lundi, 18 novembre 2019
 

La fable sénégalaise du "Dialogue national" : le renard (Macky) et les corbeaux (l’opposition)

Diagne Fodé Roland

Voilà ce que nous écrivions dans Ferñent de mars 2019 : “C’est devenue une coutume de Macky/APR/BBY d’annoncer les chiffres avant de voler les suffrages et les faire confirmer par les institutions dédiées à cet effet (CENA, Commission de Recensement des votes et Conseil Constitutionnel). Ces forfaitures ont été réalisées lors : - du référendum-waxeet 2016 - des législatives-chaos orchestré de 2017 - du parrainage-sélection 2018 - de la présidentielle 2019 dont Macky avait dit "j’en fais mon affaire". Les thuriféraires griots du pouvoir voleur des élections, des libéraux aux ex-gauches, se sont réjouis que "l’opposition soit ko debout" pendant que Macky et sa garde rapprochée attendaient que le peuple prenne les rues pour abattre une répression préparée par l’achat massif à coups d’endettement du pays de matériels de répression.

Mais comme nous l’écrivions : "Contre le vol des élections et la félonie des institutions chargées de dire le vrai, il n’y a que le soulèvement populaire, à l’instar du 23 juin 2011, qui peut faire respecter la volonté du peuple. Or manifestement, il y a pas grand monde pour tenir la rue et braver la répression pour obtenir un second tour permettant une troisième alternance libérale".

Voilà pourquoi nous poursuivions : "L’autocratie Mackiste/APR/BBY se croit tout permis et veut encore une fois que l’opposition accepte d’être les dindons de la farce. Or cette fois, la déclaration commune des 4 candidats ne reconnaît pas "les résultats Kandji" et refuse de faire recours à l’arbitrage du Conseil Constitutionnel considéré comme indigne de confiance". Un silence de plomb s’est donc abattu sur le pays qui, en vérité, exprimait la conscience populaire claire du vol électoral sans scrupule de la bande libérale néocoloniale.

Mais une fois faite la cérémonie d’investiture, Macky devait parachever sa mainmise autocratique présidentialiste par la forfaiture de la suppression du poste de premier ministre dont il n’a pipé un seul mot durant toute la campagne électorale.

S’étant lui même pris à son propre piège en limitant à deux le mandat présidentiel, Macky fait ici d’une pierre plusieurs coups : - court-circuiter la concurrence du dauphinat dans son propre camp, garder toutes les cartes en main si il est contraint de choisir un dauphin et se donner tous les moyens dictatoriaux de trafiquer la Constitution et de soumettre les institutions comme il l’a fait jusqu’ici pour s’assurer, le moment venu, un troisième mandat.

L’autocrate renard prend l’opposition pour des corbeaux

Une fois ses forfaitures réalisées, voilà notre renard Macky se pointer sans honte devant le peuple pour s’adresser à "maître corbeau" de l’opposition en appelant au "dialogue national sans exclusive constructif et ouvert à toutes les forces vives du pays, forces politiques, économiques et sociales". L’autocrate libéral en appelle "à la bonne volonté de toutes les composantes de notre nation pour bâtir ensemble une gouvernance concertée". Pour appâter maître corbeau de l’opposition, maître renard Macky lui tint ce langage : "Il est important, pour l’intérêt supérieur de la nation, de construire un espace de consensus national sur les grandes questions qui rythment la marche de notre nation vers la paix, la sécurité et la prospérité".

Mêlant le miel et le fiel, le flatteur qui ne vit qu’au dépens du naïf qui l’écoute décide d’inviter toute l’opposition, la "société civile", les chefs religieux et traditionnels, les "forces vives de la nation", dont les syndicats auxquels il déclare sans ambage ne pouvoir augmenter les salaires après avoir selon ses propres dires "dépensés 300 à 500 milliards pour acheter des voitures pour les ministres, les députés, etc" au "consensus pour éviter que les étrangers ne viennent nous imposer sur le pétrole et le gaz". Le silence accusateur du peuple exprimé par le refus de l’opposition des résultats électoraux fabriqués par la République des copains et des coquins fait que le roi Macky est nu. Que faire pour retrouver une crédibilité perdue ? C’est le "fromage" convoité par le renard Macky qui l’amène à se déguiser en paon faisant la roue.

La main sur le cœur pour proclamer ’’qu’en vertu du serment que je viens de prêter, je serai le président de toutes les Sénégalaises et de tous les Sénégalais. Je renouvelle, par conséquent, mon appel au dialogue", Macky le renard joue du "Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau ! Sans mentir, si votre ramage se rapporte à votre plumage, vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois" en s’attribuant les vertus suivantes : "J’ai toujours pensé que la démocratie ne saurait ou ne devrait être réduite à la confrontation permanente entre pouvoir et opposition, entre majorité et minorité".

Voilà un président qui, depuis 2012 ne règne que par la "confrontation permanente" pour flouer l’opposition de tous ses droits, y compris les droits inscrits dans la Constitution qui est sans cesse bafouer, qui dit tout et son contraire, se joue tant des richesses du pays que de ses institutions et se croit tout permis, finalement croit avec ses amis de l’ex-gauche que son peuple et l’opposition sont achetables. Ces libéraux et l’ex-gauche se regardent dans le miroir croyant y voir le peuple et TOUTE l’opposition. Leur devise est : "tout à un prix" parce que leur propre prix leur fait oublier que la dignité et la cause du peuple et en particulier du peuple laborieux, de la classe ouvrière ne peuvent avoir un prix.

