samedi, 23 février 2019
 

Chroniques de la révolution égyptienne...

Des militants du NPA en direct du Caire...

Denis et Cédric, militants du NPA, sont en ce moment en Egypte...Ils nous livrent leurs impressions...

Le Caire, vendredi 11 mars

Arrivée au Caire...

Nous sommes bien arrivés. Nous avons pris un hôtel et nous sommes allés boire un verre hier soir. Il y avait un monde fou dans les rues, des boutiques ouvertestrès tard, peut-être parce parce que c’est la veille du jour férié ? Nous sommes rentrés à deux heures, couvre-feu depuis minuit mais personne ne nous a rien dit.

Il faut qu’on trouve une puce égyptienne pour contacter les camarades sur place. On reprend un hôtel pour ce soir et on verra ensuite si les camarades peuvent nous héberger.

Nous n’allons pas tarder à rejoindre la place Tahrir pour la manifestation, centrée sur l’unité entre musulmans et chrétiens suite aux récents évènements.

Plus d’infos plus tard.

Le Caire, dimanche 13 mars

Deux jours ici et déjà quelques impressions :

Il semble que nous sommes dans une nouvelle phase du processus, celui de la reprise réelle en main par l’armée. En deux jours seulement nous avons vu le durcissement du couvre-feu. Alors que la nuit précédente le couvre-feu était (relativement) cool, la nuit dernière nous avons eu plus de problèmes pour passer les barrages.

Dans toutes les discussions avec des camarades égyptiens, ils/elles expliquent comment ce qui domine en ce moment restent des illusions dans l’armée (malgré la répression à Tahrir mercredi avec au moins 150 blessés et des cas de torture). Celle-ci s’appuie notamment sur une volonté de retour à l’ordre d’une partie de la population.

Bien sûr cela entraîne de fortes différenciations dans les forces politiques qui fait que l’évolution n’est pas très claire. Comme le dit un camarade du Renouveau Socialiste cela fait que la question du rôle de la classe ouvrière n’est pas posée de manière idéologique, mais très pratique, comme seul agent pour pousser le processus en avant.

Vendredi la manifestation à Tharir était petite comparativement aux grandes manifestations. Mais c’était quand même impressionnant. Par contre il semble que le public ait changé : le noyau principal des activistes a migré vers la construction de comités dans les quartiers (comme nous l’a dit un camarade des Socialistes Révolutionnaires : amener Tahrir dans les quartiers). Du coup on a assisté à cette scène hallucinante d’un responsable de l’armée acclamé à la tribune. Cela a provoqué uniquement quelques réactions derrière la tribune.

Le soir quand nous sommes retournés à la place Tahrir (qui est bloquée par l’armée maintenant la nuit), il y avait juste des groupes d’irréductibles mais semble-t-il mélangés avec des gens sans doute opposés, des jeunes qui viennent là simplement parce que c’est le bordel et des policiers ou des militaires en civil. Nous avons rapidement été ciblés et on a dû être évacués sans bien comprendre ce qui se passait. Nous sommes ensuite allés à un, très gros rassemblement des coptes.

Là encore plein de choses contradictoires : festival des opprimés avec toutes ses contradictions. Mais on sent l’esprit de la révolution. Il faut que je commence à consigner tout cela autrement que sur mon cahier. Mais ça soulève concrètement tellement de choses qu’on était habitué à lire seulement dans les livres ! Du coup, il faut qu’on fasse attention car on passe ensuite des heures (la nuit) à discuter entre nous.

La phase d’approche avance. Nous avons rencontré un camarade des Socialistes Révolutionnaires vendredi. L’entrevue était intéressante mais un peu étrange : comme si c’était un filtre vers des camarades plus centraux. Mais on se trompe peut-être. On rencontre une camarade dirigeante ce soir.

Par contre le contact a été tout de suite plus chaleureux avec les camarades du Renouveau Socialiste. Rendez-vous avec une camarade hier après-midi puis invitation à leur local. Là nous avons assisté à leur réunion avec une trentaine de camarades (qui a duré 4 heures mais qui fut passionnante malgré la barrière de langue). Ensuite nous sommes allés discuter avec sans doute leur principal dirigeant. Cédric et une autre camarade ont été littéralement séduit par lui et c’est vrai qu’il raisonne comme on l’aime : définir une stratégie et ensuite beaucoup d’humilité et de souplesse pour l’appliquer. Mais quand on écoute ces camarades on a l’impression que les divergences entre les deux groupes sont un peu ridicules. Mais ce n’est qu’une impression superficielle pour l’instant et la fracture est profonde.

