lundi, 25 septembre 2017
 

Tunisie, Egypte : les révolutions en marche

« Le trait le plus incontestable de la Révolution, c’est l’intervention directe des masses dans les événements historiques. D’ordinaire, l’Etat, monarchique ou démocratique, domine la nation ; l’histoire est faite par des spécialistes du métier : monarques, ministres, bureaucrates, parlementaires, journalistes. Mais, aux tournants décisifs, quand un vieux régime devient intolérable pour les masses, celles-ci brisent les palissades qui les séparent de l’arène politique. (...) L’histoire de la révolution est pour nous, avant tout, le récit d’une irruption violente des masses dans le domaine où se règlent leurs propres destinées. » Léon Trotsky, préface à l’Histoire de la révolution russe La situation, comme dans toute révolution, évolue, d’heure en heure. Telle ou telle appréciation sera surement dépassée dans les heures ou les jours qui viennent, mais d’ors et déjà, les peuples tunisien et égyptien sont en train d’écrire les pages des premières révolutions de ce 21°siècle. Elles provoquent une onde de choc dans tout le monde arabe, d’Alger à Ramallah, d’Amman à Sanaa au Yémen. Ces révolutions résultent, dans les conditions historiques particulières de ces pays, de la crise qui secoue le système capitaliste mondial. Des « révoltes de la misère » sont combinées à une immense mobilisation pour la démocratie. Les effets de la crise économique mondiale conjugués à l’oppression des dictatures, font de ces pays, dans la conjoncture actuelle des maillons faibles de la domination impérialiste. Elles créent les conditions pour l’ouverture de processus de révolutions démocratiques et sociales.

Manifestations, grèves, assemblées, comités d’autodéfense, mobilisations des syndicats, des associations démocratiques, mobilisation de toutes les classes populaires, « ceux d’en bas » et « ceux du milieu » qui basculent dans l’insurrection, « ceux d’en haut qui ne peuvent plus gouverner comme avant », convergences des partis d’opposition radicale contre le système, ce sont tous les ingrédients de situation prérévolutionnaire ou révolutionnaire qui sont là, présents explosifs.

C’est aujourd’hui au tour de l’Egypte de voir des millions de travailleurs, de jeunes, de chômeurs se dresser contre la dictature de Moubarak.

En Tunisie, une dictature sanglante a été abattue. Elle a concentré la haine de toute une société, des classes populaires et surtout de la jeunesse.

Il fallait en finir avec l’ordre de Ben Ali, sa répression, sa corruption, son injustice sociale, système soutenu par toutes les puissances impérialistes, la France, les USA, l’Union Européenne. C’est ce même mouvement qui submerge aujourd’hui l’Egypte.

Il y a, bien sûr, des différences historiques entre les deux pays. L’Egypte est le pays le plus peuplé du monde arabe. Elle a une place géostratégique décisive au Moyen Orient. Les structures de l’Etat, les institutions, l’Armée y sont différentes. Mais c’est un même mouvement de fond qui touche les deux pays.

Les masses tunisiennes n’en pouvaient plus, aussi, d’un système économique - « bon élève de l’économie mondiale » selon Mr Strauss-Khan - qui les affamait. L’explosion du prix des produits alimentaires de base, un chômage de près de 30 %, des centaines de milliers de jeunes formés, qualifiés sans emploi ont constitué le terreau d’une révolte sociale qui en se combinant avec une crise politique, a débouché sur une révolution.

Il y a eu, de 2006 à 2008, une hausse dramatique des prix de tous les produits essentiels, dont le riz, le blé et le maïs. Le prix du riz a triplé en cinq ans, passant d’environ 600 $ la tonne en 2003 à plus de 1800 $ la tonne en mai 2008.

L’augmentation récente du prix du grain est caractérisée par un bond de 32 % enregistré durant la deuxième moitié de 2010 dans l’indice composite des prix alimentaires.

La forte hausse des prix du sucre, des céréales et des oléagineux a conduit les prix alimentaires mondiaux à un record en décembre, dépassant les coûts de 2008, lesquels avaient déclenché des émeutes à travers le monde.

En même temps, le FMI comme l’OMC exigent la levée de toutes les barrières douanières et l’arrêt de toutes les subventions aux productions vivrières.

La récente hausse spéculative du prix des aliments a, donc, favorisé un processus mondial de création de la famine d’une ampleur sans précédent, qui frappe un ensemble de pays d’Afrique et du monde arabe.

