mercredi, 19 décembre 2018
 

SENEGAL : Macky Sall, nouveau Président libéral du Sénégal

Le 25 mars 2012, Macky Sall battait à plate couture son ancien mentor Abdoulaye Wade en obtenant 65% des voix au second tour de l’élection présidentielle du Sénégal. A 50 ans, l’ex-Premier ministre de Wade accède donc à la magistrature suprême, félicité par le père avant même l’annonce officielle des résultats. La démocratie sénégalaise affirmait ainsi sa maturité aux yeux du monde.

Qui est donc Macky Sall ?

Ancien militant d’And-Jeff (un parti maoïste dirigé par Landing Savané), Macky Sall a rejoint le Parti démocratique sénégalais – PDS – (libéral) dès la fin des années 80, ne partageant pas la stratégie de boycott de l’élection d’And-Jeff. Diplômé de l’institut du pétrole de Paris, cet ingénieur géologue géophysicien est avant tout un technocrate qui hérite, au lendemain de l’alternance de mars 2000, de la direction de la Société des pétroles du Sénégal (PETROSEN) – de décembre 2000 à juillet 2001. De mai 2001 à 2007, il est plusieurs fois ministre (des Mines, de l’Intérieur) puis Premier ministre le 21 avril 2004 après la quasi-destitution d’Idrissa Seck, pressenti comme l’héritier légitime du régime de Wade. Idrissa Seck, qui fut le directeur de campagne d’Abdoulaye Wade pour les élections de 2000 est tombé en disgrâce aux yeux du père, pour s’être positionné (peut-être trop tôt) comme le seul héritier idéologique, crime de lèse-majesté pour l’héritier biologique (Karim Wade) ainsi que son père qui avaient certainement d’autres projets. Idrissa Seck boira la tasse jusqu’à la lie et ira même en prison en 2005 avant d’être blanchi. Pendant toute cette traversée du désert de l’ancien Premier ministre de Wade, Macky Sall était aux commandes du gouvernement. Quel a été son rôle dans l’assassinat politique de Seck ? A-t-il servi sans états d’âme, les basses œuvres des Wade avant que leur courroux ne se retourne contre lui après les élections de 2007 (où il fut le directeur de campagne de Wade) ?

La bonne école de Wade : la real politique

La gestion des élites politiques de son propre parti le PDS par Abdoulaye Wade a quelque chose d’assez troublant. En effet, il exécute de façon méthodique tous ceux qui ont l’ambition de lui succéder. Seul maître à bord, il ne supporte aucune excroissance au sein de son parti. Idrissa Seck et Macky Sall en feront les frais. Tous deux directeurs de campagne de Wade (Idrissa Seck en 2000 et Macky en 2007), ils ont eu l’un comme l’autre le tort de n’avoir pas voulu se plier aux exigences de, Karim Wade dont l’ambition commençait déjà à se poser avant 2007 et s’affirma après la réélection de son père. Abdoulaye Wade n’aura pas hérité du surnom de Diombor – le lièvre par hasard. Adepte du machiavélisme politique, l’homme ne prend pas de gants pour exécuter les ambitieux. Gagner par tous les moyens nécessaires, quitte à semer le chaos et à quémander le Ndigueul – consignes de vote – des marabouts, Wade sait manier l’opinion pour la retourner en sa faveur et se jouer de ses ennemis en leur faisant miroiter des promesses jamais tenues. Idrissa Seck l’apprendra à ses dépens en répondant aux appels de Wade alors qu’il se positionnait comme un opposant. Wade se serait joué de lui comme d’une girouette, le discréditant du coup devant les électeurs. Arrivé deuxième à la présidentielle de 2007, il n’obtint que 7% des voix en 2012, loin derrière Macky Sall, son successeur à la primature. L’école de Wade, faite de coups bas et de trahisons a peut-être ses véritables héritiers en Macky Sall et Idrissa Seck.

Macky Sall a gardé une ligne claire en restant dans l’opposition dès la création de son parti l’APR – Alliance pour la République. Il a su commencer très tôt sa campagne en refusant la candidature unitaire proposée par la coalition Benno Siggil senegaal – Ensemble pour relever le Sénégal. Il a sillonné le pays et l’étranger et fait campagne pendant que les autres candidats contestaient la candidature de Wade. A l’école de Wade, le père spirituel, Macky aura appris la meilleure des leçons : les élections se gagnent sur le terrain. Le nouveau Premier ministre de l’ère Sall, Abdoul Mbaye est un banquier, un technocrate, redresseur de banques en difficulté et pas un politique du sérail. Son gouvernement de 25 membres (à comparer à la quarantaine de ministres de l’ère Wade) fait la part belle aux fidèles de Macky Sall et son parti mais s’ouvre à d’autres forces politiques comme le Parti socialiste sénégalais et Rewmi, le parti d’Idrissa Seck (deux ministères chacun).

Cependant, les Sénégalais, qui ont arraché de hautes luttes leur démocratie aux mains des Wade, n’attendent qu’une chose : l’amélioration de leurs conditions de vie et la baisse des prix. En nommant youssou Ndour ministre de la Culture et du Tourisme, Macky Sall a certainement voulu remercier le self made man sénégalais, magnat de la communication (il dispose d’une chaîne de télé, de radio et d’un journal) et milliardaire pour son combat contre la candidature de Wade et son soutien affirmé entre les deux tours. Gardons quand même à l’esprit que Macky Sall est avant tout un libéral. Il affirme déjà la couleur : « Les Sénégalais doivent se mettre au travail. » Ils n’attendent certainement que ça les jeunes Sénégalais, avoir du travail.

Moulzo

 
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