samedi, 21 juillet 2018
 

Les confréries mourides au Sénégal : débats et prises de positions politiques et sociales

La Nouvelle alternative pour la solidarité, le rassemblement et l’unité (Nasru) est un nouveau parti qui vient de s’ajouter à la centaine déjà existante au Sénégal. Lancé par le guide religieux Serigne Moustapha Mbacké Gaindé Fatma (de la confrérie mouride), Nasru a eu sa première sortie politique à l’occasion d’une conférence organisée au Cices ( Dakar) en juin 2008. Ce parti a pour objectif de « faire la politique autrement », en faisant comprendre à Abdoulaye Wade (actuel président et membre de la même confrérie) que le Sénégal n’est pas un L royaume. En effet, Wade semble avoir depuis sa réélection en 2007 un projet de dévolution monarchique. Ce qui semble d’ailleurs se confirmer depuis qu’il a taillé à son fils Karim, un super ministère (ministre d’État, ministre de la Coopération internationale, de l’Aménagement du territoire, des Transports aériens et des Infrastructures) alors que, lors des dernières élections municipales de 2009, ce dernier n’a même pas pu avoir la majorité dans son propre bureau de vote.

Au Sénégal, pays acquis à la démocratie, le pouvoir religieux a une grande influence sur le pouvoir politique et sur la vie des Sénégalais-e-s. Les confréries Tijane (fondée par Ahmed Tijane en Algérie), Mouride (branche locale fondée par Cheikh Ahmadou Bamba), d’obédience soufie et plutôt modérée participent activement à la vie politique. En effet, à l’Indépendance du Sénégal, Léopold Sédar Senghor (bien que chrétien), s’est appuyé sur les confréries mouride et tijane pour remporter les élections et gagner la paix sociale. Abdou Diouf, tout en prenant ses distances avec le pouvoir religieux au début de son mandat, finit par utiliser les marabouts pour se faire réélire (cf. Afriques en luttes n° 9, octobre-novembre 2010). C’est avec Abdoulaye Wade que la collusion entre politique et religion va atteindre son comble. Membre de la confrérie mouride, Abdoulaye Wade n’hésite pas à rendre visite à son marabout et même à s’incliner devant lui. Les marabouts-politiciens sont à présent tout à fait décomplexés et certains n’hésitent pas à créer des partis politiques pour soutenir leur mentor Wade ou d’ailleurs pour s’opposer à lui. D’autant plus que l’omniprésence de la confrérie mouride sur la scène politique commence à agacer les autres confréries ainsi que les Chrétiens, minoritaires au Sénégal (entre 5 et 10% de la population).

« Cinquante ans d’indépendance pour notre pays, et nous voilà encore au stade de végétation économique et d’errements démocratiques. Certes, notre pays, par la grâce de Dieu, et par l’effort de nos élites, aussi bien religieuses que politiques, s’est épargné l’expérience douloureuse des coups d’État et des guerres civiles, mais force est de constater que le bilan est loin d’être satisfaisant » constate le secrétaire général du Nasru Moustapha Mbacké Gaïndé Fatma, qui a choisi Thiès, ville chargée d’histoire sur les plans politique, syndical et religieux ( la plupart des grèves de cheminots débutèrent dans la 2ème ville du Sénégal), pour déclarer, solennellement au peuple sénégalais dans ses différentes sensibilités, sa volonté de briguer en 2012 le suffrage des Sénégalais. Dans l’ensemble, Les sénégalais observent avec scepticisme cette intrusion des marabouts sur la scène politique. Mais à cause de la défiance vis à vis des hommes politiques, certains n’hésitent pas à adhérer à leur programme politico-religieux qui ne diffère d’ailleurs que très peu des promesses des politichiens ( surnom souvent donnés aux hommes politiques). Mais en dehors des confréries, une nouvelle sorte d’acteurs fait son apparition depuis quelques années. En effet, on se souvient de la sortie des imams de la banlieue de Dakar, qui ont invité les consommateurs sénégalais à « délester » la Senelec (la société nationale d’électricité) ainsi que les factures d’électricité. « Nous ne sommes pas prêts à payer des factures sans avoir de l’électricité en permanence », s’était indigné l’Imam Youssouf Sarr, chef de file du collectif des imams de Guédiawaye (banlieue dakaroise), dont la manifestation de la fin du mois juillet 2010 contre les coupures d’électricité, a été interdite par les autorités de Dakar. Par la suite, le collectif a appelé « à la suspension, à compter du 18 Août 2010, du mot d’ordre de non paiement des factures d’électricité et le boycott des caisses de SENELEC » tout en lançant une pétition contre les délestages et la senelec. Cette défense des plus faibles, portée par des hommes de religion, interpelle les Sénégalais car le collectif des imams se positionne en dehors des confréries classiques et pourrait bien leur faire de l’ombre.

Les partis politiques sont quant à eux bien inquiets car le fait que les marabouts portent à bout de bras les revendications citoyennes traduit leur échec et leur incapacité à rassembler les Sénégalais.Faut-il soutenir ce genre de manifestations ou prendre ses distances, telle semble être l’équation à laquelle doivent répondre les partis politiques sénégalais pour ne pas se faire déborder par les religieux , dans ce pays où la religion est omniprésente mais aussi modérée.

Moulzo

 
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