lundi, 25 septembre 2017
 

Nigéria les crimes de guerre de l’armée nigérianne

PLUSIEURS ANNÉES DE RECHERCHE

Intitulé Des galons aux épaules, du sang sur les mains. Les crimes de guerre commis par l’armée nigériane, ce rapport révèle que, depuis mars 2011, plus de 7 000 jeunes hommes et jeunes garçons sont morts en détention militaire et que, depuis février 2012, plus de 1 200 personnes ont été tuées dans des conditions contraires à la légalité. Toute une série de crimes de guerre, voire de crimes contre l’humanité, ont été perpétrés par l’armée nigériane dans le cadre de sa lutte contre Boko Haram, dans le nord-est du pays.

UNE LUTTE CONTRE BOKO HARAM JUSTIFIANT TOUS LES TYPES D’EXACTIONS

20 000 jeunes garçons et enfants arrêtés par l’armée Engagées dans une campagne destinée à répondre aux attaques de Boko Haram dans le nord-est du pays, les forces armées nigérianes ont arrêté au moins 20 000 jeunes gens et jeunes garçons, dont certains avaient à peine neuf ans. Ceux-ci ont dans la plupart des cas été arrêtés arbitrairement, souvent uniquement sur la foi d’une dénonciation faite par un informateur dont l’identité était tenue secrète.

La plupart des arrestations ont eu lieu lors d’opérations de « filtrage » ou de « bouclage et perquisition » de secteurs entiers, au cours desquelles les forces de sécurité se livrent à des centaines d’interpellations à la fois. Quasiment aucun détenu n’a été traduit en justice. Les garanties indispensables contre les risques d’homicide, de torture ou d’autres mauvais traitements ne sont jamais respectées.

Des centaines de personnes ont été tuées en détention, soit par balle, soit par étouffement » a reconnu un officier en parlant de la situation qui régnait au centre de détention du Secteur Alpha (connu sous le nom de « Guantanamo »). Nous avons pu vérifier qu’en une seule journée, le 19 juin 2013, 47 détenus avaient succombé par étouffement. Plus de 1 200 personnes ont été tuées en toute illégalité par l’armée et les milices qui lui sont alliées dans le nord-est du Nigeria. Le 14 mars 2014, les militaires ont tué plus de 640 détenus qui avaient pris la fuite à la faveur d’une attaque lancée par Boko Haram.

Lors d’une opération dite de « nettoyage » menée à la suite d’une attaque lancée par Boko Haram à Baga le 16 avril 2013, les soldats auraient « reporté leur agressivité sur la population » explique un officier supérieur. Au moins 185 personnes ont été tuées.

LES CONDITIONS DES CENTRES DE DÉTENTION

La faim, la soif et la maladie

Nos chercheurs ont pu voir des corps amaigris dans différentes morgues. Un ex-détenu de Giwa a expliqué à notre organisation qu’environ 300 personnes étaient mortes dans sa cellule après être restées 48 heures privées d’eau.

"Parfois, on buvait de l’urine, mais il arrivait qu’on ne puisse même pas avoir d’urine. »

Les informations recueillies auprès d’anciens détenus et de témoins sont en outre corroborées par des sources militaires haut placées. Un officier supérieur de l’armée nous a indiqué que les centres de détention ne recevaient pas suffisamment d’argent pour nourrir les détenus et que les prisonniers de la caserne de Giwa étaient « affamés, délibérément ». Les maladies se propageaient à grande vitesse – il y aurait notamment eu des cas de choléra.

Les morts par fumigation

Pour combattre la propagation des maladies et masquer la puanteur, les autorités se livrent régulièrement à des opérations de fumigation des cellules à l’aide de produits chimiques. Cette pratique pourrait être à l’origine de la mort de nombreuses personnes détenues dans des cellules mal aérées. " De nombreuses personnes soupçonnées d’appartenir à Boko Haram sont mortes des suites des fumigations. On utilise pour les fumigations les mêmes produits que pour tuer les moustiques. C’est très fort. C’est très dangereux. »

Torture

Nous avons reçu des informations concordantes, confirmées par des images vidéo, indiquant que l’armée pratiquait la torture, pendant et après l’arrestation des suspects. D’anciens détenus et des interlocuteurs haut placés dans la hiérarchie militaire ont affirmé que des détenus étaient fréquemment torturés à mort.

