mardi, 24 octobre 2017
 

8 avril 2015, Aubervilliers, Y’en a marre !

Ce mercredi, au Grand bouillon à Aubervilliers, dans le cadre du festival Banlieues Bleues 2015, le rappeur Fou Malade, qui était il y a quelques semaines retenu prisonnier par Joseph Kabila au Congo Kinshasa, est venu présenter le mouvement sénégalais Y’en a marre. Il est accompagné de la réalisatrice du documentaire "Quitte le pouvoir", Aida Grovestins.

Le documentaire projeté avant la discussion raconte le rôle de Y’en a marre pendant la crise électorale sénégalaise en 2012. A l’époque, le conflit dans une démocratie à peu près correcte en Afrique avait surpris tout le monde. Je n’avais fait attention qu’à la volonté de Wade de baisser de 50 à 25% le pourcentage de vote pour être élu. Si cela n’était pas là une attaque de la démocratie ! Je n’avais pas cru que cela puisse se réaliser, c’était trop énorme et cela n’existait nul par ailleurs. J’avais alors pensé que cela reflétait surtout la volonté de Wade de fixer un rapport de force favorable dans les affaires de corruption concernant son clan après une probable défaite.

En regardant le film, je comprends que Wade avait en réalité réussi à imposer sa participation au vote pour un 3e mandat, en argumentant hypocritement que la limite était apparue après sa première élection en 2000. Ainsi, s’il n’avait pas réussi à imposer les 25% il avait tout de même réussi à bafouer la constitution sur la limitation du nombre de mandats présidentiels, précédents en cela, Blaise Compaoré, Joseph Kabila, Sassou Nguesso ou Pierre Nkurunziza.

Je remarque grâce au film que les sénégalais-es parlaient déjà de "coup d’Etat constitutionnel". Wade a réussi ce coup d’Etat constitutionnel en focalisant l’attention internationale sur l’histoire des 25%. Par la suite, obtenant 34% au premier tour, il n’avait pas dépassé ces 34% au second tour. Il n’y a pas de mot pour dire le contraire de démocratisation, cela pourrait être un néologisme comme "ditctatorisation". Au moins 34% des électeur-trices sénégalais-es acceptaient la "ditctatorisation". L’expression "coup d’Etat constitutionnel" est maintenant au centre de la communication de la campagne Tournons la page.

Dans le film, on voit aussi Y’en a marre qui appelle à ne pas voter Wade. Un ami spectateur demande à Fou malade si, alors, Y’en a marre soutenait Macky Sall qui doit certainement avoir lui-même des défauts. Je confirme ici : le grand démocrate Macky Sall a, par exemple, expulsé le blogueur tchadien Makaila Nguebla sous pression du dictateur sanguinaire, grand ami de Jean-Yves Le Drian, Idriss Déby. Sale histoire ! Je prends la parole pour préciser que c’est la constitution sans laquelle il n’y a pas de démocratie que défendaient les activistes sénégalais, et non un politicien en particulier.

Fou malade raconte aussi le soutien apporté par Y’en a marre et Balai citoyen à Filimbi (coup de sifflet), mi-mars à Kinshasa, et explique les filimbistes sont encore emprisonnés. Entre autres, Fred Bauma de la Lucha et Filimbi, Sylvain Saluseke de Filimbi, l’informaticien Yves Makwambala, et depuis le 7 avril Francis Omekongo, le concepteur du logo de Filimbi, sont emprisonnés sans que leur avocat puisse les voir. Depuis des mois, Joseph Kabila est face à une contestation de sa dictature qui met en évidence la vrai nature de son régime. Dans les dictatures fortes comme dans les démocraties africaines fragilisées, la population est les jeunes en particulier s’organisent ou essayent de le faire malgré la répression, et Y’en a marre est disponible pour venir discuter sans "donner des leçons" et pour "apprendre" des autres. Fou malade conclut qu’ "une nouvelle génération" veut "bouger pour une transformation globale de l’Afrique".

Régis Marzin

Article écrit et publié le 12 avril 2015.

Source : http://regismarzin.blogspot.fr

 
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