jeudi, 19 octobre 2017
 

AVEC CUBA UN SÉNÉGAL ÉMERGENT EST POSSIBLE

Lettre ouverte au Président de la République, Macky SALL

Chaque année, entre le 25 avril et le 10 mai, la Havane accueille une grande rencontre des peuples et amis de Cuba dans le cadre de la Semaine internationale appelée « Brigade du 1er Mai ». Depuis trois ans, j’ai honneur et le plaisir de représenter mon pays par propres moyens à cette grande rencontre et d’échanges des peuples.

Comme à l’accoutumé, je suis à chaque fois accueillie par son excellence, l’Ambassadeur de Gambie qui me fait, dès ma première visite, l’insigne honneur et l’immense surprise de venir me chercher personnellement à l’aéroport et de m’inviter chez lui, alors qu’on ne se connaissait pas avant et que je ne l’attendais point. Au-delà de la teranga qu’il me fait pendant mon séjour, il me raccompagne jusqu’à la passerelle de l’avion au moment de mon retour. Ce geste d’une hospitalité inoubliable, il me le magnifie à chaque fois, considérant les relations sociologiques et historiques liant le Sénégal et la Gambie. Car selon lui, compte tenu de l’absence d’une représentation diplomatique du Sénégal, l’Ambassadeur de Gambie est celui de tout ressortissant Sénégalais qui vient à Cuba.

En effet, au moment où le Sénégal brille par son absence dans cette Grande Ile en plein bouleversement dans les relations internationales, on note la présence diplomatique d’autres pays africains comme la Gambie, le Niger, la Guinée Conakry, la Guinée Bissau, l’Afrique du Sud, le Nigéria, le Congo, le Burkina Faso…Tous ces pays ayant une représentation diplomatique à la Havane bénéficient d’une coopération dans divers domaines avec Cuba. Par exemple, la Guinée et le Libéria ont bénéficié de l’expertise cubaine dans la lutte contre l’Ébola et plus de 100 médecins cubains de toute spécialité œuvrent actuellement en Gambie dans le cadre de l’appui technique.

La « Nuit Internationale » qui constitue le summum de cette rencontre est un moment exceptionnel où chaque délégation montre la culture de son pays en présence de son Ambassadeur, le Sénégal brille encore tristement par son absence outre ma modeste présence.

A la Rencontre internationale du 1er Mai, fête du Travail, en présence du Président Raoul Castro qui accueille les délégations d’une trentaine de pays dans un défilé de plus de 5 millions de personnes à la Place José Marti au cœur de la Havane, le Sénégal brille encore par son absence. En fin de cérémonie, toutes les représentations diplomatiques présentes se retirant passent devant l’immense foule avec l’emblème de leur pays flottant sur leur véhicule, et j’attends en vain celui de mon pays qui ne viendra jamais. Je me sens tristement seul avec le drapeau Sénégalais noué autour du cou dans cette marée humaine qui dévale joyeusement dans une ambiance bon enfant au niveau de cette prestigieuse place.

Pourtant depuis 2011, le Sénégal dispose d’un immeuble à la Havane qui devrait abriter l’Ambassade du Sénégal. Ce bâtiment acheté par l’ancien régime reste à ce jour inoccupé. A l’instant présent, seules des couleurs nationales flottant au niveau de la maison des brigadiers marquent la présence du Sénégal à Cuba.

Pourtant, l’importance de Cuba pour le Sénégal n’est pas à démontrer, notamment dans le domaine de la médecine (même des étudiants en médecine de pays Occidentaux viennent y parfaire leur formation, des Suisses, des Français, des Canadiens, des Américains…), dans le domaine agricole (au moment où le Sénégal a un programme d’autosuffisance alimentaire pour 2017), dans le domaine du sport (première académie mondiale du sport), dans le domaine militaire et sécuritaire (dans un contexte de menaces multiforme) et dans le domaine culturel (berceau de la fameuse musique et danse salsa avec le célèbre orchesta Aragon, qui a séjourné au Sénégal plusieurs fois, la dernière en 2013 dans le cadre de sa tournée mondiale), les anciens croulants et les amateur de salseros ne démentiront pas.

En effet, l’importance stratégique et géostratégique de Cuba dans ce monde en devenir ne doit nullement échapper aux autorités sénégalaises, comme en témoigne la ruée les Occidentaux vers les Grande Ile des caraïbes depuis un moment (visite récente du Président François Hollande, rétablissement des relations diplomatiques avec les États-Unis et visite programmée du Président Obama en fin mai 2015), doit créer un déclic pour nos autorités.

Pour l’histoire, Cuba a représenté une place majeure pour le Sénégal dès l’indépendance du pays en 1960. Il est regrettable de constater le dégèle presque total des relations diplomatiques entre le Sénégal et Cuba, même si ce dernier dispose d’une ambassade au Sénégal depuis 2002. En effet, au lendemain de l’indépendance, beaucoup de cadres sénégalais ont été formés et/ou séjournés au Cuba dans le cadre de renforcement de capacités.

Aujourd’hui, le Sénégal a tout à gagner en ouvrant une représentation diplomatique à la Havane. L’importance de la langue Espagnole dans le monde (1ere en Amérique Latine, 2e aux États Unis, et seconde langue de travail à l’ONU) ; l’expertise cubaine, particulièrement dans le domaine de la médecine, de l’agriculture, sur les questions sécuritaires et dans le domaine du sport, sont autant de raisons pour justifier notre présence dans ce pays ami.

Ce pays dispose des ressources incommensurables pour nous apprendre la résilience devant les défis du développement. Car presque près de 50 ans sous embargo de l’hyper puissance Américaine et de ses alliés, Cuba a pu montrer à la face du monde ses capacités de résistance.

Oumar Ousmane Ndiaye Professeur d’espagnol Camp-marchand à Rufisque fouraw2012@gmail.com

 
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