jeudi, 21 septembre 2017
 

TUNISIE, EGYPTE : UN PROCESSUS REVOLUTIONNAIRE DE PORTEE MONDIALE

English version below

1. L’extraordinaire victoire du peuple égyptien contre Moubarak démultiplie la portée historique de la révolution tunisienne qui a abattu le régime de Ben Ali. L’onde de choc de ces victoires populaires s’est étendue en quelques jours à toute la région arabe et au delà, et influence le rapport de forces mondial entre les classes. Manifestations, grèves, assemblées, comités d’autodéfense, mobilisations des syndicats, des lycéens, des associations démocratiques se sont affrontées avec une détermination absolue aux appareils d’Etat et d’abord aux forces de police. Ce sont des millions de tunisiens et d’égyptiens qui se sont mis en mouvement jusqu’à la chute des dictateurs, et continuent de se mobiliser pour ne pas se faire confisquer leur révolution.

2. Il s’agit d’un processus de révolution permanente qui combine étroitement les dimensions sociales, démocratiques, de souveraineté nationale, et se répand au niveau international. Les effets de la crise économique mondiale, conjugués à l’oppression féroce et à la corruption éhontée des dictatures, ont rassemblé les couches populaires les plus défavorisées, la classe ouvrière organisée comme les classes moyennes, les jeunes comme les vieux, les femmes comme les hommes. Les masses tunisiennes et égyptiennes n’en pouvaient plus de systèmes économiques qui les marginalisaient. Comme dans de nombreux pays voisins, l’intégration à la mondialisation capitaliste a abouti à une croissance économique peu productrice d’emplois et une concentration sans précédent des richesses, un développement inégal des territoires et une dégradation générale des conditions de vie et de travail. Une des principales raisons de cette révolution est l’explosion des prix alimentaires dans les dernières années. Le rapide processus de changement climatique a mené à la crise alimentaire mondiale actuelle, particulièrement dans des pays comme la Tunisie.. La libéralisation économique imposée par le FMI, l’OMC et L’UE s’est traduite par une précarisation accrue des travailleurs, l’ accaparement des terres par le capitalisme agraire orienté vers l’exportation, des coupes drastiques dans les services publics et un chômage massif frappant en particulier des jeunes diplômés. Avec en plus la fermeture des frontières de l’Union Européenne aux possibilités d’émigration, et un rétrécissement du marché de l’emploi dans les monarchies pétrolières du Golfe, toute perspective d’échapper á la pauvreté disparaissait.

Parallèlement, l’étouffement radical des libertés et des droits démocratiques, s’appuyant sur des Etats policiers qui imposaient un contrôle social généralisé ; l’impossibilité de contre-pouvoirs – les partis « d’opposition » parlementaires n’étant tolérés par les régimes tunisien et égyptien que comme ectoplasmes, les associations noyautées ou empêchées de fonctionner - ont fait qu’entre les dictatures et les populations, il n’y avait que la figure du leader autocratique et un appareil répressif dévoué et féroce. Et le fonctionnement maffieux des clans au pouvoir ont achevé de les déligitimer.

Enfin, ces deux régimes se sont distingués par leur collaboration avec l’Etat sioniste d’Israël, exaspérant encore plus des populations considérant comme leurs, les souffrances du peuple palestinien. Face à toutes ces injustices, des grèves, des explosions sociales se multipliaient ces dernières années, permettant une accumulation d’expériences sans toutefois parvenir á briser le mur de la peur pour la majorité des populations. C’est ce mur qui a été submergé en quelques semaines, et malgré les très nombreuses victimes, le peuple tunisien, puis avec son exemple en tête le peuple égyptien ont mené une lutte ininterrompue jusqu’au départ des dictateurs Ben Ali et Moubarak.

