lundi, 11 décembre 2017
 

Sénégal : Nouvelle condamnation pour le journaliste Abdou Latif Coulibaly : trois mois de prison avec sursis et une amende

English version below

Abdou Latif Coulibaly, directeur de l’hebdomadaire "La Gazette", a été condamné à trois mois de prison avec sursis et dix millions de francs CFA d’amende (15 267 euros) pour "diffamation" après avoir mis à jour une affaire douteuse de transferts de fonds impliquant un industriel sénégalais proche du président Abdoulaye Wade.

Reporters sans frontières condamne l’acharnement des autorités sénégalaises et de plusieurs hauts responsables proches du pouvoir à l’endroit d’Abdou Latif Coulibaly, l’un des journalistes les plus respectés de Dakar. En multipliant les poursuites, ils exercent sur lui une pression inacceptable, en le condamnant à de la prison avec sursis, ils placent au-dessus de lui une épée de Damoclès susceptible de le décourager dans ses investigations.

Cette nouvelle condamnation relance pour la énième fois le débat sur la dépénalisation des délits de presse au Sénégal. Reporters sans frontières demande aux autorités de cesser de prononcer des peines de prison, même avec sursis, contre les professionnels de l’information. Ces sanctions, archaïques et disproportionnées, ne constituent jamais une réponse juste aux délits de diffamation.

Pourtant approuvée par le président Wade, la réforme tant attendue du Code de la presse visant à remplacer les peines de prison par des sanctions pécuniaires ne reste pour l’instant qu’au stade de la déclaration d’intention. La réforme est laissée pour morte depuis environ huit mois sur les bureaux de l’Assemblée nationale. Ces lenteurs traduisent un manque flagrant de volonté politique.

Abdou Latif Coulibaly est accusé de diffamation par l’industriel Abbas Jaber, patron de Suneor, pour des articles, publiés en mai 2010, dans les numéros 59 et 63 de "La Gazette". Le premier article affirmait que l’Etat sénégalais avait "accordé une subvention de six milliards de francs CFA" à Abbas Jaber et "imposé une Taxe conjoncturelle d’importation (Tci) de 25% pour protéger l’industrie de l’ami personnel du chef de l’Etat".

Dans le second numéro incriminé, Abdou Latif Coulibaly accusait Abbas Jaber d’avoir "violé les obligations contractuelles qui le liaient à l’Etat du Sénégal." L’article publié en Une, intitulé "Vente du patrimoine foncier de Suneor, main basse sur 16 milliards", était illustré par une photographie du plaignant. Il révélait qu’Abbas Jaber avait vendu "80% du patrimoine de Suneor à 165 milliards. Or, la convention avait prévu qu’il ne pouvait le céder avant 2012."

Le journaliste est manifestement dans le collimateur de la justice sénégalaise. Il avait déjà été condamné à un mois de prison avec sursis et une amende de 20 millions de francs CFA (environ 30 000 euros) en novembre 2010.

Pour tout renseignement complémentaire : Reporters sans frontières 47, rue Vivienne 75002 Paris France rsf (@) rsf.org tél : +33 1 44 83 84 84 téléc : +33 1 45 23 11 51 http://www.rsf.org


Another heavy fine and suspended jail sentence for investigative journalist

SOURCE : Reporters Without Borders

(RSF/IFEX) - On 14 April 2011, a Dakar court handed down a three-month suspended jail sentence to Abdou Latif Coulibaly, editor of the weekly "La Gazette", and fined him 10 million CFA francs (15,267 euros) for allegedly defaming a Senegalese businessman close to President Abdoulaye Wade by accusing him of acting fraudulently in his dealings with the government.

Reporters Without Borders condemns the way the Senegalese authorities and several leading figures close to the government are hounding Coulibaly, one of Dakar’s most respected journalists. The lawsuits that continue to be brought against him constitute an unacceptable form of harassment, and the suspended prison sentences place him under a permanent threat that is liable to discourage his investigative reporting.

This latest conviction serves as yet another reminder of the need to decriminalize press offences in Senegal. Reporters Without Borders urges the authorities to stop imposing prison sentences, even suspended ones, on journalists. Jail terms are archaic and disproportionate and are never an appropriate response to defamation.

President Wade has in principle given the go-ahead for a reform of Senegal’s press law that would replace prison sentences by fines but the office of the National Assembly has sat on it for about eight months. This foot-dragging reflects a lack of political will.

In the 14 April case, Coulibaly was sued by Abbas Jaber, the owner of the peanut-oil processing company Suneor, over articles in two issues of "La Gazette" in May 2010. Describing him as a personal friend of the president, the first article claimed that the government had granted Jaber a "subsidy of 6 billion CFA francs" and had imposed a 25 per cent temporary import tax in order to protect his interests.

In the second issue, Coulibaly accused Jaber of "violating his contractual obligations with the Senegalese state." In a front-page article headlined "Suneor makes off with 16 billion in sale of land" and accompanied by a photo of Jaber, Coulibaly claimed that Jaber had sold "80 per cent of Suneor’s land for 165 billion although he was contractually bound not to sell it before 2012."

Coulibaly is clearly being singled out by the Senegalese justice system. In November 2010, he was fined 20 million CFA francs (30,000 euros) and given a one-month suspended sentence in a libel action brought by a presidential adviser.

For more information : Reporters Without Borders 47, rue Vivienne 75002 Paris France rsf (@) rsf.org Phone : +33 1 44 83 84 84 Fax : +33 1 45 23 11 51 http://www.rsf.org

 
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