jeudi, 23 novembre 2017
 

Après la mascarade électorale

Depuis la proclamation des résultats, l’UFC (union des forces du changement) le principal parti de l’opposition continue sa mobilisation dans la rue pour protester contre le vol de sa victoire électorale. Des mobilisations de rue, auxquelles d’autres partis notamment le CAR (comité d’action pour le renouveau) de Yawovi Agboyibo et l’OBUT (organisation pour bâtir dans l’union un Togo solidaire) d’Agbéyomé Kodjo se sont joints. Ces manifestations, quand elles peuvent se dérouler sans provocation et sans répression, connaissent un succès grandissant. Il est clair que le système RPT (Rassemblement du peuple togolais), le parti au pouvoir depuis des décennies est massivement rejeté. Même dans le clan de Faure Gnassingbé on en est conscient à tel point qu’il a essayé de prendre ses distances avec ce parti afin d’apparaître plus comme le candidat soutenu par le RPT plutôt que le candidat du RPT.

La stratégie de l’acceptable

Aussi, face à la mobilisation de l’opposition, le pouvoir en place utilise une répression qui se révèle acceptable pour les puissances occidentales. Cette stratégie de l’acceptable est la même qui a présidé aux élections, c’est-à-dire une multiplicité de fraudes qui, additionnées entre elles, a permis de déclarer vainqueur le camp présidentiel. Mais ces fraudes se sont faites sans violence, ni actes outrancier comme en 2005 où les militaires pénétraient dans les bureaux de votes pour s’emparer des urnes. Ainsi la répression est à l’identique de la fraude discrète, peu spectaculaire, mais efficace. On emprisonne l’aile radicale comme les militants du MCA (mouvement citoyen pour Politique, économie et sociétél’alternance), pour la seule raison de leur slogan « l’alternance oula mort ». On perquisitionne le QG électoral de l’UFC en prenant le matériel informatique et les procès verbaux électoraux. Mais on autorise cependant l’opposition à manifester une première fois puis une seconde fois. Mais voyant que la mobilisation devient plus massive alors, le ministère de l’intérieur proteste et menace sur des soi-disant appels à la violence que les dirigeants de l’UFC auraient tenu lors de leur prise de parole à l’issue de la manifestation. On attaque violement le rassemblement de l’UFC qui a eu lieu le mercredi 24 mars. Cela permet ainsi au pouvoir de reporter la manifestation du 27 mars au 3 avril. Mais cette stratégie de répression n’a pas comme seul but le harcèlement de l’opposition, c’est aussi un message pour la population entière qui signifie que les massacres lors des élections de 2005 qui ont fait au bas mot plus de 500 morts est toujours possible. Une façon d’utiliser ce traumatisme pour installer une chape de plomb sur la société. Effectivement la répression de 2005 reste dans toutes les têtes tant des Togolais que des chancelleries occidentales. Ainsi ces dernières ont placardé les murs des grandes villes pour prévenir cette violence post électorale à tel point que le but des élections n’était plus de désigner de manière honnête et équitable un président de la République mais de sortir de cette consultation sans aucun mort. L’absence de violence du niveau de 2005 devient une victoire pour la communauté internationale et pour le RPT. Peu importe les fraudes, peu importe la mascarade, peu importe que la volonté populaire ait été bafouée. Voilà comment désormais chez les gouvernements des pays riches, on analyse la situation.

Des faiblesses de l’opposition

L’opposition a cru à la fermeté de l’Union européenne pour imposer des élections dignes de ce nom. Elle a cru que l’UE serait une garantie de l’honnêteté du scrutin. Mais l’acceptation par l’UE, avant les élections, des manigances du RPT, aurait dû leur faire comprendre que les dirigeant-e-s de l’impérialisme ne sont jamais source de démocratie sur le continent africain. Aussi, il faut souligner la déception d’une population qui espérait de l’opposition autre chose que ce qu’elle a eue. En effet, beaucoup de critiques ont été émises. D’abord que l’opposition accepte de participer au scrutin alors que celui-ci était à un tour, le boycott des principaux partis de l’opposition aurait enlevé toute crédibilité à ces élections. Ensuite, face au mode de désignation à un tour, l’opposition est partie en ordre dispersé. Beaucoup considérait qu’il fallait une candidature unique avec comme seul objectif le renversement du RPT, quitte à ce que le scrutin législatif permette la composition d’un gouvernement représentatif de la volonté populaire. Mais aussi, nombre de militant-e-s font remarquer que, même partie séparément, l’opposition aurait du se mettre d’accord pour mailler le territoire et assurer ainsi sa présence dans chaque bureau de vote, évitant que dans certains villages, notamment dans le nord réputé pour être le fief du pouvoir en place, des fraudes massives aient lieu. Certes, l’opposition était bien incapable de rivaliser avec la débauche financière de Faure Gnassingbé distribuant, tee-shirts, bermudas, casquettes, stylos, éventails, à l’effigie du candidat du RPT, que l’on voit encore sur les immenses panneaux. Faure a mobilisé la plupart des artistes du Togo pour organiser des concerts gratuits, il a distribué argent et riz et était présent sur les trois chaînes de télévision. Mais l’opposition aurait dû en riposte mieux ancrer la campagne présidentielle avec les aspirations populaires. Avancer des revendications capables de répondre aux besoins sociaux de la population notamment sur les questions de logement, des prix des produits de première nécessité, de la santé de l’éducation. En bref il s’agissait plus d’une campagne qui permette à la population de saisir l’enjeu de ces élections, plutôt qu’une campagne centrée sur la candidature de Jean-Pierre Fabre qui a mis en exergue les dissensions internes de l’UFC alimentant de nombreuses rumeurs qui ont affaibli le principal parti de l’opposition. Mais rien n’est gagné pour le pouvoir en place. Faure est illégitime et dans le pays tout le monde le sait. La disponibilité de milliers de personnes pour la mobilisation contre cette farce électorale le prouve. En parallèle, des militant(e)s de la société civile, impliqués dans les luttes au quotidien avec la population, commencent à entamer une réflexion sur la nécessité de prolonger la lutte sur le terrain politique. Les élections municipales pourraient être une première échéance. Elles permettraient de mener une campagne au plus près des populations et d’ouvrir une autre voie politique, celle d’une force qui se positionne clairement sur un projet de rupture avec le capitalisme international. Un combat long et difficile, mais qui saura être entrepris grâce au courage de ces militant(e)s.

Paul Martial

 
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