3. Avec ces victoires, les peuples de la région arabe retrouvent une immense dignité, celle de leur irruption sur la scène politique de la démocratie et de la lutte des classes, et non plus celle de la mortifère alternative (ou combinaison) autocraties/islamisme dans laquelle on les enfermait depuis trente ans. Les classes populaires et en premier lieu la classe ouvrière de cette région ont acquis les moyens de revendiquer toutes les libertés démocratiques, les femmes de revendiquer leurs droits et l’égalité avec les hommes. Les travailleurs ont acquis les moyens de contester à un niveau bien supérieur les programmes de surexploitation du néo-libéralisme, et déstabilisent en profondeur les dispositifs de main-mise impérialiste sur la région, européens comme etats-uniens, articulés à l’Etat d’Israël. Le gouvernement israélien, toutes tendances confondues ne s’y est pas trompé, qui a jusqu’au bout exigé un soutien de l’Occident aux dictateurs. La révolution dans la région arabe montre le potentiel d’émancipation sociale et démocratique de toute lutte de masse contre l’injustice. Le rôle actif des femmes dans ces mobilisations est un signe qui ne trompe pas. Ce processus permet de combattre les campagnes racistes et islamophobes sur le soi-disant « Choc des civilisations » qui tentent de faire croire que la mobilisation des peuples arabo-musulmans pave le chemin de l’intégrisme.

Cette dynamique aura des effets dans le monde entier. Elle en a déjà immédiatement en Jordanie, au Yemen, au Bahrein, en Syrie, en Libye, en Algérie, au Maroc et en Mauritanie, même si on ne peut prévoir à quel rythme et dans quel ordre peuvent tomber les régimes en place, avec chacun ses particularités. Ces révolutions créent de nouvelles conditions, plus favorables, pour la lutte des Palestiniens, lutte que la Quatrième Internationale encourage et soutient. La révolution égyptienne met à l’ordre du jour concretement la fin de ce crime contre l’humanité qu’est le siège de Gaza. Face à cela, la riposte de l’Etat sioniste peut devenir encore plus dure et brutale. Il faudra redoubler de mobilisation pour l’en empêcher. La dynamique de ces révolutions encourage aussi les luttes contre les dictatures en Iran et jusqu’en Chine, où les oppositions s’inspirent de méthodes de coordination utilisées en Tunisie et en Egypte comme l’utilisation des réseaux sociaux. Elle encouragera inévitablement les mobilisations des populations immigrées originaires de la région arabe, surexploitées et opprimées dans les pays capitalistes avancés. Plus que jamais nous devons nous tenir aux côté de ces populations. Mais ces processus peuvent avoir des conséquences plus globales encore dans les pays impérialistes où les travailleurs et les jeunes s’affrontent de plus en plus massivement aux plans d’austérité, sans trouver la voie du succès : ils montrent qu’une révolution par en bas est possible au 21ème siècle, qu’elle peut abattre un régime politique apparemment inexpugnable et arracher des conquêtes qui apparaissaient hier encore inaccessibles !

4. Les acquis de ces processus sont certes fragiles en Tunisie comme en Egypte, mais essentiels pour la suite. S’appuyant sur des expériences populaires récentes, et l’ancrage ancien de la gauche radicale dans les syndicats, l’auto-organisation s’est développée massivement quand il a fallu que les manifestants et les habitants des quartiers se protègent des exactions policières et des milices du pouvoir, en Tunisie de Sidi Bouzid aux quartiers populaires des grandes villes et à la Kasbah à Tunis ; en Egypte de la Place Tahrir du Caire aux quartiers de Suez, Mansourah ou Alexandrie. Scènes inimaginables quelques jours avant, les musulmans et les coptes ont protégé mutuellement leurs moments de prière ; les ouvriers et les jeunes internautes, les femmes et les religieux, les écrivains et les taxis ont tenu côte à côte les points attaqués par les sbires de Moubarak. Les peuples ont réussi à déstabiliser l’armée en tentant systématiquement de fraterniser avec les soldats.

Les dictateurs ont fui, les directions des partis au pouvoir ont du renoncer à fonctionner sous la pression des mobilisations, et les mobilisations populaires se poursuivent. En Tunisie, les dirigeants les plus corrompus sont poursuivis en justice, les fonds et les biens du RCD sont saisis, ses locaux sont devenus des maisons du peuple. La plupart des prisonniers politiques ont été libérés. S’ils ne sont pas démantelés, les appareils policiers des deux pays sont désorganisés. Les employés des ministères commencent à exercer un contrôle sur leurs dirigeants, comme ceux du Ministère des Affaires Etrangères tunisien qui ont obtenu la démission de leur ministre qui avait couvert la Ministre française Alliot-Marie de louanges. Beaucoup de gouverneurs, maires et responsables publics tunisiens ont du démissionner. Les masses tunisiennes en viennent même à réclamer le départ de l’ambassadeur de France fraîchement arrivé après une déclaration méprisante de sa part ! De nombreux précaires de la fonction publique ont été titularisés, le capital des dirigeants d’entreprise les plus corrompus de Tunisie a été nationalisé. En Egypte, ces processus sont également engagés. Les fonctionnaires ont obtenu des augmentations de salaire de 15%, de nombreuses grèves ouvrières se développent malgré les menaces du nouveau pouvoir.

