mercredi, 22 novembre 2017
 

Sénégal : Du « Sopi » de 2000 au « Y’en a marre » de 2011

Le mouvement « Sopi » (changement en Ouolof) qui porta au pouvoir M. Abdoulaye Wade (3ème Président de la République du Sénégal) était soutenu en grande partie par la jeunesse sénégalaise. En effet, après 40 ans de pouvoir socialiste, la jeunesse sénégalaise, qualifiée de « malsaine » par l’ex-président M. Abdou Diouf, en avait assez de subir la toute puissance du Parti Socialiste sénégalais fondé en décembre 1976 par Léopold Sédar Senghor père de l’Indépendance du Sénégal ( d’abord Union Progressiste Sénégalais de 1958 à 1976 ; fusion du Bloc Populaire Sénégalais de Senghor et le Parti Socialiste d’Action Sénégalaise de lamine Guèye) . Son successeur Abdou Diouf ( Président le 1er janvier 1981 à la suite de la démission de Senghor), qui avait pourtant ouvert le pays au multipartisme intégral n’en était pas moins très loin des réalités du pays. Enfermé dans sa tour présidentielle, il n’écoutait plus que ses conseillers politiques pour qui tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. La surprise fut donc totale en mars 2000 lorsqu’il se retrouva au second tour des élections présidentielles face à Abdoulaye Wade le libéral, soutenu par une coalition hétéroclite de partis politiques pour la plupart se réclamant de la Gauche. Mais cela n’a été possible que grâce à la mobilisation historique de la jeunesse sénégalaise à travers le mouvement « Sopi » (slogan du Parti Démocratique Sénégalais- PDS, le parti d’Abdoulaye Wade).

Dix ans plus tard, « le vieux » (comme l’appelle affectueusement les Sénégalais) est devenu à son tour, après deux mandats présidentiels, l’homme à abattre pour cette même jeunesse. Les élections de 2007 qui ont reconduit Abdoulaye Wade (85 ans aujourd’hui) au pouvoir sont contestées par l’opposition sénégalaise (composée en partie de ses anciens alliés de 2000). En boycottant les élections législatives qui ont suivi, l’opposition sénégalaise a ouvert un boulevard à Abdoulaye Wade qui obtint la majorité des sièges de la place Soweto (Assemblée nationale sénégalaise) et en profita pour changer la constitution selon ses désirs. Deux de ses ex-premiers ministres, devenu parias du PDS, quittèrent à leur tour le bateau libéral pour rejoindre l’opposition pour l’un ( Macky Sall et son parti Alliance Pour la République- APR) ou pour créer un parti se réclamant toujours du PDS pour l’autre ( Idrissa Seck et son Rewmi- le peuple), tandis que Gadio, l’ex- ministre des affaires étrangères de Wade ( de 2000 à 2009) rejoignait à son tour l’opposition. Toutes ces défections sont semble t-il liées au super pouvoir que le Président a accordé à son fils Karim Wade, qui avec son mouvement « La Génération du Concret » se taille la part du lion en se positionnant en héritier de son père. Karim Wade est l’actuel ministre d’Etat, ministre de la Coopération internationale, des Transports aériens, des Infrastructures et de l’Energie. Cette tentative de dévolution monarchique est d’ailleurs au cœur de la contestation du 23 juin 2011 portée par l’opposition, la société civile mais aussi par le groupe de rap sénégalais Keur Gui (la maison en Ouolof) de Kaolack (une ville du sud-est du Sénégal) et par d’autres rappeurs comme Malal Almamy Tall dit « fou malade ».

Le mouvement « Y‘en a marre » du groupe de Rap Keur Gui, lancé le 19 mars 2011 ( date anniversaire de l’alternance au Sénégal en 2000) voulait s’approprier cette date historique portée en partie par la jeunesse sénégalaise et ne pas laisser le parti d’Abdoulaye Wade la revendiquer à son seul compte. Le mouvement prône des valeurs qui tournent autour « de l’engagement individuel dans une communauté civique, de la moralisation du politique, de l’acte de citoyenneté, exercé dans les canaux traditionnels de l’institution », résume Séverine Awenengo Dalberto, historienne au Centre d’études des mondes africains et spécialiste du Sénégal. Le combat de front que mena ce mouvement le 23 juin 2011 lors de la tentative du président Wade de changer la constitution pour se garantir le pouvoir est le fer de lance de la force de « Y’en a marre » dont certains membres ont été interpelés violemment par la police tandis que le mouvement M23 qui est né à la suite de cette journée de mobilisation peut effectivement conduire à une nouvelle alternance en 2012.

« Ma carte, mon arme » est d’ailleurs un des slogans de la campagne Daas Fananal ( se préparer en conséquence ) lancée par le mouvement « Y’en a marre ». Le recul du Président Abdoulaye Wade ( qui a fini par renoncer à son projet de changement constitutionnel et au ticket Président-Vice Président) a montré que la mobilisation populaire reste la plus grande arme contre le pouvoir politique. D’ailleurs le PDS en a conscience et a tenté de contrer le M23 en organisant une grande action de ses partisans le 23 juillet. L’opposition sénégalaise, regroupée autour de « Benno Siggil Sénégal - BSS » ( Ensemble pour relever le Sénégal) tente à son tour de s’approprier la contestation populaire mais débordée de toute part par des mouvements citoyens ( Imams , rappeurs), n’arrivant pas à trouver une candidature unitaire, elle ne représente pas vraiment l’alternative qu’attendent les jeunes sénégalais. Beaucoup d’hommes politiques sénégalais sont en réalité en fin de parcours politique. Ces hommes, dont la plupart n’ont de carrière que la politique sont loin des difficultés du peuple. L’alternance, la vraie, doit être politique. Une nouvelle génération d’hommes et de femmes politiques doit se manifester afin de poser sur table les vrais problèmes de la jeunesse sénégalaise qui représente plus de la moitié de la population. Et les rappeurs du mouvement « Y’en a marre » ainsi que beaucoup d’autres jeunes issus de ces mouvements populaires ont leurs mots à dire. Doivent-ils sauter le pas et créer des mouvements citoyens et/ou politiques ? Pourquoi pas si c’est l’unique moyen de ne pas perdre du crédit et d’ éviter de se faire rouler encore une fois dans la farine par les politichiens de tout bord ?

Moulzo

 
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