samedi, 17 novembre 2018
 

Mauritanie : DECLARATION SUR LE CINQUANTENAIRE DE L’INDEPENDANCE

Communiqué de l’UFP

Il y a 50 ans, le 28 novembre 1960, après plusieurs décennies de domination coloniale et de résistance multiforme, notre pays accédait à la souveraineté internationale, à l’instar de la plupart des pays d’Asie et d’Afrique.

En attendant d’élaborer un bilan exhaustif de cette période cruciale de notre histoire, et tout en souhaitant paix et sécurité à notre peuple, il convient de rappeler les traits saillants qui ont marqué cette étape.

Dès sa naissance, le pays a été confronté à des défis colossaux : réalisation effective de notre indépendance nationale, concrétisation de l’unité entre nos communautés nationales, libération des forces sociales des entraves féodalo-esclavagistes, démocratisation de la vie politique et institutionnelle , édification d’un système économique viable garantissant une amélioration durable des conditions d’existence des populations les plus nombreuses, dans les villes comme dans les campagnes.

Malgré des progrès incontestables réalisés notamment au cours des premières décennies sous la régime du Premier Président de la République Moktar Ould Daddah en matière d’édification des fondements d’une nation moderne , sous l’impulsion des forces vives du pays, ces grands défis demeurent toujours posés et même tendent à s’aiguiser au fil des ans, de l’instauration des régimes militaires d’exception jusqu’à nos jours.

En effet, depuis 1978, suite à la guerre injuste du Sahara Occidental, la direction politique du pays a été placée entre les mains d’une armée graduellement détournée de sa mission et réorientée dans ses activités éminentes, au gré de Coups d’Etat de plus en plus régressifs et de plus en plus dangereux pour la paix et la stabilité du pays ainsi que son unité nationale et sa souveraineté.

Un immense gâchis a été installé dans tous les secteurs stratégiques de la vie économique et sociale. Les valeurs fondamentales d’un Etat de droit, démocratique, social et unitaire ont été foulées au pied, fragilisant durablement et dangereusement le socle même de notre existence en tant que nation unie et souveraine.

Le constat est accablant. Les immenses richesses que recèlent le sol et le sous sol de notre pays font l’objet d’un pillage éhonté de la part de groupes restreints parasitaires au lieu de servir à sortir notre peuple de la misère et de l’arriération et de le placer dans la trajectoire d’une véritable modernisation. Le système d’éducation, seul gage de l’avenir du pays, à l’instar de la Santé, a sombré depuis longtemps dans la décrépitude et l’abandon total, alimentant en permanence le désarroi et la rancœur d’une jeunesse déboussolée et offerte à toutes les aventures. Sur le plan social, les fractions les plus larges et les plus fragiles des populations (particulièrement les Hratines) continuent de souffrir de l’oppression avec la complicité évidente de certains secteurs de la bureaucratie malgré les engagements légaux, nationaux et internationaux de l’Etat. Depuis la fin des années 80-début des années 90, dans un contexte national et régional troublé, une politique sans précédent de marginalisation et de répression s’est abattue sur les populations négro-africaines, revêtant la forme extrême de déportations, viols et meurtres le long de la Vallée et dans certaines régions, culminant avec les crimes sans nom du 28 novembre 1991 (pendaison de 28 soldats !).Sur le plan politique, les espoirs suscités par la première véritable élection libre, transparente et démocratique de 2007 du Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, après des années de dictature militaire pure et simple puis de démocratisation de façade, ont été balayés par le Coup d’Etat du 6 Aout 2008.

Aujourd’hui, le pays est dans une situation politique, économique et sociale telle que le régime en place a dû renoncer aux nombreuses festivités « populaires » qu’il entendait organiser à l’occasion de ce cinquantenaire de notre indépendance nationale, en réduisant la commémoration au strict nécessaire d’une naïve autocélébration dans une presse « publique » à nouveau entièrement domestiquée et vouée au culte de la personnalité. A la hausse vertigineuse des prix des denrées qui affectent les ménages les plus pauvres s’ajoutent le gaspillage des ressources, l’improvisation dans la gestion des deniers publics, l’hyper centralisme présidentiel des décisions administratives et budgétaires de toute l’administration d’Etat, l’absence de véritables politiques publiques, la généralisation du favoritisme clanique, le détournement des marchés publics etc. dans un contexte de crise sécuritaire sans précédent provoquées par l’activisme de groupes terroristes et les expéditions militaires ambigües menées en territoire étranger .

Face à une telle situation d’impasse, l’UFP, fidèle à sa tradition de se tenir aux côtés du peuple et des forces démocratiques notamment au sein de la Coordination de l’Opposition démocratique, réitère à l’occasion de ce Cinquantenaire de notre Indépendance nationale, sa détermination à poursuivre ses efforts pour que soit mis en œuvre un authentique et sincère Dialogue national sur la base des Accords de Dakar , seul en mesure de permettre l’instauration d’une réelle démocratie pluraliste apaisée.

Vive le cinquantième anniversaire de l’indépendance nationale ! Vive le dialogue national !

Nouakchott, 28 novembre 2010

 
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