5. Bien entendu, les classes dominantes ne sont pas restées inertes et seront de plus en plus actives face aux processus révolutionnaires en extension. En Tunisie, la « neutralité » de l’armée et le départ de Ben Ali ont été contrebalancés par le maintien au pouvoir de son premier ministre Ghannouchi et de nombreux dirigeants du RCD, qui devaient être légitimés par l’arrivée au gouvernement de plusieurs partis de l’opposition et du grand syndicat UGTT. Le refus de celle-ci et la mobilisation populaire ont imposé un deuxième gouvernement où seul le premier ministre reste parmi les cadres du RCD. Mais le nouveau pouvoir est encadré par des cadres de l’impérialisme français, et il met toute son énergie à convaincre, avec les capitalistes tunisiens et l’armée, les travailleurs de reprendre le travail « comme avant ». Il s’agirait de refermer une parenthèse…en se contentant d’annoncer des élections générales dans 6 mois.

En Egypte, c’est directement l’armée qui assure la « transition », avec le menaçant Ministre de l’Intérieur Suleiman, tortionnaire avéré, ami d’Israël et agent de la CIA états-unienne de notoriété publique. Là aussi, le peuple est sommé d’être raisonnable pour permettre la poursuite du tourisme et des investissements étrangers, avec la promesse d’élections dans quelques mois… et la menace d’une reprise de la répression.

Les gouvernements Sarkozy et Berlusconi, qui n’ont rien vu venir et se sont enferrés dans son soutien à Ben Ali, sont à la pointe de l’Union Européenne pour exiger maintenant la reprise des affaires et le retour aux blocages policier des migrants. L’administration Obama de l’impérialisme américain est beaucoup plus souple : n’ayant pas prévu ni contrôlé le mouvement en Egypte, il feint de le chevaucher. Mais ses liens étroits avec le commandement de l’armée pèse comme une menace permanente sur le processus révolutionnaire égyptien, et exigera des garanties quant au trafic dans le canal de Suez et le maintien de la fermeture de la frontière palestinienne à Gaza. Enfin les institutions internationales sauront réclamer le respect des fondamentaux du capitalisme moderne : paiement de la dette publique, même inique ; respect de l’ouverture totale aux capitaux et aux produits étrangers, poursuite des dérèglementations.

6. Dans ce processus, c’est tout le système qu’il faut éradiquer, pour établir tous les droits et libertés démocratiques : droit d’expression, droit de grève, droit de manifestation, pluralisme des associations, syndicats et partis, liquidation de l’institution présidentielle et instauration d’un gouvernement provisoire révolutionnaire. Est nécessaire aujourd’hui l’ouverture d’un processus d’élections libres pour une assemblée constituante. Pour ne pas être confisqué par un nouveau pouvoir des oligarchies, ce processus doit s’appuyer sur l’organisation des comités, coordinations et conseils populaires qui ont émergé dans la population. Dans ce contexte, les anticapitalistes lutteront pour les revendications clé d’un programme de rupture avec l’impérialisme et le système capitaliste : satisfaction des besoins vitaux des classes populaires (le pain, les salaires, l’emploi), réorganisation de l’économie en fonction des besoins sociaux, services publics de qualité et gratuits (l’école, la santé), les droits des femmes, élargissement des protections sociales (chômage, santé, retraite), réforme agraire radicale, socialisation des banques et des secteurs clés de l’économie, annulation de la dette, souveraineté nationale et populaire. Ce programme d’un gouvernement qui serait au service des travailleurs et de la population est défendu en Tunisie par la Ligue de la Gauche Ouvrière. Celle-ci est partie prenante du Front du 14 janvier qui rassemble la gauche refusant le gouvernement Ghannouchi et se battant pour toutes les libertés démocratiques, une Constituante et la satisfaction des besoins fondamentaux. Ce programme est également porté en Égypte avec un regroupement des révolutionnaires en cours.

