jeudi, 25 mai 2017
 

2ème COLLOQUE DE LOME SUR LA PROBLEMATIQUE DE L’ALTERNANCE POLITIQUE EN AFRIQUE

Le Colloque sur La problématique de l’alternance politique en Afrique, a connu sa 2ème édition à Lomé, en République togolaise, les 28 et 29 avril 2017, dans la salle de conférence de Ericanah Guest House, à l’initiative de la coalition CAP 2015, regroupant les partis politiques de l’opposition togolaise, l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC), la Convention Démocratique des Peuples Africains (CDPA), les Démocrates Socialistes Africains (DSA), le Pacte Socialiste pour le Renouveau (PSR) et l’Union pour la Démocratie et la Solidarité-Togo (UDS-TOGO).

Ce 2ème colloque, qui est la continuation du premier, tenu les 10 et 11 octobre 2016, a permis aux participants d’approfondir la réflexion sur le thème principal en poursuivant les débats sur les divers autres aspects suivants, exposés par d’éminents conférenciers :

1. Libre accès aux médias et égalité des chances pendant les compétitions électorales en Afrique.

2. Contribution des Confessions Religieuses dans le processus de démocratisation du Continent.

3. Communauté internationale et alternance politique en Afrique.

4. Le rôle de l’armée dans les processus de démocratisation en Afrique.

5. Rôle et responsabilité des élites africaines dans la démocratisation du Continent africain.

6. Entre démocratie et dictature en Afrique : rôle, responsabilité et compétences des Commissions Electorales Nationales.

7. L’instrumentalisation politique de la diversité ethnique en Afrique.

Le colloque est largement revenu et s’est particulièrement attardé sur l’environnement de crises socio-politiques qui prévaut à l’heure actuelle, dans les pays africains et singulièrement au Togo.

Le colloque note que dans l’intérêt bien compris des peuples africains, l’alternance et le changement par la vérité des urnes devraient être la règle d’or de tous les gouvernants ainsi que des acteurs politiques. Il appartient aux forces vives et à l’ensemble des populations d’œuvrer sans relâche pour traduire dans les faits cette règle d’or.

Il s’agit de confier l’organisation et la supervision des scrutins à des institutions réellement autonomes, indépendantes et crédibles, avec une loi électorale cohérente et transparente, une loi électorale digne de ce nom.

Il s’agit d’assurer une compétition électorale à armes égales, avec un accès libre et équitable aux médias et aux affichages, aux financements, à la formation et à l’information, le droit de circuler librement et de battre campagne en toute sécurité partout sur l’étendue du territoire, le droit de suivre et de vérifier le déroulement de la collecte, de la transmission et de la compilation des résultats jusqu’à leur publication et leur proclamation, bureau de vote par bureau de vote.

Il s’agit aussi pour les armées africaines, de s’en tenir à la stricte neutralité républicaine qu’exigent leurs statuts et leurs missions.

Il s’agit enfin, de mettre fin au tribalisme, de dénoncer et de rejeter toutes les formes d’instrumentalisation de la grande diversité ethnique des peuples africains, notamment à des fins politiques.

Le colloque note avec satisfaction la mobilisation générale des peuples africains contre les mascarades électorales. Il se félicite de la volonté inébranlable de l’ensemble des populations et des forces démocratiques de rejeter sans appel, les régimes autocratiques qui prennent en otage les pays africains, pillent impunément les ressources nationales, violent impunément la Constitution et les lois et maintiennent les citoyens dans un état de précarité et de misère indescriptibles.

Le colloque s’est penché sur le rôle et la responsabilité des élites africaines dans la démocratisation du continent africain.

Le colloque constate que certaines élites sont très vite devenues la cible de potentats qui les éliminent physiquement ou qui les harcèlent, les menacent, les embastillent, les contraignent à l’exil, sauf lorsqu’ils acceptent de s’aligner sur les thèses du pouvoir.

Le colloque note en outre que par peur, mais plus souvent par intérêt ou par affinité tribale ou ethnique, de nombreuses élites africaines sont à la base des échecs des processus de démocratisation du continent.

En effet, ces élites ont entravé et mis à mal la marche de l’Afrique vers la démocratie, l’Etat de droit et la bonne gouvernance. Elles ont soutenu les coups d’Etat militaires, elles ont théorisé et soutenu le parti unique, le parti-Etat, la dictature. Elles ont soutenu les ‘’hommes forts’’ pour participer à la nouvelle classe politique en remplacement de la classe politique qui a lutté pour les indépendances et que ces ‘’hommes forts’’ ont décapitée. Par leur capacité à prétendre argumenter sur tout pour justifier l’injustifiable, pour leur seul intérêt, elles ont considérablement retardé la démocratisation du continent africain.

En se mettant sans sourciller, au service de dictatures sanguinaires, ces élites ont légitimé les coups de force les plus abjects, défendu et fait l’apologie des régimes les plus autocratiques et grugé les populations pour les livrer pieds et poings liés aux potentats.

