vendredi, 15 décembre 2017
 

Les autorités égyptiennes doivent autoriser les manifestations pacifiques et respecter le droit de grève

Les autorités égyptiennes doivent abolir une loi récente qui érige en infractions les manifestations pacifiques et les grèves, a déclaré Amnesty International à la veille des rassemblements prévus le 1er mai à l’occasion de la Journée internationale du travail sur la place Tahrir au Caire.

L’organisation a demandé que les droits des travailleurs soient protégés, alors que les manifestants s’apprêtent à se rassembler pour réclamer la levée des restrictions imposées à la création des syndicats, la mise en place d’un système garantissant un salaire minimum suffisant et la réintégration de travailleurs licenciés en raison de leurs activités syndicales.

« Les autorités ne doivent pas laisser passer cette phase historique de réforme en Égypte et doivent s’engager à protéger les doits des travailleurs dans le pays, a indiqué Amnesty International.

« Si les revendications légitimes des manifestants ne sont pas nouvelles, les autorités égyptiennes ont aujourd’hui l’occasion de s’acquitter de leurs obligations et d’agir positivement sur ces questions.

« Une première mesure consisterait à abroger la loi qui prohibe les grèves et à permettre aux syndicats indépendants de mener librement leurs activités. »

Le rassemblement du dimanche 1er mai est à l’initiative de syndicats, de partis politiques, de groupes de défense des droits des femmes, d’organisations de défense des droits humains et des « comités populaires de défense de la révolution ».

Le soulèvement qui a éclaté le 25 janvier en Égypte et a conduit au départ de l’ancien président Hosni Moubarak a notamment été déclenché par les appels en faveur de la fin de la pauvreté et les revendications portant sur la justice sociale et la dignité.

Au cours de l’année 2010, des travailleurs égyptiens des secteurs public et privé ont fait des milliers de manifestations, de grèves et de sit-in pour protester contre l’augmentation du coût de la vie et réclamer une amélioration de leurs salaires et de leurs conditions de travail.

Cependant, une nouvelle loi entrée en vigueur le 12 avril 2011 érige en infractions les manifestations et les grèves, faisant courir le risque aux manifestants d’écoper de lourdes amendes et de peines d’emprisonnement.

En effet, la Loi n° 34 de 2011 prévoit une peine de prison et une amende pouvant se monter à 50 000 livres égyptiennes (environ 5 700 euros) pour toute personne qui prend part ou encourage d’autres personnes à prendre part à un sit-in ou à toute autre activité qui empêche, retarde ou trouble le travail des institutions et des autorités publiques.

Si les manifestations se traduisent par des violences, des destructions de biens publics et privés, des « destructions de moyens de production » ou représentent une menace pour « l’unité nationale et la sécurité et l’ordre publics », l’amende peut alors s’élever jusqu’à 500 000 livres égyptiennes (environ 56 000 euro), assortie d’une peine d’emprisonnement d’au moins un an.

Amnesty International a fait valoir que des dispositions formulées en termes aussi vagues bafouaient le droit international. Le droit de grève est garanti par l’article 8 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC), auquel l’Égypte est partie.

Selon l’organisation, les autorités égyptiennes sont également tenues de respecter le droit de se réunir pacifiquement, garanti par l’article 21 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP).

« L’adoption de cette loi, lors même que les Égyptiens cherchent à concrétiser leurs revendications en termes de droits humains et de dignité et à préserver les avancées obtenues depuis le début du soulèvement, constitue un revers majeur, a conclu Amnesty International.

« Ce texte de loi va à l’encontre des doléances de nombreux Égyptiens et des obligations internationales de l’Égypte en matière de droits humains. Il doit être abrogé sans délai. »

Dans son document intitulé Égypte. Programme pour le changement en matière de droits humains, Amnesty International demande que les droits des travailleurs soient respectés.

 
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