lundi, 25 septembre 2017
 

Macky Tout-puissant !

Senegal

Il est des démocrates qui ne le sont que de nom. Ils sont les valets de chambre de l’Occident, les hommes de main de l’establishment, les paillassons sur lesquels les grandes puissances s’essuient les pieds avant d’accomplir leurs forfaits contre des peuples opprimés par une monnaie étrangère dont les élites intellectuelles veulent s’en défaire. L’expulsion de Kémi Séba du Sénégal, une décision qui épouse les contours d’un banditisme d’Etat planifié, aura été l’un des actes les plus irréfléchis, les plus irresponsables que l’Etat du Sénégal ait posés sous la nouvelle alternance. De la carrure ils n’en ont rien. De la dignité encore moins. Ces nouveaux types de dirigeants ne peuvent en aucun cas être les artisans d’une Afrique émergente qui n’existe que dans les slogans. Serait-ce devenu la règle ? Pour les présidents les mieux élus, la déception se mesure parfois à l’aune des millions de suffrages collectés. Collection de bourdes diplomatiques. Politico-juridiques. Censés faire avancer la démocratie et l’Etat de droit, ils sont les premiers à fouler au pied les lois et règlements de leurs propres pays. Une fois leur décision « irrévocable » prise, les délais de recours prévus par la loi, ils n’en ont cure. Ils violent sciemment la loi dont ils dont ils sont censés veiller à l’application. Excès de pouvoir. Excès de zèle ! On confond vitesse et précipitation. Un Etat de droit, c’est d’abord et avant tout, un Etat qui se soumet à la règle de droit. Et il n’y a pas un seul acte administratif qui ne soit susceptible d’appel. Cela, Macky Sall et Abdoulaye Daouda Diallo ne sont pas censés l’ignorer. Le danger, ici, réside dans le fait que c’est une seule personne, le chef de l’Etat en l’occurrence, qui décide seul et ses décisions, semble-t-il, ne sont passibles d’aucun recours. Macky Tout-puissant ! Aucune considération pour la séparation des tâches. C’est d’autant plus préoccupant lorsque le premier des Sénégalais donne l’impression d’être un exécutant de simples décisions prises ailleurs, par ceux qui ne ménageront aucun effort pour que l’Afrique et ses fils continuent de se servir d’une monnaie étrangère de « servitude volontaire », qui aliène leur économie et compromet leur devenir.

Quitte à jeter le discrédit sur nos forces de l’ordre, ils veulent faire croire qu’une manifestation pacifique d’une poignée d’activistes opposés au franc Cfa, va déstabiliser tout un pays. Avec tous les moyens humains et logistiques dont il dispose, si le premier policier du pays n’est pas en mesure d’encadrer ou de contenir éventuellement une manifestation qui se veut pacifique, il n’a pas sa place à la tête d’un département aussi stratégique.

Du démocrate de façade qui exile ses détracteurs, emprisonne ses opposants et expulse ses activistes étrangers, rien de surprenant. Le ‘défenseur’ infatigable de la liberté d’expression à 6000 km de Dakar, avait déjà annoncé la couleur en décidant de l’expulsion vers la Guinée, en mai 2013, du blogueur tchadien et militant des droits de l’homme, Malaika Nguebla. En 2015, l’opposant gambien Sidiya Bayo connaîtra le même sort, expulsé de Dakar. Jamais deux sans trois. Par ce nouvel arrêté d’expulsion qui ne respecte le droit, ni dans sa forme ni dans son exécution et qui colle la honte à tout un peuple, le chef de l’Etat et son ministre de l’Intérieur font du Sénégal, jadis terre d’asile et terre de liberté, une terre d’insécurité pour les nationaux et expatriés, une prison à ciel ouvert où les esprits libres, les opposants, sont tous en sursis. Devrait-on accorder au président Macky Sall le droit de penser que « le franc Cfa est une bonne monnaie à garder », cela ne lui donne pas le droit de compromettre le combat légitime des élites sénégalaises et africaines convaincues de la nocivité d’une dépendance monétaire qui n’a que trop duré. En décidant d’expulser de Dakar l’activiste panafricaniste Kémi Séba, Macky Sall affiche une constance dans la soumission à ceux qui veulent à jamais maintenir l’Afrique dans la dépendance économico-monétaire, avec la complicité des chefs d’Etat en place. We all are Kémi !

Momar Mbaye

 
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