dimanche, 24 mars 2019
 

Le combat citoyen fait reculer le pouvoir marocain

Depuis mai 2008, la population de la ville côtière de Sidi Ifni affronte la répression brutale et la volonté d’intimidation du gouvernement marocain. Territoire espagnol jusqu’en 1969, 13 ans après l’indépendance, Sidi Ifni souffre de multiples maux chroniques : chômage, infrastructures à l’abandon, marginalisation. La révolte des jeunes et des chômeurs a entraîné, le 7 juin, l’intervention sauvage de la police et de l’armée : humiliations, tabassages, arrestations arbitraires. Le mouvement est malgré tout resté offensif, réclamant la libération des manifestants retenus prisonniers, la satisfaction des revendications économiques et sociales et l’arrestation des auteurs d’exactions policières. Après 9 mois de détention, dans des conditions d’hygiène, de sécurité et d’accès aux soins dégradantes et dangereuses, le procès des 22 militants et responsables associatifs incarcérés, déjà reporté à 2 reprises sous divers prétextes, s’est finalement tenu le 9 avril 2009, en présence d’un comité de soutien international et avec la solidarité de la population de Sidi Ifni. Cette journée du 9 avril a en effet été marquée par une grève générale, tandis que de nombreux participants se rassemblaient devant le tribunal d’ Agadir à l’appel d’ Attac Maroc. Après une audience marathon de 17 heures, malgré les accusations fallacieuses, l’« inexactitude » des PV de police, le non respect des principes de la détention, l’état de perquisitions illégales et l’absence de preuves, le verdict est tombé le 10 avril à 3 heures du matin : les peines prononcées s’échelonnent de 1 an avec sursis à 1 an et demi de prison ferme ; 5 des accusés restent encore quelques mois en prison, 10 étaient déjà en liberté provisoire, les autres sont soit remis en liberté soit acquittés pour avoir purgé leur peine. L’incohérence de ce jugement est consternante, au regard des chefs d’accusation : tentative d’assassinat, constitution et direction d’une bande criminelle, rassemblement armé, port ostensible d’armes en manifestation, destruction d’établissements industriels et portuaires. Et sa toute stratégique clémence semble trancher avec les pratiques habituellement en vigueur dans les instances judiciaires marocaines lors de procès politiques. Un tel résultat n’est dû qu’à l’exceptionnelle mobilisation locale et internationale qu’a été contraint de prendre en compte le pouvoir marocain. Mais cela ne doit pas faire oublier le caractère inacceptable et scandaleux de ce procès qui n’avait pas lieu d’être, et dont l’issue n’aurait dû être que la relaxe pure et simple des 22 détenus, coupables d’avoir réclamé la justice sociale et le droit à la dignité, en application de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, qui autorise tout citoyen à s’exprimer et à manifester librement. La conclusion de ce douloureux dossier ne saurait être effective qu’avec l’élaboration et la mise en oeuvre d’un plan de développement régional, en coordination avec les acteurs du mouvement citoyen qui a porté ces revendications.

Gisèle F.

 
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