L’Egypte a subi aussi les effets de cette explosion des prix alimentaires. L’économie ne parvient pas à créer assez d’emplois pour subvenir aux besoins des Egyptiens. Les politiques néolibérales mises en œuvre depuis les années 2000 ont provoqué l’explosion des inégalités et un appauvrissement de millions de familles. Malgré une croissance économique de 5%, 25% de la population vit au dessous du seuil de pauvreté. Près de 40% des 80 millions d’Egyptiens continuent de vivre avec moins de deux dollars par jour. Et 90% des chômeurs sont des jeunes de moins de 30 ans. L’autre chose remarquable est que la fédération syndicale nationale égyptienne — dirigée par des personnes engagées par le gouvernement — a partiellement lâché le gouvernement pendant les 2 semaines suivant l’insurrection tunisienne. Ils voulaient un contrôle des prix, une augmentation des salaires et un système de distribution subsidié pour la nourriture, les gens n’arrivant pas à trouver des produits de base comme le thé ou l’huile. Que les dirigeants du syndicat demande ça est sans précédent parce que ces gens ont soutenu le néolibéralisme. Ça, c’est l’impact de la Tunisie

Dans ce pays, cette révolution vient de loin : Le mouvement social actuel l’aboutissement d’un cycle de mobilisations et de mouvements qui puisent leur force dans l’histoire des luttes du peuple tunisien et de ses organisations, en particulier, le mouvement étudiant, les multiples associations pour les droits et libertés démocratiques et des syndicats comme nombre de secteurs de l’UGTT (Union générale des travailleurs tunisiens) :

Les luttes de certaines personalités pour leurs libertés d’expression et de voyage en1999, les mouvements lycéens, en 2000, les mobilisations contre la guerre en Irak en 2001, la deuxième Intifadha en 2002-2003, les grèves et manifestations de Gafsa en 2008, Ben Guerdane, en Juin 2010, et Sidi Bouzid, qui fin 2010 ouvre la voie à la révolution.

C’est un mouvement historique qui a commencé avec cette combinaison de révolte sociale et de renversement d’une dictature mais qui aujourd’hui cherche ses voies pour aller plus loin. C’est une révolution démocratique radicale qui a des exigences sociales anticapitalistes.

Ben Ali a du s’enfuir, mais l’essentiel de son régime policier est resté en place. La force de la mobilisation a contraint les anciens benalistes à partir progressivement du gouvernement, mais à l’heure où ce texte est écrit, le Premier ministre est toujours le benaliste Ghannouchi.

Et la révolution veut, justement aller plus loin : « RCD dégage ! », « Ghannouchi, dégage ! », derrière ces revendications, c’est tout le système politique, toutes les institutions, tout l’appareil de répression qu’il faut éradiquer. Il faut en finir avec tout le système Ben Ali, et établir tous les droits et libertés démocratiques : droit d’expression, droit de grève, droit de manifestation, pluralisme des associations, syndicats et partis.

Liquidation de l’institution présidentielle et instauration d’un gouvernement provisoir révolutionnnaire ! En finir avec la dictature comme avec toutes opérations qui veulent sauver le pouvoir des classes dominantes exigent aujourd’hui l’ouverture d’un processus d’élections libres pour une Assemblée constituante. Pour ne pas être confisqué par un nouveau pouvoir des oligarchies, ce processus doit s’appuyer sur l’organisation de comités, coordinations et conseils populaires qui ont émergés de la révolution

Dans ce processus, les anticapitalistes défendront les revendications clé d’un programme de rupture avec l’impérialisme et le système capitaliste, la satisfaction des besoins vitaux des classes populaires - le pain, les salaires, l’emploi -réorganisation de l’économie en fonction des besoins sociaux fondamentaux-les services publics de qualité et gratuit, l’école, la santé, les droits des femmes, une réforme agraire radicale, la socialisation des banques et des secteurs clé de l’économie, l’élargissement des protections sociales -chômage, santé, retraite-, annulation de la dette, et souveraineté nationale et populaire, Voilà le programme d’un gouvernement démocratique qui serait au service des travailleurs et de la population.

En même temps, que cela soit pour organiser la défense des quartiers, chasser les dirigeants RCD de l’administration ou des grandes entreprises, réorganiser la distribution des produits alimentaires, les salarié-e-s et les jeunes se dotent de leurs propres assemblées et comités. Les secteurs les plus combatifs et les plus radicaux doivent appuyer, stimuler, organiser et coordonner toutes ces structures d’auto-organisation. Ce sont des points d’appui pour établir un pouvoir démocratique des classes populaires.

