jeudi, 17 janvier 2019
 

NIGER : Areva joue les prolongations...

la suite du passage de Nicolas Sarkozy au Niger en mars dernier, Areva et les autorités nigériennes ont célébré le renforcement du « partenariat historique et solidaire qui lie le groupe au Niger depuis plus de quarante ans », selon la définition évidemment angélique de la patronne du groupe nucléaire, Anne Lauvergeon. Début mai, se déroulait une cérémonie d’inauguration du futur gisement géant d’Imoumaren, qui doit faire du Niger le deuxième producteur mondial d’uranium. Coïncidence remarquable, les mouvements rebelles touaregs, jusque-là simplement qualifiés de « bandits » et de « trafiquants de drogues » par Mamadou Tandja, malgré l’insistance de parlementaires et de la société civile pour l’ouverture de négociations, se sont vu proposer une rencontre officielle la veille de l’inauguration, accompagnée de la promesse d’une amnistie générale. Certains de leurs représentants ont même assisté à la cérémonie. Ce revirement répond visiblement à la demande pressante d’Areva et des autorités françaises de sécuriser la future zone d’extraction, la solution militaire ayant pour l’instant échoué. On pourrait se réjouir de cette amorce en vue d’une solution politique, mais rien ne dit pour l’instant qu’il ne s’agit pas d’un simple effet d’annonce. Les principaux mouvements rebelles ont, pour l’instant, jugé plus qu’insuffisantes les propositions présidentielles (simple amnistie contre désarmement), et la loi martiale a été reconduite pour 3 mois dans le Nord du pays. La question de l’intéressement aux ressources tirées de l’uranium constitue vraisemblablement aussi un des enjeux des négociations. Reste à voir si les intérêts des populations civiles ne seront pas oubliés au passage. Le pacte de « stabilité » franco-nigérien comporte un autre volet, qui pourrait se révéler hautement explosif. Après avoir promis qu’il ne modifierait pas la constitution pour briguer un troisième mandat, Tandja avait laissé entendre, suite à des manifestations « spontanés » de ses partisans, qu’il pourrait prolonger de quelques années son mandat actuel. Hypothèse validée par Sarkozy lors de sa visite. Le président Tandja vient de franchir une étape supplémentaire dans la perspective d’une présidentielle à vie. Certes, il ne modifiera pas la constitution actuelle : il propose simplement de la remplacer… Cette décision a suscité une forte opposition au Niger, y compris parmi les rangs de la coalition présidentielle de l’Assemblée nationale. Alors que la cour constitutionnelle s’est prononcée contre la tenue d’un référendum pour changer la constitution, le président Tandja a répliqué par la dissolution de l’Assemblée nationale, ce qui peut s’apparenter à la première étape d’un coup d’Etat. Désormais, le bras de fer est engagé entre le clan présidentiel et un large « front pour la défense de la démocratie » qui réunit organisations syndicales, politiques et associatives.

Robin Guébois

 
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