Les détenus sont placés au secret, dans des cellules bondées et sans aération ni installations sanitaires. Ils reçoivent très peu à manger et à boire. Beaucoup sont soumis à la torture. Des milliers sont morts de mauvais traitements et en raison des conditions de détention extrêmement pénibles qui leur sont imposées.

Tout ce que je sais, c’est qu’une fois que vous avez été arrêté par les soldats et emmené à [la caserne de] Giwa, votre vie est terminée », a déclaré un ancien détenu à Amnesty International.

Un ancien détenu qui a passé quatre mois à Giwa explique que les militaires accueillaient les prisonniers à leur arrivée en leur disant : " Bienvenue là où vous allez mourir. Bienvenue sur les lieux de votre mort. »

Sur les 122 hommes avec qui cet ancien détenu avait été arrêté, seuls 11 avaient survécu.

LA HAUTE HIÉRARCHIE MILITAIRE EST AU COURANT DES CRIMES

La hiérarchie militaire était régulièrement informée, au plus haut niveau, y compris à celui du chef de l’état-major de l’armée et du chef de l’état-major de la Défense, des opérations menées dans le nord-est du Nigeria. Nous avons pu vérifier auprès d’un certain nombre d’interlocuteurs, et notamment de plusieurs officiers supérieurs, que la haute hiérarchie disposait effectivement de ces informations. "Les gens qui sont au sommet voyaient tout, mais ils n’ont rien voulu faire »

Les éléments disponibles montrent que les hauts responsables de l’armée connaissaient, ou auraient dû connaître, la nature et l’ampleur des crimes commis. Un certain nombre de documents militaires internes indiquent qu’ils étaient tenus au courant du fort taux de mortalité parmi les détenus, via des rapports de terrain quotidiens, des courriers et des comptes rendus que les officiers responsables des opérations faisaient parvenir aux quartiers généraux de la Défense et de l’armée.

PUBLICATION DES NOMS DES OFFICIERS QUI DOIVENT COMPARAÎTRE DEVANT LA JUSTICE

Une enquête doit être menée sur l’attitude de l’armée nigériane, et notamment de plusieurs de ses officiers supérieurs, soupçonnés d’avoir une part de responsabilité dans la mort de ces plus de 8 000 personnes, soit directement, soit en approuvant les actes perpétrés, soit en les tolérant. Les victimes sont mortes assassinées, de faim, d’asphyxie ou sous la torture. Nous appelons le Nigeria à mener dans les meilleurs délais des enquêtes indépendantes et rigoureuses sur les officiers suivants, afin de déterminer leurs éventuelles responsabilités individuelles ou hiérarchiques dans les meurtres, actes de torture et disparitions forcées perpétrés, qui constituent des crimes de guerre :

  • Général de division John A. H. Ewansiha
  • Général de division Obida T. Ethnan
  • Général de division Ahmadu Mohammed
  • Général d’armée Austin O. Edokpayi
  • Général d’armée Rufus O. Bamigboye

Nous demandons en outre que les hauts responsables militaires suivants fassent l’objet dans les meilleurs délais d’enquêtes indépendantes et approfondies concernant leur possible responsabilité hiérarchique pour les crimes commis par leurs subordonnés. Cette responsabilité serait établie s’il s’avérait qu’ils savaient ou auraient dû savoir que des crimes de guerre étaient ou avaient été commis et qu’ils se sont abstenus de prendre les mesures nécessaires pour les empêcher ou pour faire en sorte que leurs auteurs présumés soient traduits en justice :

  • Général Azubuike Ihejirika, chef de l’état-major de l’armée de septembre 2010 à janvier 2014.
  • Amiral Ola Sa’ad Ibrahim, chef de l’état-major de la Défense d’octobre 2012 à janvier 2014.
  • Général d’armée aérienne Badeh, chef de l’état-major de la Défense depuis janvier 2014.
  • General Ken Minimah, chef de l’état-major de l’armée depuis janvier 2014.

Nous appelons le président nouvellement élu Muhammadu Buhari à mettre un terme à la culture d’ impunité qui gangrène le Nigeria, et nous invitons l’Union africaine et la communauté internationale à soutenir ces efforts. Le président de la République doit de toute urgence initier une enquête impartiale sur les crimes dénoncés dans le rapport d’Amnesty International et exiger que toutes les personnes responsables rendent des comptes, quels que soient leur grade ou leurs fonctions. C’est seulement à cette condition que la justice sera rendue aux morts et à leurs familles.

 
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