jeudi, 17 janvier 2019
 

Niger – Pollution et pillage des ressources en eau

Communiqué du collectif « Areva ne fera pas la loi au Niger », 21 octobre 2009 A l’occasion des élections législatives nigériennes du 20 octobre 2009, le Collectif Areva ne fera pas la loi au Niger a tenu une conférence de presse hier, mercredi 21 octobre 2009 à l’Assemblée Nationale. [...]

Le Niger vit une très grave crise : un coup d’Etat constitutionnel du président Mamadou Tandja qui, passant outre les règles de la démocratie parlementaire, a organisé le 4 août dernier, un référendum pour se maintenir au pouvoir. […] Après s’être trop faiblement émue de cette situation, la communauté internationale a réagi fermement : La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a « suspendu » le Niger « jusqu’à ce que la légalité constitutionnelle soit rétablie », et a alerté l’Union Africaine ; l’Union Européenne menace de suspendre son aide au développement conformément aux prescriptions de l’article 96 des accords de Cotonou, en laissant toutefois place aux négociations. Quant à la France, elle a maintenu une position particulièrement ambiguë jusqu’à la veille des élections législatives, contribuant à l’attentisme général. Cette attitude revient à cautionner le coup d’Etat constitutionnel et à contribuer à la normalisation d’une situation illégale. A nouveau, la France privilégie ses intérêts économiques sur la promotion de la démocratie et le respect de l’Etat de droit. En effet l’exploitation de l’uranium par Areva se poursuit et la mise en exploitation de la mine d’Imouraren lui offre d’énormes perspectives. Cette exploitation uranifère au nord du pays conduit à la contamination des ressources en eau et à l’épuisement et la pollution des deux grandes nappes phréatiques fossiles de la région d’Agadez, qui assuraient jusqu’ici la survie des populations locales. Cela est tout aussi dramatique que la spoliation des terres agro-pastorales exploitées par les populations locales, la destruction de la faune et de la flore ou la contamination radioactive de l’air dues à cette même industrie.

Depuis des millénaires les populations nomades fréquentent l’immense plaine de l’Irhazer et gèrent de façon traditionnelle les ressources nécessaires à l’économie pastorale. L’aquifère des grès d’Agadez, seule ressource en eau de cette plaine, est fossile. Or la région regorge d’uranium, qui est en partie déjà exploité par l’industrie uranifère avide d’eau : ce réservoir est fortement menacé par l’octroi anomique de concessions minières et par l’exploitation en cours et se vide inexorablement. Cela ne perturbe aucunement les sociétés minières dont le comportement se résume à « prendre, polluer et partir ». Les quantités quotidiennes d’eau consommée par les miniers sont effarantes : 10.000 m3/j sont prélevés à Rharous depuis 1980, pour les mines de charbon (qui alimente en électricité les installations d’Areva à Arlit) ; 20.000 m3/j sont prévus par Areva, pour sa nouvelle exploitation uranifère d’Imouraren ; 4000 m3/j sont prélevés pour la mine d’uranium d’Azelik, exploitée par une compagnie chinoise. En comparaison : moins de 2 000 m3 par an et par habitant sont consommés dans les pays où les ressources en eau sont faibles. Et ce n’est pas tout : les sociétés COMINAK et SOMAÏR (filiales d’Areva) qui exploitent les mines d’Arlit envisagent d’utiliser un pipe line de 30 km et de déplacer leurs pompages vers l’ouest c’est-à-dire dans la nappe des grès d’Agadez ! En effet, ils ont déjà épuisé à 70% la nappe phréatique carbonifère qui se trouve plus au nord, à raison de 22 000 m3/j depuis 38 ans. […] A ce rythme là, on peut s’attendre au dénoyage, c’est à dire à l’épuisement complet de toute la partie ouest de l’aquifère d’ici 40 ans.

Les effets pervers de l’exploitation uranifère : loin d’avoir amélioré le niveau de vie des populations, elle condamne leur avenir à moyen terme. Le Niger deuxième producteur mondial d’uranium figure paradoxalement à la dernière place de l’IDH. Les populations nigériennes victimes d’un pillage organisé des ressources naturelles, y compris de l’eau ressource vitale, récoltent désordres et désolation et non pas les richesses émanant de cette industrie stratégique et très lucrative. Les compagnies minières ne s’inquiètent guère de cette catastrophe annoncée : une fois les gisements d’uranium épuisés, une fois l’eau épuisée, la région ne présentera plus d’intérêt pour elles et leurs actionnaires. Ils quitteront cette région dévastée, désormais impropre au tourisme et à l’économie pastorale et sans développement pour aller piller ailleurs. L’avenir de toute une population, les impératifs de protection de l’environnement et de la santé, sont sacrifiés sur l’autel des profits à court et moyen terme.

À l’heure où la notion de développement durable, admise par tant d’occidentaux, est mise en avant, le nucléaire, est présenté par les industriels, dont Areva, comme une énergie « propre ». Or l’extraction de l’uranium est terriblement polluante et dangereuse puisqu’elle s’attaque à l’homme et ses ressources hydriques vitales et épuisables. Il est hypocrite de nous vendre une énergie prétendue sans effets négatifs et sans conséquences, alors que loin de nous des populations, aux conditions de vie déjà très précaires, en souffrent et en meurent.

Nos revendications

Nous demandons instamment, pour l’exploitation de l’uranium au Niger, le respect des droits de l’homme et des règles de transparence fixées dans le cadre de l’initiative sur la transparence des industries extractives (ITIE) à laquelle le Niger a adhéré en mars 2005 ainsi que la fixation de normes sociales et environnementales, notamment sur l’eau et la mise en oeuvre d’organismes indépendants de contrôle qui sanctionnent leurs manquements.

Pour plus d’informations sur le collectif : http://areva.niger.free.fr/

 
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