mardi, 21 novembre 2017
 

Égypte : le syndicalisme indépendant face au pouvoir

La Fédération égyptienne des syndicats indépendants explique son rejet de la Déclaration institutionnelle émise par le président de la république, Mohammed Morsi, le 21 novembre.

[ …] Aucun des projets successifs produits par la Constituante ne prévoit de droits pour les ouvriers, les paysans, les pêcheurs ou les précaires. Les seuls articles mentionnant les travailleurs ou la justice sociale ne sont contraignants ni pour l’Etat ni pour les employeurs, alors même que les textes protègent les intérêts des propriétaires d’usines et d’entreprises et qu’actuellement, nous voyons des patrons s’abstenir de payer leurs salariés, les licencier ou fermer l’entreprise en mettant tous ses salariés au chômage une fois qu’ils ont profité de tous les avantages et exonérations fiscales et qu’il ont, de surcroit, obtenu des prêts bancaires qu’ils ne remboursent jamais.

L’actuel projet de Constitution ne donne pas au gouvernement la possibilité de prendre des mesures permettant de redémarrer les activités d’entreprises fermées, de réembaucher leurs salariés ou de leur redonner des droits [ …] il n’y aura pas dans ces Assemblées d’élus pour défendre les droits de tous ceux qui travaillent en Égypte, comme celui d’avoir une loi du travail qui ne soit pas injuste [ …] ou le droit d’avoir des lois établissant vraiment un salaire minimum et un salaire maximum, une sécurité sociale et un système d’assurance maladie universelle et des droits pour tous ceux qui travaillent âprement en en étant privés.

[Le président …] a affirmé qu’il allait utiliser la loi contre ceux qui bloquent la production ou les routes, ce qui signifie que s’il promulgue une loi interdisant les grèves, rassemblements, sit-in, occupation des locaux, nous ne pourrions plus défendre nos droits bafoués. Serionsnous condamnés à être licenciés, privés de salaires, à voir nos camarades tomber malades et mourir parce que leur employeur n’assure pas leur sécurité et leur santé au travail, à voir des employeurs encaisser nos cotisations et refuser de payer les leur sans pouvoir réagir ? La première loi promulguée par le Président après ce discours a été la loi n° 97 de l’année 2012 modifiant la loi n° 35 de l’année 1976 relative aux organisations syndicales. Nous craignons que cette modification ait pour effet de remplacer les dirigeants des Syndicats nationaux ayant atteint l’âge de la retraite depuis longtemps (et qui ont continué à occuper le sommet de la hiérarchie de la Confédération nationale officielle grâce aux gouvernements successifs de Hosni Moubarak) par des cadres des Frères Musulmans soumis au nouveau régime.

Nous n’avons présenté ici qu’un bref aperçu de ce que nous subissons (jugements, emprisonnements, licenciements, sanctions disciplinaires, mutations arbitraires…) parce que nous utilisons notre droit de grève ou celui de créer des syndicats. Comment dans ces conditions et après avoir attendu une loi sur les libertés syndicales, bloquée par le gouvernement pendant deux ans, accepter qu’au lieu de l’émettre, il s’empresse d’élaborer une loi censée protéger la Révolution qui criminalise la grève et les sitin  ? […] ces décisions sont directement dirigées contre nous et contre nos intérêts, nous devons nous dresser contre les parties de la Déclaration constitutionnelle immunisant les décisions présidentielles, la Constituante et le Sénat. Nous appelons l’ensemble des travailleurs intègres, qu’ils soient membres de syndicats indépendants ou de syndicats appartenant à la confédération officielle tout en étant des syndicats intègres et de lutte, à occuper les places publiques avec nos concitoyens en levant nos pancartes portant les revendications suivantes :
- La modification de la Déclaration constitutionnelle comme indiqué précédemment.
- Recomposer la Constituante afin d’y inclure au moins 50% d’ouvriers et de paysans.
- Garantir les libertés syndicales dans la Constitution et la loi.
- Élaborer un nouveau Code du travail garantissant les droits des travailleurs.
- La promulgation en urgence d’une loi établissant un salaire minimum et un salaire maximum et les indexer sur les prix.
- La réintégration des salariés licenciés.
- La démission du gouvernement Qandil

Source : www.solidaires.org

 
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