lundi, 23 octobre 2017
 

Sénégal : Discours du 14 Juillet 2011 du Chef de l’Etat , éviter de jeter le bébé avec l’eau du bain

Le 14 juillet 2011, Wade a donné, à sa manière, une réponse sans équivoque à la double interpellation dont il a été l’objet les 23 et 27 Juin.

Le 23 juin, dans toutes les capitales régionales du pays, la Demande politique a fait irruption dans la rue, pour obliger Wade à retirer son projet de révision de la Constitution, largement perçu comme celui d’une confiscation du pouvoir et de sa dévolution monarchique. Cette puissante manifestation au Sénégal a été amplifiée à l’étranger par la Diaspora Sénégalaise. Mais dés le lendemain du retrait de ce projet de révision, le calme est revenu sur toute l’étendue du territoire, au point d’amener plusieurs observateurs à saluer la haute maturité politique du peuple Sénégalais.

Le Chef de l’Etat, sonné par l’ampleur de cette manifestation devant les grilles de l’Assemblée nationale, s’est emmuré dans un silence assourdissant les 24, 25 et 26 juin.

C’est dans ce contexte, que la Demande sociale a pris le relais de la Demande politique, la nuit du 27 juin, pour protester violemment contre les coupures prolongées de l’électricité les 25 et 26 juin.

Le lendemain de cette manifestation, le peuple a repris son travail dans l’attente du Chef de l’Etat pour s’expliquer sur cette double interpellation, tandis que les manifestants du 23 juin mettaient en place une organisation dénommée le « Mouvement du 23 juin, ou M23. C’est ce Wade fit, enfin de compte, le 14 juillet, sous prétexte de répondre à l’invitation de ses élus locaux et nationaux.

Ainsi, à la Demande politique, il a répondu aux populations en termes de menaces pour qu’elles ne manifestent plus dans la rue, en dénégation de son intention de procéder à une dévolution monarchique du pouvoir à son fils, tout en affirmant sa volonté de briguer un troisième mandat en assumant publiquement s’être renié sur la question.

A l’opposition, il a proposé de choisir entre l’entrée dans son gouvernement pour gérer ensemble ce qui reste du processus électoral, et l’organisation d’une Présidentielle anticipée. A la Demande sociale, après avoir fait un bilan élogieux de ses réalisations, il fit des promesses en direction des populations pour qu’elles patientent jusqu’en fin Septembre pour la fin des délestages, et en direction des jeunes il prévoit la création de 100.000 nouveaux emplois.

Il me semble donc erroné de croire que Wade a tout simplement « amusé la gallérie », sans répondre aux interpellations de la Demande politique et de la Demande sociale.

Ce n’est pas par ce que ses réponses sont insatisfaisantes pour la plupart des Sénégalais, qu’il faille nier leur existence. Il est essentiel de les analyser, plutôt que de les rejeter d’un revers de main, sous prétexte que Wade « manœuvre », ou qu’il « bluffe », ou même que « sa parole n’est plus crédible ». En effet, les menaces qu’il a proférées contre toute manifestation publique sont sérieuses, les rumeurs de mercenaires et de combattants du MFCD qu’il aurait projetés sur Dakar méritent d’être prises en compte.

Après la sauvage agression contre le Président de la RADHO, Alioune Tine, le jour même de la manifestation du 23 juin par des nervis du pouvoir, l’interdiction préfectorale du rassemblement du M23 dans l’ esplanade de la Mairie de Guediawaye avec un déploiement sans précédent de forces de Police, et l’agression barbare du Député Elh Diouf au sein même de l’ Assemblée nationale par un autre Député du PDS, l’on a des signes qui ne trompent pas sur les intentions de Wade.

Surtout, que le Ministre de la justice a participé ouvertement aux ovations que les élus du PDS, en présence du Premier Ministre, ont réservé à l’agresseur du Député Elh Doiuf, qui aurait même reçu une voiture 4x4 du Chef de l’Etat, en récompense à son acte odieux ainsi magnifié de la sorte. A ces agressions physiques s’ajoutent les harcèlements judiciaires et fiscaux dont sont victimes, respectivement, les journalistes de Walf Quotidien et l’entrepreneur Youssou Ndour, pour leur soutien ouvert aux manifestants du 23 juin.

Wade est donc résolument en état de guerre contre le peuple, et s’en prend rageusement à ses dignes fils. Il défie le peuple, en projetant d’organiser un vaste rassemblement de ses partisans le 23 juillet sur la VDN », et le mardi 26, plus de 20.000 Chefs de villages, pour « exorciser le 23 juin » et tenter de montrer à l’opinion internationale, qu’il a toujours le soutien du peuple.