En termes de résultat concret, il y a un premier élément très positif : le camarade dirigeant du renouveau socialiste est très favorable à envoyer quelqu’un à la conférence de Marseille. Il veut aussi réfléchir à la possibilité d’inviter des personnes qui représenteraient quelque chose d’important ici d’un point de vue anticapitaliste.

Nous devons rencontrer des camarades directement impliqués dans la question des comités populaires, question passionnante et une camarade impliquée dans la solidarité avec la Palestine. Il semble par contre qu’en ce qui concerne Mahalla, cela passera plutôt par les camarades des Socialistes Révolutionnaires.

Bon il y a aussi toute une discussion de même passionnante autour de la question des luttes ouvrières et de leurs formes d’organisation. Dernière chose, le rôle des étudiants, dont je me suis étonné qu’on n’en parle pas. En fait les universités étaient fermées depuis le début, elles sont juste en train de réouvrir et cela pourrait aussi déclencher de nouvelles choses. Au Caire la fac redémarre aujourd’hui et des choses commencent à être prévues.

Pour compléter, aujourd’hui on devait rencontrer les camarades des Socialistes Révolutionnaires. Comme on a vu sur Twitter qu’il y avait une petite manifestation devant le parlement, on y est passé avant. C’était petit mais dynamique, beaucoup de femmes, certaines en niqab lançant des slogans que tout le monde reprend, impressionnant. On sent qu’une culture de la mobilisation s’est développée chez les gens. Hier on avait croisé un meeting improvisé rassemblant quelques dizaines de personnesà un coin de rue, et selon les camarades ça se développe maintenant un peu partout.

Après le Renouveau Socialiste (RS) hier, on a donc rencontrer des camarades des Socialistes révolutionnaires (SR). Sur le fond, leurs analyses sont vraiment très proches. Le processus révolutionnaire est très profond, et avait d’emblée une forte dimension sociale. La première phase du mouvement a créée une différenciation avec les réformistes qui veulent le limiter aux changements dans la structure politique. Pour les camarades, il s’agit maintenant de préparer la prochainephase, celle de la révolution sociale, et de créer dès maintenantles outils qui permettront de pousser en avant la prochaine explosion : 1) les syndicats et les formes d’organisation de travailleurs indépendants 2) les comités populaires (plusieurs centaines dans tout le pays), surtout ceux des quartierspopulaires et 3) construire de nouvelles structures politiques : le RS focalise sur l’Alliance populaire, un regroupementavec des forces de gauche(pas forcément radicales).

Les SR essayent de créer un partide travailleurs, centré sur le regroupement de syndicalistes. Ils ont déjà 300 signatures et pensent possible d’en avoir 1000 d’iciun mois pour le lancer.Même s’ils ne croient pas vraiment dans la possibilité de faire émerger quelque chose à partir de l’Alliance populaire (en substance, parce que les gens delavieille gauche qui sont dedans ont des rythmes très lents, alors que la révolution n’attend pas), les SR restent ouverts sur la possibilité de réintégrer le processus de nouveau parti de travailleurs dedans si les chosesen venaient à évoluer dans le bon sens.

Quoiqu’il en soit, la révolution pousse les deux groupes à se coordonner et à travailler de plus en plus ensemble.

Sinon on sent jour après jour la reprise en main du pouvoir au niveau sécuritaire. Chaque jour un peu plus de flics dans les rues, plus de checkpoints le soir dans les quartiers centraux. Dans le bar dans lequel on allait tous les soirs, des militaires ont débarqué en gueulant sur les gens parce qu’on ne respectait pas le couvre-feu. C’était beau de voir la spontanéité avec laquelle un vieux monsieur s’est levé pour les insulter. Très tendu quand même...

Demain matin on va essayer d’aller voir s’il se passe des trucs sur la fac...

Le Caire, lundi 14 mars

Trois jours...

Situation à nos yeux de plus en plus paradoxale mais qui reflète ce stade du processus : dans le centre du Caire la reprise en main de l’armée est de plus en plus évidente. Cela se traduit par un couvre-feu toujours plus agressif. Hier soir alors que nous parlions avec un vendeur de journaux, deux membres de la police militaire sont venus nous interrompre et nous menacer à mots couverts.

