mardi, 21 août 2018
 

Libérez les acteurs de la société civile du Niger

Amnesty International, le Cercle des ONG et SOS Faim dénoncent la vague de répression actuelle contre la société civile au Niger. Au cours d’actions de la mobilisation pacifique de la société civile contre la loi des finances 2018, neuf défenseurs des droits humains et 17 manifestants pacifiques ont été arrêtés.

Au Niger, plusieurs vagues d’arrestations ont successivement ciblé des acteurs de la société civile protestant contre la nouvelle loi de finance 2018, prévoyant des exonérations fiscales pour les multinationales, tout en instituant de nouvelles taxes sur des produits (biens et services) de première nécessité. À la suite de deux manifestations interdites, les 25 mars et 15 avril, 26 personnes ont été arrêtées, dont neuf leaders de la société civile, et une seule a été relaxée.

Parmi elles, trois représentants de l’association Alternative Espaces Citoyens (AEC), partenaire de SOS Faim : Moussa Tchangari, secrétaire général ainsi qu’Ibrahim Diori, chargé de plaidoyer et Yahaya Badamassi, le coordinateur d’AEC à Zinder. Motif officiel de ces arrestations : organisation et participation à une manifestation interdite et complicité de destruction de biens, bien que les défenseurs des droits humains n’aient pas participé aux marches interdites. Ils ont été transférés dans différentes prisons du Niger, loin de leurs familles et avocats

Lirwana Abdourahamane, avocat et militant, a été arrêté alors qu’il quittait les locaux de la chaîne de télévision Labari TV, où il avait été invité pour parler d’une manifestation organisée par des organisations de la société civile. La chaîne de télévision a par la suite été fermée pour quatre jours par les forces de sécurité qui y ont effectué une descente, sans fournir de mandat du Conseil Supérieur de la Communication ou de la police.

Amnesty International Luxembourg se mobilise avec une pétition qui se trouve sur son site web pour la libération de ces neuf défenseurs des droits humains.

Les arrestations et interdictions répétitives de manifestations pacifiques, sur la base de prétexte sécuritaire, révèlent la détermination des autorités nigériennes à museler les défenseurs des droits humains. Déjà en 2017, plusieurs centaines de personnes ont été arrêtées et poursuivies arbitrairement pour avoir exercé leurs droits à la liberté d’expression et d’association ; certaines étaient des prisonniers d’opinion. Des journalistes ont été menacés et au moins 300 étudiants ont été arrêtés lors d’une manifestation.

Dernier sur le classement de l’indice de développement humain, le Niger est un pays enclavé, au cœur d’une région minée par l’insécurité. Avec un taux de pauvreté de 48.9% et un revenu par habitant de 420 dollars, le Niger est l’une des nations les plus pauvres du monde. Au cœur d’une région secouée par le terrorisme, le Niger est par ailleurs devenu un véritable hub militaire où les bases étrangères fleurissent dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et de la sous-traitance de la gestion des flux migratoires par l’Union européenne.

Ces bases militaires étrangères, et la remise en cause de la libre circulation régionale consécutive de l’externalisation des frontières de l’UE, ont été dénoncées par AEC dans un rapport publié en octobre 2017 Migrations et sécurité alimentaire au Niger Le droit à l’alimentation à l’épreuve des politiques anti-migratoires. AEC y annonçait : « Le maintien des entraves à la mobilité des personnes ne fera certainement qu’aggraver la situation sociale des paysannes ».

Partenaire de SOS Faim depuis 2016, cette association de promotion et de défense des droits humains est cofinancée par la Coopération luxembourgeoise. Suite à l’arrestation des leaders d’AEC, SOS Faim a pris l’initiative d’écrire à M. Asselborn pour faire part de l’inquiétude vis-à-vis de la situation et appeler le gouvernement à intervenir auprès des autorités nigériennes pour réclamer la libération des personnes emprisonnées. Dans sa réponse du 19 avril, affirmant que « la situation de la société civile nigérienne était régulièrement évoquée, à Niamey, avec les représentants des Etats membres de l’UE (…) et que le Luxembourg appuyait, conjointement avec les autres Etats membres de l’UE, divers projets d’appui à la démocratisation et renforcement de la société civile au Niger. » Pour SOS Faim, cette réponse est insuffisante car la gravité de la situation nécessite une prise de position plus ferme.

De son côté, Amnesty International a publié le 19 avril une lettre ouverte conjointe avec d’autres organisations de la société civile pour demander aux représentations diplomatiques présentes au Niger de condamner fermement la restriction de l’espace civique en cours et d’agir pour la libération immédiate et inconditionnelle des défenseurs des droits humains arrêtés.

Le Cercle des ONG quant à lui se doit de marquer son incompréhension devant l’absence de fermeté des européens face à la dérive du gouvernement nigérien. Selon des observateurs de la société civile nigérienne, les démocraties européennes sacrifient le respect des droits humains, en échange du contrôle des flux migratoires par le Niger et de sa lutte contre le terrorisme. Le Cercle s’inquiète de ce que l’UE est en train de saper son crédit auprès des opinions publiques ouest-africaines.

La coopération entre le Luxembourg et le Niger s’élève à quelques 20 millions d’euros par an pour la période 2016-2020, mais elle comporte aussi des engagements réciproques, en particulier autour de la « bonne gouvernance ». Le travail des ONGD dans les pays en développement ne saurait être un travail purement « technique ». Il est aussi « politique » et doit concerner les droits humains, notamment la liberté d’expression et de manifestation et, de manière plus spécifique, la lutte contre les inégalités et les injustices.

Les trois organisations de la conférence de presse portent des revendications à l’attention du Luxembourg et de l’Union européenne pour :

- Dénoncer la répression des organisations de la société civile par les autorités nigériennes ;
- Exiger la libération immédiate et sans condition des défenseurs des droits humains arrêtées à la suite des manifestations ;
- Interpeller l’Union européenne et de ses États membres afin qu’ils dénoncent le non-respect de l’État de droit et des libertés fondamentales au Niger ;
- Demander aux ambassades présentes à Niamey de se positionner fermement en faveur de la libération des activistes arrêtés.

 
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