Devant cette situation, les forces vives de la Nation ont le devoir impérieux d’organiser , à la Place de l’Indépendance, une puissante manifestation le 23 juillet, pour commémorer ce « 23 juin » historique, et exiger la « fin de l’impunité », des « agressions », des « harcèlements judiciaires et fiscaux » , contre la « violence ». L’ampleur d’une telle manifestation au niveau national et au sein de la Diaspora, devrait obliger l’Etat à procéder à « l’ouverture d’informations judiciaires » sur les mercenaires, les maquisards du MFDC, et autres agresseurs, déjà identifiés dans les rangs du pouvoir, pour assurer la sécurité des personnes et des biens et rendre justice aux victimes.

C’est le seul moyen pour le M23, de mettre en échec les projets de violence que Wade concocte contre le peuple et ses dignes fils. La « fin de l’impunité et des harcèlements judiciaires et fiscaux » et « ne touche pas à ma Constitution », devront désormais être les mots d’ordre stratégiques du M23, pour mobiliser l’opinion contre les agissements malfaisants de Wade et de ses hommes liges. Dans ce cadre, les Forces Armées, de Gendarmerie et de Police du Sénégal, sont fortement interpelées par les agissements criminels, jusque là impunis, des hommes du pouvoir, et devraient assumer toutes leurs responsabilités républicaines pour protéger les citoyens et leurs biens, et leur droit à des manifestations publiques pacifiques. C’est la fin de l’impunité qui est la seule garantie d’une sécurité pour tous et d’une paix civile durable.

Mais il doit être certain pour tout un chacun, qu’après s’être senti profondément blessé par l’ampleur des manifestations des 23 et 27 juin, tant que Wade restera au pouvoir, son désir de vengeance sur le peuple ne s’estompera jamais.

C’est pour cela, que Benno a eu raison d’accepter son offre de tenir une Présidentielle anticipée, qui, selon les dispositions de la Constitution, va l’obliger à démissionner avant la fin de son mandat. Ce départ proposé par Wade lui-même, devrait faire l’objet d’une acceptation massive des forces vives de la Nation, pour l’amener à le mettre en œuvre dans les plus brefs délais. Non seulement l’hypothèque sur la sécurité des populations serait ainsi levée, mais aussi, Le Conseil Constitutionnel aurait plus d’indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif, pour pouvoir se prononcer, en toute liberté, sur la candidature éventuelle de Wade pour un 3eme mandat.

De même, sous l’égide des nouvelles autorités, de meilleures conditions politiques seraient réunies pour un large consensus sur le processus électoral sur les 6 à 9 mois de transition, avant d’organiser les Présidentielles. Ce départ ne nécessite aucune concertation avec l’opposition, comme le suggère le Gouvernement Français, qui propose des « concertations pour un consensus sur le calendrier et l’organisation des élections ».

En effet, le calendrier républicain pour les élections présidentielles est clairement défini dans la Constitution du Sénégal, qui dispose l’organisation des Présidentielles au terme du mandat du Président élu, ou, en cas de « Démission », par anticipation, au bout de 6 à 9 mois. Il est ainsi erroné, comme certains de nos compatriotes le pensent, que le respect du calendrier républicain se réduit au seul respect du mandat échu du Président de la République, au point de s’opposer à la proposition de Wade de tenir une Présidentielle anticipée ! Cette proposition, qui implique sa démission avant la fin de son mandat, ouvre de réelles perspectives de stabilité et de paix civile pour notre peuple, tout en permettant d’abréger ses souffrances, dont la Demande sociale n’a reçu aucune réponse satisfaisante de Wade ce 14 juillet mémorable.

En fait, dans sa réponse à la Demande sociale, il a réduit l’aspiration des jeunes à un travail décent et à une formation employable, à l’ « encadrement » des élèves du Primaire en situation d’échecs scolaires , et à « la main d’œuvre » dans les chantiers de promotion de logements sociaux.

De ce fait, non seulement il a insulté notre jeunesse, mais aussi, en choisissant un étranger, même Sud Africain, pour réaliser son projet de logements sociaux pour l’emploi des jeunes, il exprime tout son mépris à l’égard de nos promoteurs immobiliers nationaux.

Le 14 juillet 2011, qui a donné l’occasion à notre peuple les moyens d’arrêter les projets malfaisants de Wade, devrait être considéré comme le début d’un nouveau départ pour la République et la Démocratie dans notre pays.

Sa proposition d’élection présidentielle anticipée ne devrait donc pas être jetée comme le « bébé » avec l’eau du bain, que constitue la forme dans laquelle il a enveloppé son discours ce 14 juillet historique.

Ibrahima Sène PIT/SENEGAL

Fait à Dakar le 17 juillet 2011

 
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