mardi, 19 mars 2019
 

Togo : QUAND 2011 RESSEMBLE BEAUCOUP A 1991, UNE TRANSITION POLITIQUE DEVIENT UNE NECESSITE D’URGENCE

COMMUNIQUE DU CMDT SUR LA GREVE DES ETUDIANTS ET ELEVES AU TOGO

Depuis quelques semaines au Togo, les élèves et étudiants en grève scandent : « nous avons besoin de bourses et de professeurs, Faure nous envoie des militaires … ». Pour quoi faire ?

A Kara, un épicentre de la revendication scolaire et étudiante, le gouvernement togolais nomme un militaire pour remplacer un civil au poste de préfet. La répression policière comme réponse à des revendications sociales est une faute grave qui risque d’avoir des conséquences imprévisibles. La réponse du gouvernement togolais est donc claire, la répression, encore la répression.

Le Conseil Mondial de la Diaspora Togolaise (CMDT), extrêmement préoccupé par la situation qui prévaut actuellement dans le pays, a dépêché à Kara son délégué chargé de la Jeunesse. Hier, c’était la grève des médecins et du personnel hospitalier. Aujourd’hui, ce sont les étudiants et élèves qui occupent la rue. C’est dire combien notre pays va mal, très mal. Comment en est-on arrivé là ? La réponse, tout le monde la connaît.

Dans l’ancien régime, Feu Gnassingbé père avait coutume de dire, « aucun sacrifice n’est trop grand quand il s’agit de la jeunesse ». Et pourtant, l’absence d’infrastructures minimales pour satisfaire les besoins de cette jeunesse est patente. Avec le régime de Gnassingbé fils, les années passent et se ressemblent, les jeunes ne voient rien venir, leurs enseignants aussi. Le pays plonge dans un état de déliquescence inexorable. Ceci explique cela.

Les grèves à répétition dans notre pays augurent d’un lendemain qui déchante. Les solutions palliatives n’y feront rien. Il y a donc urgence à mettre en œuvre une transition politique qui sortira notre pays du tunnel funeste dans lequel le système RPT l’a englouti depuis bientôt un demi-siècle.

Ceux qui gouvernent aujourd’hui le Togo doivent prendre des décisions courageuses, même s’il faut pour eux-mêmes de se saborder. Il n’y a pas d’autres alternatives, le mal est abyssal et un effet placebo n’y peut rien. L’alternance est de mise. Il vaut mieux en prendre les devants. Exit les Délégations Spéciales et place aux élections locales

Pourquoi les élections locales se font toujours attendre au Togo ? Par un tour de passe-passe, elles sont toujours reportées sine die. L’explication est très simple, elles sont les seules où généralement, la transparence ne souffre pas trop de critique. Chaque circonscription peut contrôler aisément le résultat de son propre vote.

Les élections locales ont la vocation de rapprocher les citoyens de leurs élus. Dans le cadre de la décentralisation, cette organisation a le mérite de décharger l’état de certaines de ses prérogatives.

Au Togo, cette question de la décentralisation et de la proximité des citoyens et de leurs élus n’est pas la préoccupation de nos gouvernants. Elle est même un épouvantail terrible pour le système et ses alliés extérieurs. Sinon, comment expliquer que depuis plusieurs générations au Togo, et après plus de vingt ans de processus démocratique, on tourne en rond sans réelle avancée démocratique qui commencerait à la base ? Signer des accords politiques sans lendemain, tenir ça et là des dialogues à sécher les salives, voilà le cycle de la gouvernance qui a ruiné notre pays et l’a conduit à des crises multiformes des années durant.

C’est pourquoi, il est temps d’en finir avec les Délégations Spéciales et d’organiser des élections locales pour que des pouvoirs locaux prennent leur part de responsabilité dans les infrastructures à pourvoir dans nos régions et communes. Trente ans pour faire un recensement de la population, vingt ans pour trouver le régime qu’il nous faut et la limitation des différents mandats, quel gâchis de générations au Togo ! Rompre donc avec un état centralisateur auréolé d’un vernis de réformisme désuet, telle est notre recommandation.

Le citoyen a besoin de lisibilité dans la gouvernance au Togo.

Dans un contexte de crise généralisée dans le monde et au Togo, nos gouvernants offrent un lifting télévisuel remplaçant l’analogique par le numérique pour un coût de plus de 20 milliards de francs CFA alors que la plupart des élèves n’ont d’école que des paillottes livrés à la merci d’une première tempête. Sans compter les 29 milliards de campagne électorale etc. Devant cet état de fait, aucune explication sérieuse ne tient face au devoir impérieux de l’état de garantir à tout citoyen le droit de se nourrir, de se soigner et de s’éduquer.

Le CMDT rappelle aux autorités togolaises qu’il n’y a aucune famille au Togo n’ayant pas en son sein un ou plusieurs élèves et étudiants. Par conséquent, opérer des violences policières à l’encontre des élèves et étudiants constituent des violences à l’encontre de tous les Togolais.

Remplacer les aides aux étudiants par une bourse d’excellence au Togo d’aujourd’hui aurait pour conséquence directe la transformation du système éducatif en un système élitiste. En effet, selon l’UNICEF 70% de la population togolaise vit en dessous du seuil de pauvreté et quand on exclut la région maritime, ce pourcentage monte à 81% ! Comment les autorités togolaises peuvent-elles demander aux enfants issus des 70% de familles vivant en dessous du seuil de pauvreté, n’ayant ni électricité, ni eau courante, ni les trois repas quotidiens, et encore moins de quoi acheter les livres scolaires d’avoir les mêmes prestations scolaires que les enfants issus des 30% de famille les plus modestes ?

Ce décret supprime les aides aux étudiants les plus pauvres et accorde des bourses aux étudiants issus des familles riches qui ont forcément de meilleures prestations en entrant à l’Université. Les pauvres risquent de devenir toujours plus pauvres et les riches encore plus riches. Cette vision de la société ne correspond pas aux attentes du peuple togolais.

Par conséquent, le CMDT demande aux autorités togolaises de :

- * Cesser toute répression et violences policières et/ou militaire envers les élèves et étudiants
- * Retirer purement et simplement le décret ayant déclenché les manifestations
- * Se remettre à la table de négociation avec les élèves et étudiants afin d’examiner sérieusement leurs revendications et de trouver un accord satisfaisant pour les deux parties
- * De rouvrir aussi bien l’Université de Lomé que l’Université de Kara
- * Faire en sorte que tous les élèves et étudiants interpellés soient libérés sans délai ni conditions
- * Faire en sorte que les élèves et étudiants blessés soient soignés dans les meilleures conditions possibles
- * Dédommager convenablement les élèves et étudiants victimes des violences policières

Enfin, le CMDT réaffirme son soutien à tous les élèves et étudiants dans leur lutte pour de meilleures conditions de vie et de travail car d’eux dépend le développement du pays.

Aux politiques, le CMDT propose de convier toutes les forces vives aussi bien dans le pays que de la diaspora à des assises nationales qui déboucheront sur une véritable transition ayant pour objet de restaurer la confiance entre les Togolais, de les réconcilier et de les remettre au travail. Le Togo n’en sortira que grandi.

Ensemble pour un Togo respectueux de l’Etat de droit, organisé pour la défense de l’intérêt général, pour le développement et l’amélioration du pouvoir d’achat pour tous.

Vive la Jeunesse togolaise pour que vive le Togo de demain.

Fait à Lille le 18 décembre 2011

Pour le CMDT,

Secrétaire Général et Porte-Parole

Gbati ZOUMARO

 
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