mardi, 17 septembre 2019
 

Depuis l’élection truquée de mars, la situation des droits humains s’aggrave au Togo

« Tu enlèves la photo ! Tu sais qui je suis ? Je suis le conseiller du chef d’état-major de l’armée de terre. Tu veux que j’appelle le RCPG (Régiment commandos de la garde présidentielle) pour foutre un peu d’ordre là-dedans ? Alors, je demande d’enlever les photos. » Voilà les propos tenus le mardi 10 août par le lieutenant-colonel Romuald Letondot. Cet officier français en mission au Togo s’adressait au reporter du quotidien togolais Liberté, qui venait de le prendre en photo. Le journaliste le soupçonnait d’encadrer la répression d’une manifestation de l’opposition par la gendarmerie. Bien que condamnés par Paris, les errements de son officier suscitent bien des questions à propos des relations qu’entretient la France avec ses ex-colonies. Surtout, cet incident dont la vidéo circule sur YouTube1 confirme que malgré le décès du dictateur Gnassingbé Eyadema en 2005, la nature du régime n’a pas changé sous le règne de son fils. Depuis sa réélection lors de la présidentielle truquée du 4 mars dernier, Faure Gnassingbé procède par la corruption et la terreur pour mettre le Togo sous sa botte. Et pourtant, après le massacre d’au moins cinq cents personnes lors des élections de 2005, il avait parcouru le monde avec de beaux discours, la promesse de réconcilier les Togolais et d’engager le pays sur la voie de la démocratie. Il mena d’interminables et stériles discussions avec l’opposition, et mis en place de façon unilatérale une Commission vérité justice et réconciliation (CVRJ). De la poudre aux yeux de la communauté internationale, notamment de l’Union européenne visiblement lassée par la crise politique togolaise.

Autocrate décomplexé

Le 4 mars dernier, Faure Gnassingbé s’est donc octroyé un second mandat au terme d’un processus électoral contrôlé en amont et en aval par le tout puissant ministre de l’Administration territoriale, Pascal Bodjona. Tout a été fait pour qu’il n’y ait plus de morts et plus besoin d’envoyer les militaires et les milices du pouvoir saccager ou emporter les urnes comme en 2005. Ceci a été la seule avancée de ce processus électoral sur lequel bien des observateurs ont choisi de fermer les yeux. Les bourreaux se sont une fois encore proclamés vainqueurs, et le peuple togolais se retrouve seul avec l’impression d’être victime d’un complot. Auréolé donc du satisfecit de la France et de l’UE, Faure Gnassingbé croit désormais disposer de la totale légitimité qui lui avait manqué au cours de son premier quinquennat. Il s’emploie donc à réinstaller pleinement un système basé sur le non-droit et la répression. La situation des droits de l’homme se dégrade de façon sensible au Togo. Pour étouffer la contestation populaire née du scrutin du 4 mars 2010, le régime togolais procède à la répression brutale avant d’envisager des solutions plus pernicieuses. Les censures et menaces contre les journalistes, de même que les interpellations arbitraires de militants d’opposition sont devenues fréquentes. Dernier exemple en date, l’enlèvement le 11 mars dernier de Komdédzi Kofi Folikpo. Coordinateur et porte-parole de l’organisation citoyenne panafricaine basée en Suisse Pyramid of Yeweh, il était venu à Lomé soutenir la mobilisation de l’opposition.

Les bourreaux convoquent les victimes

Le processus de réconciliation promis par l’héritier d’Eyadema n’est pas crédible, car il a été décrété par des bourreaux qui règnent toujours sur leurs victimes. Contrairement à ce qu’ont connu d’autres pays africains, cette prétendue réconciliation chemine au Togo de concert avec des dissolutions de partis, des emprisonnements, des enlèvements et des intimidations. La CVRJ que préside Mgr Nicodème Anani Barrigah-Bénissan relève du cynisme politique. Après l’époque de la « complicité » de l’ancien archevêque Casimir Dosseh-Anyron, vis-à-vis des crimes du général Eyadema, l’épiscopat togolais est accusé de fermer les yeux sur les dérives autocratiques du régime de Faure Gnassingbé. La composition même de la commission trahit les intentions de ses initiateurs. A part le prélat, les dix autres membres sont des inconditionnels du RPT, le parti au pouvoir. A commencer par la vice-présidente Kissem Tchangai-Walla, qui avait, à la tête de la commission électorale, validé la mascarade de 2005. En somme, on voit des responsables de massives violations des droits de l’homme qui, sans aplanir les sujets litigieux, sans faire le moindre geste de repentance, et surtout, sans mettre un terme à leurs actes de brutalité sur les populations civiles, s’arrogent le droit de convoquer leurs victimes pour un processus de réconciliation placé sous leur contrôle. Cette Commission vérité justice et réconciliation est un pur artifice destiné à flouer la communauté internationale. Mais une chose est sure, ce projet, introduit de façon cavalière, est voué à l’échec. C’est une certitude car aucune issue harmonieuse ne peut s’offrir à l’ensemble de la société togolaise tant que les pratiques du déni de droit et du mépris de la personne sont érigées en système de gouvernance politique, économique et sociale.

ANTOINE VENCESLAS AYIKUTU*

* Journaliste togolais exilé en Suisse.

Source : http://www.lecourrier.ch

 
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