mercredi, 19 décembre 2018
 

Sénégal : Perspectives électorales 2012 : Eviter de se tromper d’époque et d’élection !

Les Assises Nationales du Sénégal, de par ses « Conclusions » et sa « Charte de Bonne Gouvernance », ont marqué le début d’un changement d’époque, celle d’une « Révolution Démocratique de type nouveau », que portent les perspectives électorales de 2012, comme la nuée porte la pluie.

En effet, depuis lors, pour les signataires de ces produits des Assises Nationales, il est révolu l’époque où un Chef de l’Exécutif élu au suffrage universel, régente notre pays, tout en étant hors de portée de tout contrôle durant tout un mandat, qu’il peut, à sa guise, renouveler à volonté, autant de fois qu’il voudra, en manipulant les dispositions constitutionnelles en la matière.

Cette époque est caractérisée par le règne d’un « Homme fort », qui érige la patrimonialisation de l’Etat en mode de gestion de la chose publique, dans le cadre d’un régime dictatorial, qui a progressivement évolué, sous les coups de buttoir de l’opposition démocratique et républicaine, en régime despotique, qui reconnaît, certes, les libertés démocratiques à son peuple, mais use de tous les stratagèmes pour les empêcher d’en jouir pleinement, par des entraves administratives, le recours excessif à la répression, et l’instrumentalisation du pouvoir judiciaire qu’il s’est assujetti.

Désormais, ce sera un Exécutif, désigné par la majorité à l’Assemblée nationale, qui va définir la Politique de la Nation qu’il soumet à son approbation, et qu’il conduit sous son contrôle strict, avec un pouvoir de le révoquer à tout moment de la mandature par une majorité qualifiée.

C’est ce pouvoir de contrôle du peuple sur l’Exécutif par le biais de ses représentants élus au suffrage universel, que Wade a taxé récemment de « source d’instabilité gouvernementale », au moment où le monde entier est d’accord, que « le régime de concentration excessive du pouvoir entre ses mains, a battu le record mondial d’instabilités gouvernementale et institutionnelle ».

En fait, la véritable source d’instabilité gouvernementale, quelque soit le régime politique, réside dans l’entêtement de l’Exécutif à refuser de conformer sa politique aux préoccupations des citoyens portées par les élus au Parlement, s’il s’agit d’un régime parlementaire, ou par les populations , elles mêmes, dans la « Rue », s’il s’agit d’un régime de pouvoir personnel dans une République ou une Monarchie.

Ces mutations démocratiques qui restituent le pouvoir au peuple qui en confère l’exercice à ses représentants à l’Assemblé nationale, sont à la base du « Projet de Constitution », adopté par Benno, en accord avec la « Plate forme Politique » des Assises Nationales.

Elles dépassent ainsi les limites de simples réformes démocratiques, dont le but est d’améliorer l’exercice des libertés entravées par l’action du pouvoir. Elles revêtent, en effet, les caractéristiques d’une véritable « Révolution » républicaine et démocratique, qui transfert le pouvoir d’Etat des mains d’un « Homme », certes élu au suffrage universel, pour les confier à une « Assemblée d’élus du peuple » au suffrage universel.

Mais, cette Révolution Démocratique que portent les « Conclusions », et la « Charte de Bonne Gouvernance » des Assises Nationales, va au-delà des contours d’un « régime de type Parlementaire classique », pour revêtir, les caractéristiques d’une « Révolution Démocratique et Citoyenne ».

C’est ainsi que l’Article 3 du Projet de Constitution, en son alinéa 3, stipule que : « le peuple dispose d’un droit d’initier un référendum, dans des conditions et sur des questions d’intérêt national, déterminées par une loi organique ».

En vertu de cet article, pour la première fois dans l’histoire politique de notre pays, le peuple accède à ce droit, que détenaient, concurremment, l’Exécutif et le Législatif, de façon exclusive.

Mais, cette « Révolution Démocratique et Citoyenne » est de « type nouveau », pour avoir promu l’élargissement des droits et libertés démocratiques aux travailleurs dans les Entreprises et Services.

En effet, l’Article 39 enlève toutes les entraves au libre exercice du Droit de grève, contenues à l’Article 25 de la Constitution de 2001 de Wade, tandis que l’Article 36 du Projet de Constitution, élève en norme constitutionnelle, le droit des travailleurs à « participer à la définition des conditions de leur travail », qui est déjà prévu à l’article 5 du Code du Travail de 1997.