En Egypte, à l’heure où nous écrivons cette déclaration, le pays est en état d’insurrection. Malgré une répression sanglante, les vagues de mobilisation du peuple s’amplifient. Des millions de manifestants sont dans les rues, du Caire mais aussi d’Alexandrie, de Suez. Les locaux du parti au pouvoir et les symboles de la dictature sont mis à bas. La haine du système Moubarak, le rejet total de la corruption, l’exigence de la satisfaction des revendications sociales vitales contre la hausse des prix ont créé et stimulé la mobilisation de toutes les classes populaires. Le pouvoir vacille. L’Etat major de l’ armée appuyée par les USA tente un auto-coup d’Etat en flanquant Moubarak d’Omar Souleiman, chef des services secrets, et pilier du régime actuel. Cette armée est aujourd’hui sous tension. On a vu ces scènes de fraternisation entre le peuple et les soldats. Mais face à la détermination des Egyptiens, la direction de l’armée peut aussi choisir l’affrontement et la répression sanglante. L’exigence de millions et millions est nette et claire : il faut en finir avec la dictature. Moubarak doit partir, mais c’est toute la dictature, tout l’appareil de répression qu’il faut abattre, et instaurer un processus démocratique avec tous les droits et libertés fondamentales. L’appel à une journée de mobilisation le mardi 1er Février est la prochaine échéance.

Là aussi, il faut en finir avec une dictature et instaurer un processus démocratique avec tous les droits et libertés démocratiques fondamentales.

Le mouvement actuel est le plus important depuis les émeutes du pain de 1977, mais là aussi le mouvement vient de loin.

Depuis 30 ans, Moubarak maintient un régime dictatorial, emprisonnant et assassinant les opposants, réprimant toute expression indépendante du mouvement social et de l’opposition politique. La mascarade électorale de novembre 2010, entièrement contrôlée par le PND qui en est ressorti avec plus de 80% des sièges, en est le dernier exemple. Les dernières années ont vu le développement d’importants mouvements de grève, notamment autour des ouvriers textiles de El-Mahalla, des grèves générales et manifestations et protestations de diverses catégories sociales, d’importantes mobilisations anti-impérialistes contre l’occupation militaire de l’Irak et de l’Afghanistan en 2004, marquant le désaveu et l’isolement d’un régime soutenu à bout de bras par les USA et l’UE.

L’Egypte est, avec Israël et l’Arabie saoudite, un des trois piliers de la politique impérialiste dans la région. Les USA, Israël et l’Europe vont s’arc-bouter pour empêcher que l’Egypte n’échappe à leur sphère d’influence et feront tout pour s’opposer à un développement révolutionnaire de la protestation

La révolution tunisienne a embrasé la région arabe. C’est aussi pour toute une génération leur première révolution. Tout peut basculer aujourd’hui avec le soulèvement du peuple égyptien. La mobilisation, aura sans aucun doute, des répercussions dans toute la région, et en premier lieu en encourageant le peuple palestinien, et ce malgré les déclarations honteuses de Mahmoud Abbas.

Il faut aujourd’hui un mur de solidarité autour des processus révolutionnaires qui déferlent sur la Tunisie et l’Egypte, relayés par une solidarité active avec les mobilisations de tout le monde arabe. On ne peut écarter les mauvais coups de l’appareil de répression de Ben Ali, ou les menaces de son ami Khadaffi. De même, si le régime décide l’affrontement, l’Etat major de l’Armée peut déclencher une répression sanglante.

Face à l’approfondissement du processus révolutionnaire, les puissances occidentales comme les classes dominantes peuvent essayer de reprendre la main en brisant cet immense espoir.

Les peuples tunisien et égyptien, doivent compter sur l’ensemble du mouvement ouvrier international, sur tout le mouvement altermondialiste. Dans les syndicats, les associations, les partis de gauche, il faut soutenir les luttes de ces peuples et la révolte qui gronde dans la région arabe. !

Vive les révolutions tunisiennes et égyptiennes Solidarité avec les luttes populaires dans le monde arabe !

Le bureau de la IVe Internationale Le 30. janvier 2011


In Tunisia and Eypt the revolutions are underway Statement by the Bureau of the Fourth International Fourth International

“The most indubitable feature of a revolution is the direct interference of the masses in historical events. In ordinary times the state, be it monarchical or democratic, elevates itself above the nation, and history is made by specialists in that line of business - kings, ministers, bureaucrats, parliamentarians, journalists. But at those crucial moments when the old order becomes no longer endurable to the masses, they break over the barriers excluding them from the political arena,(...). The history of a revolution is for us first of all a history of the forcible entrance of the masses into the realm of rulership over their own destiny.”