7. Les peuples tunisien et égyptien, et l’ensemble des peuples de la région arabe ont encore besoin de notre solidarité dans la lutte pour les libertés démocratiques. Ils ont encore plus besoin de notre mobilisation pour desserrer l’étau impérialiste : non paiement des dettes externes des anciens régimes, restitution des biens et avoirs financiers des dictateurs, protection de la souveraineté nationale des peuples face aux pressions du capitalisme international ; annulation des accords internationaux signés par l’ancien régime dans les domaines militaires, sécuritaires et migratoires. Les révolutionnaires du monde entier ont également comme tâche essentielle d’établir tous les liens possibles avec les syndicats, milieux associatifs et organisations anticapitalistes de ces pays, pour aider à la consolidation des processus révolutionnaires en cours, et appuyer l’auto-organisation des peuples concernés. La révolution en cours dans la région arabe est notre combat !

D’ores et déjà nous soutenons les initiatives suivantes :

-  l’appel de l’Assemblée des mouvements sociaux réunie dans le cadre du Forum Social Mondial de Dakar, à une journée mondiale de mobilisation en solidarité avec les révolutions dans le monde arabe le 20 mars 2011 (date anniversaire de l’invasion de l’Irak en 2003) ;
-  la conférence des organisations révolutionnaires de la région arabe à Tunis appelée par la LGO du 25 au 27 mars ;
-  la Conférence anticapitaliste méditerranéenne appelée par le NPA qui se tiendra à Marseille les 7 et 8 mai prochains.


Tunisia, Egypt : a revolutionary process of world scope

Fourth International

The International Committee of the Fourth International at its annual meeting in late February

2011 unanimously adopted the following statement.

1. The extraordinary victory of the Egyptian people against Mubarak steps up the historical range of the Tunisian revolution that cut down the Ben Ali regime. In just a few days, the shock wave of these popular victories extended to the entire Arab region and beyond that, influencing the class struggle across the world. Demonstrations, strikes, assemblies, self-defence committees, mobilizations of trade unions, high-school pupils, democratic associations clashed with absolute determination against state apparatuses, most particularly the police. Millions of Tunisians and Egyptians came into activity to bring down the dictators, and continue to mobilize to keep control of their revolutions.

