lundi, 23 octobre 2017
 

SENEGAL : Le naufrage du JOOLA, dix ans après, la lutte pour la justice continue !

La plus grande catastrophe maritime du monde en temps de paix n’est pas le naufrage du Titanic mais celui du ferry battant pavillon sénégalais « le JOOLA », au large des côtes gambiennes. Bien sûr, il n’y aura pas de film à grands budgets sur cette tragédie qui a laissé au fond de l’océan atlantique plus de 1900 personnes, parfois des familles entières. Il n’y a pas une seule famille sénégalaise qui ne soit concernée par cette tragédie. Un frère, une soeur, une connaissance, chaque sénégalais a au moins un parent ou un proche touché par ce naufrage au vu du nombre de morts.

Mais cette tragédie est la conséquence de l’irresponsabilité d’un gouvernement, celui du premier mandat d’Abdoulaye Wade, élu en 2000 par des Sénégalais pleins d’espoir et qui venaient d’imposer l’alternance politique démocratique au tout puissant Parti Socialiste sénégalais. Les défaillances lors du naufrage sont manifestes et ce à tous les niveaux. D’abord parce que le bateau n’aurait jamais dû pendre la mer à cause de défaillances techniques non résolues, ensuite parce que le bateau qui ne pouvait accueillir que 580 personnes, transportait ce 26 septembre 2002 plus du triple. Pourtant le contrôle des passagers était assuré par les militaires sénégalais. Y avait-il une billetterie parallèle ? Comment ces militaires ont-ils fait pour ne pas voir que le bateau était surchargé avant même qu’il ne soit au large ? Et le Capitaine, a-t-il oublié toute responsabilité ou l’a-t-on obligé à prendre la mer ?

Le JOOLA reliait Dakar la région du sud du Sénégal, la Casamance, province isolée du reste du pays parce que coupée par un autre la Gambie, à la Capitale sénégalaise Dakar. 50 ans après les Indépendances, l’absurdité du partage de l’Afrique par les Européens fait encore des dégâts. Le Sénégal et la Gambie n’ont toujours pas trouvé une solution pour régler cet enclavement du poumon du Sénégal par sa richesse, enclavement qui par ailleurs est certainement une des causes des revendications indépendantistes du Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC) lancées en 1980 et qui perdure depuis par une violence extrême.

Mais la vraie cause de ce naufrage est humaine. Parce qu’il fallait coûte que coûte que le bateau continue de relier la Casamance à la Capitale, la décision a été prise en haut lieu de le remettre à l’eau. Malgré la succession de graves avaries en mer courant 2001 qui ont d’ailleurs conduit à l’immobilisation du navire, Madame Mame Madior BOYE, Premier Ministre d’Abdoulaye Wade a expressément et sans la moindre explication refusé de rétracter l’arbitrage de son prédécesseur du 7 décembre 1995. De plus, le 26 septembre 2002, il a fallu plus de 8 heures avant que les secours n’arrivent, 8 heures qui ont paru une éternité pour ceux et celles qui avaient eu la chance de se retrouver à l’eau et de tenter de nager en attendant les secours. Beaucoup n’ont pas pu attendre et ont péri à cause de l’irresponsabilité manifeste des autorités sénégalaises. Les racines de cette catastrophe sont donc le laxisme et la corruption. Les premiers secours ont été apportés par des pêcheurs qui ont réussi à sauver soixante-dix personnes. Pendant ce temps, les autorités sénégalaises attendaient mais qu’attendaient-elles donc ?

En 2003, la justice sénégalaise met toute la responsabilité du naufrage sur le dos du commandant du bateau disparu dans le naufrage et classe le dossier du Joola. Nassardine Aïdara, le coordonnateur du Comité d’initiative pour l’érection d’un Mémorial
- Musée le ’Joola’ et qui regroupe tous ceux qui s’activent pour que justice soit faite a perdu quatre de ses enfants lors du naufrage. En 2011, lors du neuvième anniversaire du naufrage, il déclarait : « A part la question de l’indemnisation, où des sommes ont été mises à disposition pour ceux qui voulaient en prendre. D’ailleurs, moi, je n’ai pas voulu prendre ces indemnités… Parce que j’estime que mes enfants n’étaient pas à vendre. Que la question de l’indemnité était une question pas primordiale. Je croyais que la vérité et la justice étaient d’abord ce qu’on devrait faire. ». La déception de voir son pays classer le dossier et le Président Wade d’acheter les consciences lui ont laissé un goût amer. Pour lui, « la question du Joola concerne l’ensemble du peuple sénégalais A ce titre, c’est extrêmement important de lutter contre le laxisme, contre le non civisme, la corruption, la mal gouvernance et de tous ces fléaux qui sont à l’origine de ce naufrage ».

En France, les proches des 22 victimes françaises du naufrage continuent de se battre pour que la justice soit rendue et qu’ils puissent faire leur deuil. Une information judiciaire pour homicides involontaires et non-assistance à personnes en péril a été ouverte à Évry le 1er avril 2003, les familles des victimes françaises espèrent un renvoi devant un tribunal des responsables sénégalais de l’époque. « On ne peut pas s’arrêter là, ça fait dix ans qu’on se bat. Nous avons droit à un procès », déclare Alain Verschatse, président de l’association des victimes françaises. Même si le tribunal d’Évry a requis un non-lieu au cours de l’été 2011, sept responsables civils et militaires sont visés par des mandats d’arrêt. Classé au Sénégal en 2003, le dossier du Joola peut continuer en France mais il est peu probable qu’un procès puisse avoir lieu en France. Laxisme, corruption et…impunité, tels sont les maux qui gangrènent le Sénégal. Il faut que la justice soit rendue et que les responsables de cette tragédie paient. Dix ans après le naufrage du JOOLA, les victimes dorment toujours au fond de l’océan atlantique puisque le renflouage de l’épave du Joola n’a jamais été une priorité pour l’ex-Président du Sénégal Abdoulaye Wade. Pourtant, quatre ans après le naufrage, Nassardine Aïdara déclarait : « Le renflouement est un acte de respect de la dignité humaine (...) Il est une demande forte des familles de victimes. D’abord pour des raisons religieuses. Toutes les religions insistent sur l’importance des rites funéraires et du deuil. ». Espérons qu’il soit entendu par le nouveau Président de la République Macky SALL qui a remporté les dernières élections présidentielles de mars 2012 contre Abdoulaye WADE.

Moulzo

 
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