Leon Trotsky, Preface to History of the Russian Revolution

The situation as with any revolution is changing from hour to hour. Any evaluation will undoubtedly be overtaken by events within a few hours or days. But already we can say that the Tunisia and Egyptian people are writing the first pages of the revolutions of the 21st century. They are sending shock waves throughout the Arab world, from Alger to Ramallah, from Amman to Sanaa in Yemen. These revolutions result, within the particular historical conditions of this society, from the crisis that is shaking the world capitalist system. The “poverty riots” are combined with an immense mobilisation for democracy. The effects of the world economic crisis combined with the oppression of dictatorships are making these countries in the current situation the weak links in imperialist domination. They are creating the conditions for the opening of processes of social and democratic revolutions.

Demonstrations, strikes, mass meetings, self-defence committees, mobilisations by trade unions and civil associations, mobilisation of all the popular classes, “those below” and “those in the middle” who are swinging over into insurrection, “those above who can no longer rule as before”, convergence between parties from the radical opposition against the system, these are all the ingredients of a pre-revolutionary or revolutionary situation that is today ready to explode.

It is today the turn of Egypt to see hundreds of thousands of workers, young people and unemployed stand up against the dictatorship of Mubarak.

In Tunisia, a bloody dictatorship was cut down. It was the focus of the hatred of a whole society, the popular classes and especially of youth. The Ben Ali regime, his repression, his corruption, a system supported by all the imperialist powers, France, the USA, the European Union, had to be thrown out.

It is this same movement that is sweeping through Egypt today.

There are, of course, historical differences between the two countries. Egypt is the most populous country in the Arab world. It has a decisive geo-strategic place in the Middle East. The structures of the State, the institutions, the role of the Army are different there. But it is the same basic movement that is affecting the two countries.

The Tunisian masses could longer stand an economic system - “a good pupil of the world economy” according to Mr. Strauss-Khan - which starved them. The explosion of the prices of basic foodstuffs, unemployment of almost 30%, and hundreds of thousands of trained and qualified young people without jobs constituted fertile ground for the growth of a social revolt that, combined with a political crisis, led to a revolution.

There were dramatic price rises for all essential products, including rice, wheat and corn, between 2006 and 2008. The price of rice tripled in five years, passing from approximately $600 per ton in 2003 to more than $1800 per ton in May 2008.

The recent increase in the price of the grain is illustrated by a jump of 32 % recorded during second half of 2010 in the compound index of food prices.

The big rise in prices of sugar, cereals and oilseed took world food prices to record levels in December, exceeding those of 2008, which had started riots throughout the world.

At the same time, the IMF and the WTO are demanding the lifting of all tariff barriers and end of to all food subsidies.

The recent speculative rise in food encouraged the worldwide development of famine on an unprecedented scale, which is hitting a series of countries of Africa and the Arab world.

Egypt has also experienced the effects of this explosion of the food prices. The economy does not create enough jobs to provide for the population’s needs. The neoliberal policies implemented since 2000 have caused an explosion of inequalities and an impoverishment of millions of families. Nearly 40% of the 80 million Egyptians continue to live on less than two dollars per day. And 90% of the unemployed are young people under 30.

The other remarkable thing is that the Egyptian national trade-union federation – led by members of the government – has partly withdrawn its support for the government in the two weeks since the Tunisian insurrection. They wanted price controls, wage rises and a system of subsidised distribution of foodstuffs, the people not being able to obtain basic necessities such as tea or oil. That the union leaders should demand this is unprecedented because they have been convinced neo-liberal supporters. That is the impact of the Tunisian events

In Tunisia, this revolution has deep roots. The current social movement is the result of a cycle of mobilizations and movements which draw their strength from the history of the struggles of the Tunisian people and its organizations, in particular, many associations for human rights and democratic freedoms and trade unions like many sectors of the UGTT (General Union of the Tunisian Workers).

We remember the fight of certain personalities for freedom of expression and to travel in 1999, the high-school students’ movement in 2000, the mobilisations against the war in Iraq in 2001, the second Intifadah in 2002-2003, strikes and demonstrations in Gafsa in 2008, Ben Guerdane in June 2010, and Sidi Bouzid, which at the end of 2010 opened up the way for the revolution.

It is a historical movement that started with this combination of social revolt and overthrowing a dictatorship but which today seeks to go further. It is a radical democratic revolution that has anticapitalist social demands.

Ben Ali had to flee, but the essence of his gangster system stayed in place. The force of the mobilisation has constrained the former Ben Ali supporters to leave the government gradually, but as we are writing this statement, the Prime Minister is still the Ben Ali supporter Ghannouchi.

