lundi, 11 décembre 2017
 

Statue de la renaissance africaine à Dakar

Les colosses aux pieds d’argile

"C’est l’Afrique sortant des entrailles de la terre, quittant l’obscurantisme pour aller vers la lumière  ». On pourrait croire ces paroles tout droit sorties du discours de Sarkozy à Dakar (juillet 2007) qui a fait couler tant d’encre. Mais non, c’est le président de la République du Sénégal Abdoulaye Wade qui les prononce à propos de Sa statue de 50 m (plus haute que la statue de la Liberté - 46m et le christ rédempteur de Rio - 43m). Il s’agit d’un géant africain de cinquante mètres qui tient un bambin qui pointe l’horizon du doigt. Avec son autre bras, il entoure la taille d’une femme toute en rondeurs et court vêtue, cheveux aux vents, face à l’Atlantique.

Les mauvaises langues y voient une famille sénégalaise en route vers l’Amérique, fuyant l’Afrique. D’autres ont parodié la statue sur internet en y collant les visages d’Abdoulaye Wade, de Viviane Wade (son épouse) et celui de leur fils Karim Wade (actuel ministre d’État en charge de la Coopération internationale, de l’aménagement du territoire, des transports aériens et des infrastructures). Le coût de cette monumentale statue est de plus de 20 millions d’euros dans un pays pauvre où beaucoup n’ont pas le strict minimum. D’autant plus que Wade (82 ans) s’octroie 35% des recettes générées par l’exploitation de la statue au titre de droits d’auteur (sic !) tandis que son propre fils (ou sa fille selon les versions) gérerait la fondation de la renaissance africaine qu’il compte créer. En soit, ce n’est pas la statue elle même qui pose problème. Pourquoi l’Afrique n’aurait-elle pas aussi sa statue ? La renaissance africaine qui en est la matrice est une idée plutôt noble. Les mamelles (une colline de Dakar) qui portent la statue est symboliquement forte en tant qu’ « Afrique mère nourricière ». Mais le montage financier complexe (cession de terrains à la société nord coréenne qui réalise l’oeuvre), l’esthétique douteuse de la statue (Ousmane Sow, un des sculpteurs les plus connus au monde est sénégalais mais n’a pas été associé au projet) font de cette généreuse idée un problème pour beaucoup d’Africains qui y voient une mégalomanie présidentielle. C’est bien dommage.

Moulzo

 
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