2. This is a process of permanent revolution, which combines social, democratic, national sovereignty dimensions, and is spreading internationally. The effects of the world economic crisis, combined with savage oppression and the shameless corruption of the dictatorships, brought together the most disadvantaged popular layers, the organized working class and the middle classes, young people and old, women and men. The Tunisian and Egyptian masses could no longer accept economic systems that marginalized them. As in many neighbouring countries, integration with capitalist globalization led to economic growth that did not create employment but rather an unprecedented concentration of wealth, an unequal development of the country and a general degradation of living and working conditions. One of the main reasons for these revolutions has been the explosion of food prices in the last few years. The rapid process of climate change has led to the current world food crisis, particularly in countries like Tunisia. The economic liberalization imposed by the IMF, WTO and the EU has led to increased casualization of workers, drastic cuts in public services and mass unemployment particularly hitting young graduates. With the additional closing of the borders of the European Union to the possibilities of emigration, and the contraction of the labour market in the Gulf States, any prospect of escaping poverty has disappeared. At the same time there was a drastic smothering of freedoms and democratic rights by police states which imposed generalized social control. The fact that the parliamentary representatives of the “opposition” parties were tolerated by the Tunisian and Egyptian dictatorships only as phantoms while civil associations were reduced to shells or prevented from functioning led to an impossibility of countervailing powers. This created a situation where, between the dictatorships and the populations, there was only the figure of an autocratic leader and a devoted and savage repressive apparatus. And the gangster-style functioning of the clans in power completed their delegitimization. Lastly, these two regimes were characterized by their collaboration with the Zionist Israeli state, which exasperated their populations, who identify with the sufferings of the Palestinian people, even more. Faced with all these injustices, strikes and social explosions had multiplied in recent years, allowing an accumulation of experience without however managing to break down the wall of fear for the majority of the populations. This wall was submerged in a few weeks, and in spite of the very many victims, the Tunisian people, then with their example in mind the Egyptian people, carried out an uninterrupted fight until the departure of the dictators Ben Ali and Mubarak. 3. With these victories, the people of the Arab area show their immense dignity, through their irruption onto the political scene of democracy and class struggle, no longer locked in the deathly alternative (or combination) of autocracies or Islamism in which they had been trapped for thirty years. The popular classes and, in first place, the working class of this region have won the means of asserting all democratic freedoms, women to assert their rights and equality with men. The workers have won the means of fighting back on a much higher level against the neoliberal programmes of overexploitation, and to profoundly destabilize the means by which both American and European imperialist maintain their hold on the region, articulated in the State of Israel. The Israeli regime, and all currents within it, made no mistake when it demanded Western support for the dictators up to the very end. The revolutions in the Arab region show the potential for social emancipation of all mass struggles against injustice. The active role of women in these mobilizations is an unmistakable sign. It makes it possible to combat the racist and Islamophobic campaigns on the so-called “clash of civilizations” that try to make us believe that the mobilization of Arabic-Muslim peoples paves the way to fundamentalism. This dynamic will have effects in the whole world. It has already immediately in Jordan, with Yemen, with Bahrain, in Syria, in Libya, in Algeria, with Morocco and in Mauritania, even if one cannot foretell the exact rhythm and in which order the regimes will fall, given that each struggle has its own specificities. Especially in Libya where the regime has attacked the population with military jets and helicopters and already killed more than 500 people there is a rapid escalation of the situation, which demands our full solidarity. These revolutions create new more favourable conditions for the struggle of the Palestinians, a struggle that the Fourth International encourages and supports. The Egyptian revolution puts concretely onto the agenda an end to that crime against humanity known as the blockade of Gaza. Faced with this, the response of the Zionist state could become harsher and more brutal. Mobilizations to stop this should be stepped up. The dynamic of these revolutions encourages also the fights against the dictatorships in Iran and as far as China, where the oppositions take as a starting point methods of coordination used in Tunisia and Egypt, like the use of social networks. It will inevitably encourage the mobilizations of migrant communities from the Arab region, who are overexploited and oppressed in the advanced capitalist countries. More than ever we have to stand shoulder to shoulder with these populations. But these processes could have still more global consequences in the same imperialist countries where the workers and the young people clash more and more massively with austerity plans, without finding the way of success : they show that a revolution from the bottom up is possible in the 21st century, that it can cut down an apparently impregnable political regime and win conquests that appeared inaccessible as recently as yesterday !

4. The gains of these processes are certainly fragile in both Tunisia and Egypt, but essential for what follows. Being based on recent popular experiences, and the longstanding implantation of the radical left in the trade unions, self-organization developed massively when it was necessary for demonstrators and the inhabitants of popular districts to protect themselves from police exactions and the regimes’ militias, in Tunisia de Sidi Bouzid to the popular quarters of the big cities and the Kasbah in Tunis ; in Egypt from Tahrir Square in Cairo to the popular districts of Suez, Mansourah or Alexandria. Unimaginable scenes a few days before, Muslims and Copts mutually protected their prayers ; blue-collar workers and young Net surfers, women and clerics, writers and taxi drivers stood side by side at the points attacked by the henchmen of Mubarak. The people succeeded in destabilizing the army while systematically trying to fraternize with the soldiers. The dictators fled, the leaderships of the parties in power were forced out under the pressure of the mobilizations, and the popular mobilizations continue. In Tunisia, the most corrupt leaders are being prosecuted, the funds and the goods of the RCD have been seized, and its buildings have become peoples’ houses. Most political prisoners have been released. Though they have not been dismantled, the police apparatuses of the two countries are disorganized. The ministry employees are starting to exert control on their leaders, like those in the Tunisian Ministry for Foreign Affairs who forced the resignation of their minister who had praised the French Foreign Minister Alliot-Marie. Many Tunisian governors, mayors and public officials have had to resign. The Tunisian masses are even demanding the departure of the newlyarrived French ambassador after his antagonistic statement ! Many temporary employees in the civil service have been given permanent posts ; the capital of the most corrupted enterprise leaders of Tunisia has been nationalized. In Egypt, these processes are also underway. Civil servants have obtained pay rises of 15% ; many workers’ strikes are developing in spite of the threats of the new regime.