And the revolution wants to go further : “RCD out ! ”, “Ghannouchi out ! ”, behind these demands, it is the whole of the political system, all the institutions, all the repressive apparatus that should be eradicated. It is necessary to finish with the whole Ben Ali system, and to establish all democratic rights and freedoms : right of free expression, right to strike, right to demonstrate, pluralism of associations, trade unions and parties

Abolish the presidency and install a provisional revolutionary government ! Getting rid of the dictatorship and of all operations that want to protect the power of the ruling classes means today opening a process of free elections for a constituent Assembly. This process must be based on the organisation of committees, councils, coordination and popular councils that have emerged from the process if it is not to be confiscated by a new oligarchic regime.

In this process, the anticapitalists will defend the key demands of a programme breaking with imperialism and capitalist logic : satisfaction of the vital needs of the popular classes - bread, wages, jobs ; reorganization of the economy on the basis of fundamental social needs - free and adequate public services, schools, health, women’s rights, radical land reform, socialization of the banks and key sectors of the economy, broadening social protection for unemployment, health and retirement, cancellation of the debt, national and popular sovereignty. This is the programme of a democratic government that would be at the service of the workers and the population.

At the same time, whether it is to organize the defence of the districts, to drive out RCD leaders of state administration or big companies, to reorganize the distribution of the food substances, workers and young people are organising their own assemblies and committees. The most combative sectors and most radical must support, stimulate, organize and coordinate all these self-organization structures. They are something to build on to establish a democratic power of the popular classes.

In Egypt, at the time we are writing this statement, the country is in a state of insurrection. In spite of bloody repression, the waves of mobilization of the people develop. Hundreds of thousands of demonstrators are in the streets of Cairo, Alexandria and Suez. The party office of the ruling NDP and symbols of the regime have been attacked. The hatred for the Mubarak system, the total rejection of corruption, and the demand for satisfaction of vital social demands against price rises have provoked and stimulated the mobilisation of all the popular classes. The regime is vacillating. The Army leadership supported by the USA has tried a « self-managed coup » putting Omar Suleiman, head of the secret services and pillar of the current regime alongside Mubrak as Vic-president. The army is strained. There have been scenes of fraternisation between the people and the soldiers but faced with the determination of the Egyptians the Army leadership could also choose confrontation and harsh repression. The demand of the millions in the streets is crystal clear : Mubarak must go, but it is the whole dictatorship, the whole repressive apparatus that must be brought down and a democratic process wit all rights and freedoms set in place. The call for a day of mobilisation on 1st February is the next step.

In Egypt too, it is necessary to finish some with a dictatorship and to found a democratic process with all the rights and fundamental democratic liberties.

The current movement is the most important since the 1977 bread riots but here again it has deep roots.

For the last 30 years Mubarak has maintained a dictatorial regime, imprisoning and murdering his opponents, suppressing any independent expression of the social movement and political opposition. The electoral masquerade of November 2010, entirely controlled by the NDP which won more than 80% of the seats, is the latest example. In the lat few years there have been important strike movements particularly of the textile workers of El-Mahalla, general strikes and demonstrations and protests by different social categories, big anti-imperialist mobilisations against the military occupation of Iraq and Afghanistan in 2004, marking the disavowal and isolation of a regime that is held up only by the USA and the European Union.

Egypt is, with Israel and Saudi Arabia, one of the three pillars of imperialist policy in the region. The USA, Israel and Europe will do everything they can to prevent Egypt escaping from their zone of influence and will do everything they can to oppose a revolutionary development of the protests.

The Tunisian revolution set the Arab world ablaze. It is also for a whole generation their first revolution. Everything can change today with the rising of the Egyptian people. The mobilisation will undoubtedly have repercussions through the region, in particular encouraging the Palestinian despite the shameful statement of Mahmoud Abbas.

We have to build a solidarity wall around the revolutionary processes which developing in Tunisia and Egypt, supported by active solidarity with the mobilizations throughout the Arab world. We cannot ignore the possibility of bad blows from the repressive apparatus of Ben Ali, or the threats of his friend Khadaffi. Also, if the regime decides on confrontation the Army leaders could unleash bloody repression.

Faced with the deepening of the revolutionary process, the western powers and the ruling classes will try to take back control by breaking this immense hope.

The Tunisian and Egyptian people must be able to count on the whole of the international labour movement, on all the global justice movement. In the trade unions, associations, the left parties, we must support the fights of these peoples and the revolt thundering through the Arab world.

Live the Tunisian and Egyptian revolutions !

Solidarity with the fights in the Arab world !

Bureau of the Fourth International

30th of January 2011

 
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