L’entourloupe du "dialogue" englouti par la BBC

Alors la véritable opposition alternative au libéralisme néocolonial rejetait le piège attrape-nigaud du "dialogue" à travers la voix de son candidat à la présidentielle O. Sonko, tombait sur les téléscripteurs des réseaux sociaux l’émission de la BBC épinglant le frère du président Macky qui enflamme le pays.

L’odeur du pétrole et du gaz est entrain de transformer le libéralisme néocolonial au Sénégal en mafia néocolonial. La social-démocratie néocoloniale sous Senghor et Diouf s’est aplatie devant l’impérialisme françafricain avant de se social-libéralisée avec les plans d’ajustement structurel dictés par le FMI et la BM, les libéraux avec Wade ont fabriqué les politiciens milliardaires en CFA au point que le despote a même rêvé de monarchiser la République pour son fils biologique et le rejeton libéral du Wadisme qu’est Macky suit allègrement le même chemin de la mafia familiale et clanique.

On devrait se demander pourquoi ces "révélations" faites bien avant par des Sénégalais, notamment le candidat O. Sonko dans son livre sur "pétrole et gaz au Sénégal, chronique d’une spoliation", n’apparaissent bizarrement comme telles parce que BBC la chaîne des impérialistes anglais, l’équivalent de la chaîne France 24 des impérialistes en fait un reportage. Bien entendu il ne faut pas être dupes des contradictions inter-impérialistes qui se tapissent derrière ces dites "révélations" de la BBC qui travaille pour les groupes monopolistes anglais. Mais au nom de quoi peut-on se laisser prendre par la ligne "anti-impérialiste" des libéraux néocoloniaux qui n’ont cessé de vendre le pays et ses richesses aux impérialistes Français en empochant les miettes en milliards de francs CFA que daignaient leurs laisser sous la table les Orange, Total, Bolloré, Bouygues, Alstom, Auchan, Carrefour, etc. Même le père du libéralisme Sénégalais Wade a eu le toupet de diversifier relativement les investissements étrangers au pays. C’est une singularité de la bourgeoisie néocoloniale Sénégalaise de manipuler les opinions publiques de nos pays.

En effet le même Wade qui bâtissait le monument dit la renaissance faisant une certaine fierté dans certains milieux africains devait décevoir les mêmes en allant, escorté par des avions mirages Français, trahir Khaddafi et l’UA à Benghazi.

La schizophrénie inhérente à la bourgeoisie et à la petite bourgeoisie néocoloniale se manifeste encore une fois par le fait que 4 mois après le rejet des résultats électoraux "Kandji" par les trois concurrents autorisés par le parrainage mackiste, le front du refus a été brisé. C’est tout à l’honneur de O. Sonko d’incarner comme il la fait depuis son engagement en politique l’alternative antilibérale, patriotique, panafricaniste et anti-impérialiste aux alternances libérales qui conduisent le pays à la catastrophe. Il faut prendre au sérieux et très au sérieux les révélations de plus en plus catastrophiques sur l’état réel de l’économie nationale. Notamment les propos suivants d’un ex-ministre, Thierno Alassane Sall qui a démissionné en s’opposant aux contrats signés sur le pétrole et le gaz : "En arrivant au pouvoir Macky Sall avait trouvé une dette publique autour de 2700 milliards de F CFA (début 2012). En sept ans, il l’a amené à 8600 milliards soit une augmentation de 211%. Aucun autre indicateur économique pertinent n’a augmenté à ce rythme fulgurant durant la même période : les exportations, essentiels pour couvrir la dette externe en devises, ont augmenté cumulativement de 47% et les recettes budgétaires de seulement 51% selon les services du FMI. Par conséquent, en 2018 notre pays a consacré plus de 40% des recettes budgétaires (soit 1000 milliards de F CFA) au paiement de la dette (principal et intérêts) selon toujours les services du FMI. Le régime de Macky Sall a maintenu ce rythme effréné de déficit public important et d’endettement au premier trimestre 2019. D’après le même communiqué du Ministère des Finances, le déficit public (la différence entre les dépenses et les recettes budgétaires de l’administration centrale) a atteint 706 milliards de F CFA (dépenses 1217 milliards – recettes 511 milliards) au premier trimestre 2019 alors qu’il ne devrait pas dépasser 721 milliards pour toute l’année (hors dons) selon le Budget 2019 et les engagements du gouvernement auprès du FMI en janvier 2019 (page 31 du rapport du FMI portant Article IV et septième revue du programme PSI avec le gouvernement sénégalais). Cette tendance est irresponsable et insoutenable. Il est également important de noter que le niveau des dépenses publiques au premier trimestre 2019 indiqué dans le communiqué (1217 milliards) dépasse de plus de 200 milliards ceux publiés par la Direction de la Prévision et des Études Économiques (DPEE) du ministère des Finances (voir page 44 de la note de conjoncture du premier trimestre 2019)".

Sans ignorer les raisons politiques liées à la présidentielle de 2024, n’y a t-il pas tout simplement aussi une vraie raison économique cachée de cet appel soudain au "dialogue national" : UN PAYS MIS EN FAILLITE PAR LA GESTION GABEGIQUE ET NÉPOTIQUE OPAQUE DES LIBÉRAUX ET DE LEURS ALLIES SOCIAUX LIBÉRAUX FLANQUES DES RENÉGATS DE LA GAUCHE. D’autres "révélations" sont donc à venir et n’attendons pas que ça sonne vrai parce que les presses impérialistes l’ont dites, de même cherchons nos exemples et modèles en Afrique et ailleurs que chez les seuls impérialistes.

Juin 2019

 
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