Mais de l’autre côté le processus a développé la confiance. Quelques heures auparavant, nous nous sommes retrouvés devant le parlement avec quelques centaines de gens qui manifestaient pour la libération des prisonniers. C’étaient principalement des femmes. Même manière de lancer des slogans, confiance pour occuper la rue... Voir aussi ce que Cédric décrit de la réaction d’un vieux monsieur lors de l’intervention de l’armée dans le bar. Selon un camarade des Socialistes Révolutionnaires, il y a une explosion de grèves jamais vue dans l’histoire de l’Egypte. Même les travailleurs du zoo et les clowns se sont mis en grève ! On va essayer d’aller voir aujourd’hui ce qui se passe sur la fac.

Bien sûr le plus important pour nous a été la rencontre avec des camarades des Socialistes Révolutionnaires hier soir. Nous ferons des compte-rendus plus complets en revenant mais :

- il semble qu’ils accepteront de participer à la conférence anticapitaliste méditerranéenne (ils concertent leurs camarades dans les jours qui viennent)

- ils semblent beaucoup plus implantés dans les lieux de travail et donc au fait de la situation dans la classe ouvrière. Ils vont nous organiser une réunion au Caire, sans doute jeudi, avec des syndicalistes de Mahalla et de l’industrie du cuir. Ces derniers font partie de plusieurs secteurs où des centaines de travailleurs les ont contacté pour lancer leurs propres syndicats. Ils nous ont dissuadé d’aller à Mahalla. Il y a une double campagne : contre les grèves qui entravent la "révolution" (c’est sur ce point que se fait la plus grande différenciation car l’essentiel des forces impliquées défend ce point de vue à part les deux groupes révolutionnaires et les travailleurs en lutte) et contre les "influences étrangères" (qui rendrait problématique notre présence pour les activistes avec qui nous entrerions en contact).

- paradoxalement le camarade des Socialistes Révolutionnaires semblait beaucoup plus confiant sur les possibilités de rapprochement avec les camarades du Renouveau Socialiste que ce qu’en disait un de leur camarade dirigeant (RS) la veille et du coup que ce dernier lui-même. Il dit que le passé est le passé et que la révolution est passée par là et est en train de rapprocher les deux groupes.

La suite au prochain épisode...

Juste quelques précisions sur le parti des travailleurs qu’ils veulent lancer :

1- il ne s’agit pas d’un parti qui remplacerait l’organisation des révolutionnaires (le camarade pense, de manière assez proche du camarade du Renouveau Socialiste que sur beaucoup de choses ils sont en train d’apprendre... qu’on ne peut pas savoir à l’avance tellement les choses sont ouvertes mais un autre camarade des Socialistes Révolutionnaires a précisé que pour l’instant, tous leurs camarades ne seraient pas impliqués dans ce parti)

- il s’agit de regrouper les travailleurs les plus "avancés" sur la base d’un programme minimum

- il s’agit d’une sorte de programme de transition, programme minimum comme ils disent avec des revendications d’ordre économique (salaire minimum et salaire maximum, éducation, santé...) et d’ordre politique (droits d’organisation et d’expression, droit des femmes et des coptes, rupture de tous liens avec Israël...)

- ce programme minimum est discuté avec les travailleurs qui rejoignent le projet : le camarade donnait comme exemple de la radicalisation des travailleurs le fait que des travailleurs qui rejoignent en ce moment le processus de fondation ont commencé à discuter le fait de faire une différence entre la revendication d’un salaire minimum et d’un salaire maximum (max de 10 fois le minimum) en disant que tout le monde devait être payé au même salaire.

Le Caire, mardi 15 mars

Quatre jours...

Hier nous sommes allés sur la fac réouverte depuis deux jours au Caire. Pour y entrer on a dû utiliser des astuces parce que les entrées sont contrôlées et ils ne veulent pas d’étrangers à l’intérieur. Pareil pour introduire les discussions avec les étudiants et étudiantes.

On est vraiment dans des choses assez paradoxales qui permettent de réaliser à quel point une révolution réelle est un processus hétérogène et non mécanique. D’un côté des étudiantes qui revendiquent les aspirations de la révolution, qui ont participé à sa première phase mais qui disent que maintenant il faut relever le pays et qu’elles aiment l’armée. Les mêmes, qui disent aussi que désormais le changement passe par un changement des comportements individuels, disent également que la priorité de la révolution est d’améliorer les revenus des plus pauvres.