En considération de cette situation, le colloque en appelle à la conscience des élites africaines d’aujourd’hui et de demain, pour qu’elles s’engagent résolument aux côtés des peuples africains, aux côtés des populations africaines, aux côtés de la femme africaine, aux côtés de la jeunesse africaine, aux côtés des forces vives des nations africaines pour faire triompher, envers et contre tout, l’Etat de droit, la démocratie et la bonne gouvernance.

Le colloque se félicite des bons offices ainsi que des messages de paix, de solidarité et de réconciliation des confessions religieuses et notamment du clergé catholique qui, avec l’appui de la communauté internationale, n’hésite pas à s’impliquer directement et franchement dans la recherche du consensus nécessaire à l’adoption et à la mise en œuvre effective de réformes politiques et institutionnelles ouvrant la voie à l’alternance et au changement démocratiques sur notre Continent.

Le colloque note avec satisfaction que dans le but de redonner confiance et espoir en l’avenir dans la foi, la Conférence des Evêques du Togo (CET) vient de rendre public, le 26 avril 2017, un message dans lequel elle fait l’exégèse complète de la lettre pastorale du 27 avril 2016, en y intégrant des éléments pertinents de l’évolution récente de l’actualité politique nationale.

La Conférence des Evêques du Togo rappelle ainsi, entre autres, des vérités et valeurs basiques parmi lesquelles, ‘’le principe de l’alternance [qui], avant d’être une valeur démocratique, est surtout une exigence de droit naturel’’. Elle invite toute la classe politique à saisir l’occasion de la reprise de la procédure relative à la proposition de loi de révision constitutionnelle à l’Assemblée nationale, suite aux injonctions de la Cour Constitutionnelle, pour opérer les réformes politiques attendues par le peuple togolais, notamment la limitation de mandat et le mode de scrutin présidentiel, qui consolideront la paix et la réconciliation dans notre pays.

En saluant vivement le message de la Conférence des Evêques du Togo, publié il y a à peine 48 heures, le Colloque demande aux confessions religieuses, de poursuivre sans relâche et avec beaucoup de vigilance, leurs missions de bons offices auprès de tous les pays africains actuellement en crise comme le Togo. Le colloque encourage en particulier le clergé catholique à poursuivre son implication dans les dialogues politiques et, avec l’appui de la communauté internationale, à contribuer résolument, dans l’intérêt du progrès social des populations, à l’instauration de la démocratie, de l’Etat de droit et de la bonne gouvernance dans les pays du continent.

Le colloque s’inquiète de ce que, sacrifiant à d’autres intérêts, la communauté des pays amis et partenaires du continent, prompts à se mobiliser en faveur du respect des lois, des droits et libertés ainsi que des règles de la bonne gouvernance, baisse de vigilance et de rigueur quant à la promotion de la démocratie et à la transparence des processus électoraux en Afrique, et singulièrement au Togo, se limitant plus souvent au déroulement ‘’apaisé’’ des scrutins pour conclure à leur crédibilité.

Convaincu de ce que l’alternance politique par les urnes est source de paix, d’émancipation et de progrès pour les populations africaines, les participants au colloque demandent à la communauté internationale de prendre clairement position en faveur de l’alternance au pouvoir dans les pays africains et de définir dans ce sens, un accompagnement conséquent pour l’organisation d’élections libres, transparentes et crédibles.

En saluant la mémoire des dignes fils et filles du continent, tombés pour que s’instaure le libre jeu de l’alternance et du changement démocratiques dans les pays africains, le colloque :

1) encourage les forces vives des nations africaines à poursuivre sans relâche leur noble combat libérateur, face à l’oppression de régimes autocratiques ;

2) appelle les acteurs politiques africains, la société civile et notamment les confessions religieuses à s’impliquer de concert pour obtenir la mise en œuvre des réformes politiques garantissant l’alternance et le changement démocratiques en Afrique ;

3) appelle les femmes africaines, les travailleurs africains de tous les secteurs d’activité, la jeunesse africaine, les étudiants africains, élites de demain, à demeurer vigilants et constamment mobilisés pour mettre fin aux régimes despotiques et corrompus qui régentent les pays africains ;

4) réitère son appel instant aux gouvernements des pays africains concernés, afin qu’ils se ressaisissent et prennent en considération les aspirations profondes de leurs peuples respectifs, de manière à engager courageusement les réformes politiques et électorales nécessaires à l’instauration de la démocratie, de l’Etat de droit et de la bonne gouvernance, gages de paix, de développement harmonieux et de progrès social ;

5) demande à la communauté des pays partenaires et amis des Etats africains de se préoccuper du sort des populations paupérisées et laissées pour compte, livrées au désespoir par des régimes autocratiques et corrompus, et qui n’ont d’autres choix que celui de la mort en tentant de traverser les océans à la recherche d’un mieux-être hypothétique. La communauté internationale doit prendre conscience et faire prendre conscience que de tels drames peuvent être évités par l’instauration de la démocratie, de l’Etat de droit et de la bonne gouvernance dans les pays concernés.

Fait à Lomé, le 29 avril 2017

Le Colloque

 
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