Cette disposition de l’Article 36 généralise ainsi ce droit, reconnu aux travailleurs du secteur privé, à tous les autres salariés, notamment, aux Agents de la Fonction publique, parmi lesquels, les enseignants qui courraient, depuis les Etats Généraux de l’Education et de la Formation de 1981, derrière la « codification de la gestion démocratique » du personnel, qu’ils avaient acquise de haute lutte. En cela, cette disposition constitue la deuxième innovation historique majeure que porte ce Projet de Constitution.

L’on a donc affaire à une véritable « Révolution Démocratique, Citoyenne et participative » qui est en gestation dans la nouvelle époque, ouverte par les Assises Nationales du Sénégal. C’est ce type de Révolution qui est au cœur de la crise partout en Afrique.

A cet égard, les initiateurs et organisateurs des Assises Nationales du Sénégal ont eu , depuis 2008, le mérite historique de percevoir les exigences qu’impliquent ces mutations démocratiques dans nos pays, et de dégager les voies et moyens devant permettre, à nos sociétés , d’ « accoucher » cette « nouvelle époque », de façon la moins douloureuse possible, dans la stabilité de nos Etats, et la cohésion des peuples. C’est pour cela, qu’ils ont inscrit cet « accouchement » dans les perspectives électorales de 2012, au Sénégal, là où, en Tunisie et en Egypte, il est entrain de se faire par la « Rue », avec l’intervention décisive des organisations syndicales dans ces pays, alors qu’en Côte d’Ivoire, il a avorté dans la guerre civile et l’intervention militaire de France, qui ont été imposées à ce peuple meurtri par une décennie de crise politico militaire.

Les Révolutions Tunisienne et Egyptienne ont amené le Roi du Maroc à anticiper courageusement les réponses aux exigences de la nouvelle époque, en acceptant de faire évoluer sa « Monarchie absolue » en direction d’une « Monarchie Constitutionnelle ».

Ce sont aussi ces Révolutions qui ont poussé les puissances occidentales, ragaillardies par leur succès en Côte d’Ivoire, à prendre les devants , pour imposer aux changements démocratiques , qui sont au cœur de la crise en Afrique, leur vision étroite de la « Démocratie et des Droits de l’homme », pour instaurer des régimes de « faire valoir démocratique », afin de continuer à confisquer la souveraineté des peuples, qui, seule, leur permet de préserver leurs intérêts économiques et stratégiques.

L’on assiste ainsi, sous le couvert du Conseil de Sécurité des Nations Unies, à une véritable offensive contre révolutionnaire de type colonialiste, dans les pays d’Afrique, qui est, aujourd’hui, mise en œuvre en Lybie par l’OTAN, à l’instigation de la France et du Royaume Uni, avec la participation décisive des Etats Unis.

C’est cette nouvelle époque, qui est grosse de cette Révolution, qui donne un caractère référendaire à l’accouchement de la nouvelle République, comme cela est à l’ordre du jour en Tunisie, en Egypte, ou au Maroc.

C’est cela aussi qui confère au Sénégal, un caractère référendaire aux prochaines élections présidentielles de 2012, pour créer les conditions de passage de l’époque ancienne, marquée par les régimes « présidentiels » et « présidentiels déconcentrés », à la nouvelle époque, afin de refonder l’Etat, devant enfanter la « République Démocratique citoyenne et participative ».

Ce passage est donc une période de transition, qui est le temps nécessaire pour mettre en place les nouvelles Institutions qui sont en gestation dans la crise de gouvernance qui mine le pays. Les élections de 2012 au Sénégal, sont donc une « modalité d’accouchement » de la nouvelle République, par la voie des urnes. Cela interpelle non seulement les Partis politiques de l’opposition, mais aussi et fondamentalement, les organisations de la Société civile et les Syndicats des travailleurs, du fait de la place qu’ils ont occupée dans l’organisation des Assises Nationales, et leurs participations décisives dans les travaux et dans l’élaboration des consensus.

De par ses enjeux et la nature de ses protagonistes nationaux, ces élections, comme en Côte d’Ivoire, intéressent la France au premier Chef, et ne laissent indifférents, ni les Etats Unis, ni l’Union Européenne. Elles nécessitent donc le rassemblement le plus large des partis politiques, des organisations et personnalités de la Société civile, et des Syndicats des travailleurs, pour créer un puissant mouvement, en mesure de battre le candidat du régime de Wade, dès le premier tour des élections, du fait même de la nature référendaire de ces Présidentielles.

C’est cette exigence qui fonde l’option d’une « Candidature de Rassemblement et de l’Unité » pour conduire cette Transition, retenue au Séminaire du 28 Mai 2011 de Benno. Cependant, ceux qui n’étaient pas à l’œuvre des Assises Nationales au moment de leur conception et de leur organisation, mais qui ont adhéré à leurs « Conclusions » et à leur « Charte de Bonne Gouvernance », ont encore du mal à prendre conscience, qu’avec leur adhésion, ils acceptaient le changement d’époque en gestation dans les perspectives des élections présidentielles de 2012, et leurs implications en termes de stratégie électorale.

