hollande justifiait cette guerre par une résistance aux stratégies anglo-saxonnes et des pays du Golfe de créer un Sahélistan islamique et réactionnaire à leur profit, nous pourrions le comprendre. Mais une telle stratégie d’endiguement se retrouverait mise en œuvre dans d’autres zones en conflit, ce qui n’est pas le cas. Il préfère être l’instrument d’une dynamique capitaliste fondée sur l’extractivisme. Sans elle, ni productivisme, ni consumérisme, ni profits.

Le Président Hollande devrait se souvenir qu’il y a 120 ans le corps expéditionnaire français a lui aussi connu des succès immédiats avec la prise rapide de Gao et Tombouctou, déclenché la liesse populaire, pour se faire ensuite tailler en pièces dans le désert au cours des mois qui ont suivi. Il devrait savoir que cette stratégie renforcera la détermination des djihadistes qui seront tentés soit de faire des attentats soit de mener une guérilla en se fondant dans la population et dans le désert ; dans tous les cas les populations locales et les militaires africains et français risquent d’en être les victimes. La situation actuelle à Gao confirme ces craintes.

Pour arriver à ses fins, François Hollande n’hésite pas à rassembler autour de lui tous les tyrans africains auxquels il a soi-disant promis la fin de la Françafrique. Il leur accorde, en fait, la garantie de pouvoir continuer à opprimer leurs peuples contre la promesse d’un soutien sans faille à l’impérialisme français. Là encore les media RFI et France 24 en tête se gardent bien d’expliquer au peuples africains et français les mécaniques de corruption, de dettes, de complicités ploutocratiques de la plupart des dirigeants des pays de la région. Mais le gouvernement français porte une responsabilité encore plus grande qui serait de provoquer une guerre civile au Mali si jamais il ne jouait pas le rôle qu’il s’est donné sans en demander l’autorisation à l’ONU : apporter la paix et de créer les conditions d’une réconciliation entre les communautés. Le gouvernement français ne peut rester indifférent aux règlements de comptes à caractère raciaux, qu’ils soient le fait de l’armée malienne ou de milices ou des groupes rebelles, puisqu’il est à l’origine de cette situation.

Après avoir organisé le chaos en Lybie et en autorisant le retour des Touaregs lourdement armés présents dans ce pays, non pas au Niger mais au Mali, le gouvernement français a clairement favorisé leur vieux rêve d’un Azawad indépendant et allié de la France. Le gouvernement français en pompier pyromane qu’il est, ne doit plus se tromper d’interlocuteur et continuer à favoriser, comme il l’a fait lors de la création de l’Azawad et certainement bien avant, des groupuscules non représentatifs comme le MNLA. Ces derniers sont responsables de la plupart des viols et des vols perpétrés dans le nord du Mali. Ils sont également responsables de la déroute de l’armée malienne, celle-là même que nous « aidons » maintenant à reconquérir le nord du pays. Ce serait une grave faute que de se servir de certains groupes armés contre d’autres, afin de mieux contrôler le terrain.

Enfin, le gouvernement français, dans sa grande manipulation de l’opinion, n’oublie pas la diaspora malienne présente depuis longtemps en France. Elle souffre de la politique injuste et inhumaine d’immigration/expulsion de Valls. Cette communauté est victime de la communication biaisée d’une guerre néo-coloniale présentée comme une guerre de libération.

Le Parti de gauche appelle le peuple malien à se rassembler au sein d’une Conférence nationale souveraine. C’est aux maliens de redéfinir les conditions d’une réelle indépendance par rapport aux impérialismes.

Le Parti de gauche exige du gouvernement français qu’il cesse son aventure militaire le plus rapidement possible, qu’il instaure une liberté de circulation et d’installation des travailleurs migrants dans un cadre pré-défini et qu’il affirme une totale neutralité dans les pourparlers qui doivent s’engager entre toutes les communautés afin de laisser le Mali retrouver l’héritage socialiste de Modibo Keita et reprendre en main son destin.

Déclaration, Paris le 13 février 2013

 
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