(Par ailleurs la première étudiante qui nous disait cela, sachant que nous sommes français, a fait une critique assez féroce du racisme en France de sorte qu’il devenait assez difficile pour nous d’entrer dans une polémique critique par exemple du rôle de l’armée égyptienne). Et puis un peu plus loin sur le campus des étudiants occupent une partie de la fac pour demander la démission du directeur du département. Là le discours est beaucoup plus radical. En même temps dans ces cas de mobilisation la situation se tend toujours assez rapidement autour de nous même si on nous dit "welcome". Alors que des étudiantes nous expliquent pourquoi elles se battent, une autre commence une polémique sur le fait de nous parler parce que les problèmes doivent se régler entre Egyptien-ne-s. La tension monte alors autour de nous : même des étudiants qui animent la lutte nous demandent nos cartes. Avant que ça ne devienne plus problématique on s’en va : on n’est pas là pour créer un problème dans leur lutte.

Ici les questions qui tournent autour du foulard sont totalement déconnectées de la réalité. Une majorité de femmes portent le voile (sous des formes par ailleurs complètement diverses) mais sont totalement mélangées à celles qui ne le portent pas. Et il n’y a pas de lien entre radicalité du discours et le fait de porter ou ne pas porter le foulard. Idem dans les manifestations.

On a rencontré plus tard un Palestinien qui vit ici depuis longtemps dont on pourrait dire qu’il fait partie de tous ces indépendants de la gauche radicale. Autre perception. Témoignage assez hallucinant sur le premier jour de la révolution. Pour lui les six prochains mois sont déterminants et pendant cette période "tout est possible". C’est dans le sens de pousser toutes ces possibilités qu’il faut aller. Selon lui le Caire est devenu le centre de la révolution internationale.

En général les activistes radicaux, quelle que soit leur sensibilité, sont très positifs sur les possibilités de la situation. Il nous semble parfois, avec notre point de vue, qu’ils et elles sous-estiment la question de l’armée mais ça demande un développement plus long. Dans tous les cas la question de l’articulation entre intervention politique et une énorme confiance dans l’initiative "par en bas" est systématiquement posée.

Nous ne manquons désormais pas de contacts... mais craignons désormais de manquer de temps. Nous essayons aussi de rencontrer des gens sans médiation "partisane". Cet après-midi nous allons ainsi dans le quartier des travailleurs du cuir. Ils sont 15 000 au Caire disséminés dans des petites entreprises apparemment mais des centaines d’entre eux ont contacté les camarades pour s’organiser dans un syndicat indépendant.

Dans les jours qui viennent, des rencontres sont prévues avec des militants des comités populaires ainsi qu’avec des syndicalistes de Mahalla et justement de ces travailleurs du cuir.

Si les premiers jours nous avons été marqués par la présence de l’armée, notre voyage un peu plus en profondeur, sans évacuer ce premier aspect, nous a plus remis dans la richesse et la force du processus révolutionnaire.

Cédric est un peu frustré parce que dans les conditions actuelles sortir la caméra est difficile et il a l’impression de rater des images fantastiques. Mais je prend des tonnes de notes et on essaie de planifier des entretiens non "publics" où il pourra filmer.

Le Caire, mercredi 16 mars

Cinq jours...

Hier fut une journée riche.

Nous avions décidé d’aller, sans contact préalable, au quartier des tanneurs de cuir du Caire. En fait ce fut un véritable voyage. D’abord une assez longue marche qui nous a fait sortir du centre du Caire pour aller vers des quartiers beaucoup plus populaires. On s’est arrêtés dans un café magnifique. Là, le patron du café nous a demandé cash ce qu’on pensait de la révolution en Egypte. On lui a dit qu’on voulait surtout savoir ce que lui en pensait. Lui disait qu’il aimait la révolution et l’Egypte mais que plus que la révolution, il aimait l’Egypte. Des femmes nous ont dit la même chose qu’on avait entendu d’étudiantes à la fac sur le référendum de samedi : qu’il faudrait changer toute la constitution mais qu’en attendant il fallait déjà faire des amendements. En partant le patron a essayé de faire dire à l’une d’entre nous "Vive l’Egypte" et elle répondait "Vive la révolution". Lui répondait "Vive l’Egypte" alors elle a dit "Vive l’Egypte révolutionnaire". OK.