C’est toute la difficulté pour ceux d’entre eux, qui rejettent encore la Transition, comme une nécessité objective pour opérer le changement d’époque arrivé à maturité, et la « Candidature de Rassemblement et de l’Unité » pour répondre au caractère référendaire de ces élections. Ils n’ont pas encore compris, qu’avec leur signature, ils entraient de plein pied dans l’ère de la « Révolution Démocratique » de type nouveau, qui est à l’œuvre dans tous les pays d’Afrique.

Ils sont encore nostalgiques des « régimes présidentiels ou présidentiels déconcentrés » de l’époque révolue qui ont marqué leur culture politique. Ils sont paradoxalement, en la matière, en phase, avec le retour au « régime présidentiel » qui accentue la concentration du pouvoir exécutif entre les mains d’un « Homme fort », que Wade veut instaurer avec sa nouvelle réforme de la Constitution pour l’élection du Vice Président de la République au suffrage universel, en « ticket » avec le candidat Président.

Cette réforme, qui est un changement institutionnel par rapport au « régime présidentiel déconcentré » actuellement en vigueur, s’inscrit dans le projet contre révolutionnaire des grandes puissances occidentales, qui, malgré la célèbre formule d’OBAMA, proclamant que « l’Afrique avait besoin d’Institutions fortes et non d’Homme fort », n’ont pas encore renoncé à la confiscation de la souveraineté de nos peuples, par une caste bureaucratique à leur service.

Leurs attitudes en Côte d’Ivoire et en Lybie, et leurs manœuvres en cours, pour dévoyer les Révolutions en Tunisie et en Egypte, devraient convaincre les plus sceptiques.

C’est à la lumière de cela qu’il faudrait aussi comprendre les hésitations du Roi du Maroc, dans son projet d’évolution de son régime en « Monarchie constitutionnelle ».

Dans ces circonstances, ce serait faire preuve de naïveté politique étonnante, que de s’épuiser à échafauder des stratégies électorales de second tour aux élections présidentielles de 2012, sans tenir en compte que, ni l’enjeu du changement d’époque qui leur confère un caractère référendaire, ni le projet à l’œuvre du pouvoir en place pour se proclamer victorieux dés le premier tour, ne donnent aucune perspective à cette stratégie de positionnement individuel au premier tour, que certains considèrent abusivement, comme une « sorte de primaire ». Le système électoral Sénégalais, tel qu’il va être remanié avec la réforme constitutionnelle en cours, ne permet pas de considérer le premier tour comme des « primaires », du seul fait qu’il suffit d’être majoritaire avec plus de 25% du suffrage exprimé au premier tour, pour être déclaré vainqueur. De sorte qu’il n’y a aucune perspective de second tour, même s’il n’est pas formellement supprimé.

Dans ces conditions, la pluralité des candidatures crée une atmosphère de dispersion des forces de l’opposition, préjudiciable à la construction d’un vaste rassemblement, qui seul permet d’obliger le pouvoir à changer le système électoral en phase avec les exigences de restauration de la République et d’une plus grande transparence de l’expression du suffrage.

Leur espoir de pouvoir, de cette manière, se tailler une place dans les Institutions post électorales, grâce à leur poids au premier tour, est politiquement suicidaire , que cela soit dans le cas où le pouvoir réussit son hold up à l’aide de son système électoral en vigueur, ou dans le cas où les forces du camp de la « Révolution Démocratique, Citoyenne et Participative » l’emportent dés le premier tour.

Avec ces nouvelles dispositions constitutionnelles, l’option de candidature multiple au premier tour ne se justifie maintenant que par l’aveuglement dans la conviction d’avoir plus de chance d’être élu avec le système des 25%, qu’avec celui encore en vigueur de 50%. Avec cette réforme, qui est une véritable incitation à la pluralité des candidatures, est donc un appât que Wade leur jette pour entretenir leurs illusions, qui leur sera fatale du fait qu’elle permet à Wade de justifier son hold up électoral par la dispersion de l’opposition au premier. C’est pour toutes ces considérations, que l’option d’une « Candidature de rassemblement et d’unité », prise par le Séminaire de Benno du 28 Mai 2011, est la seule voie conforme au caractère référendaire des élections présidentielles de 2012, et est la seule réponse appropriée face à la volonté de Wade de faire gagner le candidat du pouvoir, dès le premier tour.

Fait à Dakar le 18 Juin2012

Ibrahima Séne PIT/SENEGAL

 
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