5. Of course, the dominant classes did not remain inert and will be increasingly active faced with the revolutionary processes. In Tunisia, the “neutrality” of the army and the departure of Ben Ali were counterbalanced by the maintenance in power of his Prime Minister Ghannouchi and many leaders of the RCD, which was to be legitimated by the arrival in the government of several opposition parties and major trade union UGTT. The refusal of this and the popular mobilization imposed a second government where only the Prime Minister remains among the executives of the RCD. But the new regimes is advised by executives of French imperialism, and it is putting all its energy to convincing, alongside the Tunisian capitalists and the army, the workers to resume work “like before”. It would be a question of closing a parenthesis… while simply announcing general elections in 6 months. In Egypt, it is the army that is directly ensuring the “transition”, with the menacing Suleiman as Minister of the Interior, a proven torturer, friend of Israel and agent of the CIA of public notoriety. There too, the people are called upon to be reasonable, to allow the continuation of tourism and foreign investments, with the promise of elections in a few months… and threats of a resumption of repression. The Sarkozy and Berlusconi governments, which did not see what was coming and made matters worse in their support to the bitter end for Ben Ali, are at the forefront of the European Union in now requesting the revival of business and a return to police blockings of migrants. The Obama administration is much more flexible : not having foreseen controlled the movement in Egypt, it pretends to overlap with it. But its close links with the army command weighs as a permanent threat on the Egyptian revolutionary process, and will require keeping the Palestinian border in Gaza closed. Above all the international institutions will demand guarantees concerning the traffic in the Suez canal and respect of the fundamentals of modern capitalism : payment of the national debt, however iniquitous ; respect of total opening to foreign capital and products, continuing deregulation.

6. In this process, the whole system has to be eradicated in order to establish all democratic rights and freedoms : right to free speech, right to strike, right to demonstrate, pluralism of associations, trade unions and parties, liquidation of the presidential institution and introduction of a revolutionary provisional government. Today the opening of a process of free elections for a constituent assembly is necessary. In order for this not to be halted by a new regime of the oligarchies, this process must be based on the organization of the popular committees, coordinations and councils that emerged in the population. In this process, the anticapitalists will defend the key demands of a programme breaking with imperialism and capitalist logic : satisfaction of the vital needs of the popular classes - bread, wages, jobs ; reorganization of the economy on the basis of fundamental social needs, free and adequate public services (schools, health), women’s rights, broadening social protection for unemployment, health and retirement, radical land reform, socialization of the banks and key sectors of the economy, cancellation of the debt, national and popular sovereignty. This programme of a government that would be at the service of the workers and the population is proposed in Tunisia by the League of the Workers’ Left (Ligue de la Gauche Ouvrière). This is a component of the 14th of January Front which brings together the left forces rejecting the Ghannouchi government and fighting for all democratic freedoms, a Constituent Assembly and the satisfaction of fundamental needs. This programme is also defended in Egypt by the regroupment of revolutionaries that is in process.

7. The Tunisian and Egyptian peoples, and all the people of the Arab region still need our solidarity in the fight for democratic freedoms. They need even more our mobilization to loosen the grip of imperialism : non payment of the foreign debts of the former regimes, restitution of the goods and financial assets of the dictators, protection of the national sovereignty of the people against the pressures of international capitalism ; cancelling of the international agreements signed by the former regime in the military, security and migration sectors. Revolutionaries throughout the world also have the essential task of making all possible links with the trade unions, people’s organizations and associations and anticapitalist organizations of these countries, to help with the consolidation of the revolutionary processes in progress, and to support the self-organization of the people concerned. The revolution underway in the Arab region is our combat ! We already support the following initiatives :

the appeal of the Assembly of Social Movement meeting at the World Social Forum in Dakar for a worldwide of solidarity with the revolution in the Arab region on the 20th March of (anniversary of the invasion of Iraq in 2003) ;

the conference of revolutionary organizations in the Arab region in Tunis called by the LGO from 25th to 27th March ;

the Mediterranean anti-capitalist conference called by the NPA which will take place in Marseilles on the 7th and 8th of May.

 
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