Sur le chemin on nous a indiqué que le début de la rue que l’on cherchait se trouvait entre une mosquée et un commissariat de police. En fait de commissariat de police il ne reste qu’une carcasse de bâtiment calciné ! Image illustrant bien la situation actuelle en Egypte : devant le bâtiment qui a brûlé se tiennent des flics qui font la garde !

Nous avons ensuite traversé un quartier que Cédric a décrit comme celui du développement inégal et combiné : au milieu des voitures et des motos, circulent des carrioles tirées par des chevaux. Des troupeaux de moutons, attendant sans doute l’abattage, sont dans la rue.

Anecdote encore surprenante. Alors que l’une d’entre nous demande son chemin à une femme, deux jeunes filles voilées lui demandent le prénom de Cédric et rigolent.

Et là c’est le choc. Derrière un très vieux mur d’enceinte le quartier des tanneurs est en fait un autre monde (ce n’est pas un quartier dans le sens où ils n’habitent pas là) avec ses dédales de rue en terre, une odeur prégnante de mouton. Pas de voitures mais des chevaux qui tirent des charrettes. Des milliers de travailleurs, uniquement des hommes, dans une multitude d’ateliers et d’entreprises de taille différentes. Dans un tout petit endroit très sombre où certains nous invitent à prendre le café, l’un d’entre eux nous propose d’organiser une visite. Il s’agit en fait du patron d’un atelier de 12 travailleurs pour certains très très jeunes. Conditions hallucinantes que vous verrez sur une vidéo de Cédric. Un jeune qui lance des peaux dans d’énormes sortes de lessiveuses nous dit à la volée (alors que son patron est à côté de nous) "A quoi ça sert de faire ça pour 1 guinée". Quand on lui parle de grève, il sourit. Mais il refuse de se laisser filmer par Cédric.

En fait, hélas, on doit partir trop vite parce qu’on a un rendez-vous. On se dit qu’on reviendra avant notre départ. Mais voir ces conditions qu’on n’aurait jamais imaginé sera utile aussi si on rencontre comme prévu demain un représentant de ces travailleurs qui cherche à lancer un syndicat indépendant.

Notre rendez-vous est avec Hossam, sans doute le blogueur le plus connu de la révolution égyptienne qui est aussi membre des Socialistes Révolutionnaires. Cédric nage en plein bonheur. Il a pu faire des images tout l’après-midi et maintenant il va pouvoir filmer un entretien.

Hossam un véritable pro des interview. Du coup on a une description très précise et vivante du processus et de la situation actuelle. Il est sans doute celui qui exprime le plus clairement depuis notre arrivée la centralité de la classe ouvrière organisée. Débat sur ce qui semble, de sa part, une sous-estimation du rôle des comités populaires. Mais pour lui la question est assez claire. La révolution n’a qu’un mois et il nous cite les révolutions du passé qui ont duré plusieurs années. Nous sommes dans la phase 2 de la révolution, celle de la polarisation. Dans ces conditions et vu les forces réduites des révolutionnaires, il faut organiser les dirigeants de la multitude de grèves dans le pays en une force qui permette, dans une troisième phase de passer à l’offensive. Sa détestation de la police et de l’armée est un régal. Il nous parle aussi des Frères Musulmans, de sa certitude que cette forme hétérogène subira des différenciations et des scissions dans le processus.

Désormais notre agenda devient extrêmement chargé. Aujourd’hui nous rencontrons un militant de la galaxie de la gauche radicale des années 70. Au téléphone il nous a dit qu’il nous ferait aussi rencontrer la figure centrale de la fédération des syndicats indépendants. Nous avons ensuite rendez-vous avec un des camarades du courant du Renouveau Socialiste en charge de leur intervention dans les comités populaires. Puis avec une autre camarade, apparemment proche de ce courant, impliquée dans les campagnes de solidarité avec la Palestine. Et enfin avec quelqu’un qui fait partie de cette génération de jeunes intellectuels égyptiens, radicalisés par le mouvement et qui cherchent actuellement la suite.

Bref, là on commence à être vraiment dedans...

Source : http://revolutionarabe.over-blog.com/

 
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