jeudi, 23 novembre 2017
 

Mauritanie : Intervention du député Bedredine (UFP) sur le discours du Premier ministre

Monsieur le Premier Ministre

Après vous avoir souhaité la bienvenue, je vous dis franchement que je ne comprenais pas la raison de votre retard à vous présenter devant l’Assemblée nationale, ni les rendez-vous successifs dont vous avez demandé le report. Mais, après avoir lu votre discours, j’ai découvert la raison. J’ai su que vous n’aviez rien à dire au Parlement.

Dans votre discours de l’année dernière, vous avez fait des promesses qui n’ont pas été tenues. Par exemple, la législation en matière de finances n’a connu aucun changement. La structure du budget n’a pas été améliorée. Tout ce qui a été fait est que le Rashad que vous avez promis d’élargir, a été confiné dans une seule main. Ainsi, les ministères ne sont plus en mesure de disposer des fonds qui leur sont alloués dans le budget.

La lutte contre la corruption ne signifie pas plus que l’audit des institutions que vous avez promis. Ces institutions qui engloutissent des dizaines de milliards d’ouguiyas et dont les responsables sont restés impunis. Au contraire, certains de ces responsables ont été récompensés par des promotions douteuses.

Les marchés de gré à gré, les transactions simplifiées, les accords conclus avec les entreprises minières, les entreprises de pêche, d’eau et d’assainissement, en l’absence de compétition : autant de mesures qui prouvent la prolifération de la corruption. C’est ce qui fait reculer notre pays de la position 84 en 2009 à la 143e place en 2010, dans l’indice de Transparency International.

Monsieur le Président

Nous avons le plus grand taux de chômage dans les pays du Maghreb Arabe, en particulier parmi les jeunes. Ajoutez à cela le coût élevé de la vie, les salaires stagnants, l’absence de tout geste envers les groupes vulnérables et l’absence de dialogue entre les partenaires sociaux. Tout cela est inquiétant et promet des conséquences désastreuses. Les exemples de la Tunisie et de l’Algérie sont là, non loin de chez nous.

Vous aviez promis dans votre discours précédent de lutter contre la hausse des prix. Ce slogan était retentissant le long de la campagne présidentielle. Et vous n’aviez pas hésité à exploiter la baisse qui s’était produite en raison de la récession mondiale. Vous l’aviez présentée comme étant un don fait au peuple par votre gouvernement. Cependant, depuis quelque temps, ce slogan a disparu de votre discours en général, tout comme de celui d’aujourd’hui.

Pourtant, les citoyens ont besoin de ce slogan aujourd’hui plus que jamais, à cause des hausses frénétiques des prix qui menacent leur vie. Les prix des matières de première nécessité, en particulier.

Dans votre précédent discours vous aviez promis de surveiller le marché et l’application des lois existantes. Vous aviez promis d’imposer la libre concurrence et de réduire les coûts de production et d’importation de ces matières. Mais vous ne l’avez pas fait.

Vous avez fait disparaître la Sonimex, cette société qui aurait pu contribuer à fixer les prix et à combattre les ententes illicites. Pour le compte de qui ?

Votre silence face à ce phénomène peut être interprété seulement comme une connivence avec ceux qui ont décidé de transformer la vie des gens en véritable enfer.

La réponse de votre gouvernement est toute faite : cette augmentation est un phénomène mondial. Pour le moins contestable. En 2009, la baisse des prix était aussi un phénomène mondial. Mais vous ne l’aviez pas dit. Au contraire, vous n’aviez pas hésité à vous l’approprier.

Il est vrai que la hausse est en partie due à la composante globale. Mais l’absence de la Sonimex et la non-application des dispositions relatives à la concurrence et au monopole, jouent un rôle crucial.

Monsieur le Président

J’aurais aimé que le discours aborde la question de l’esclavage et les réalisations du gouvernement à ce sujet. Mais je vais, quand même, noter le cas de deux filles mineures, dernière manifestation de cette question, en plus de l’arrestation du militant des droits de l’homme Biram Ould Dah et ses camarades. A cet égard, je mets le gouvernement en garde contre le danger de la partialité de la télévision nationale contre ces militants dans une question se trouvant entre les mains de la justice.

Monsieur le Premier Ministre

Le statut de la police n’est pas mis en application à ce jour, pour améliorer leurs conditions, en dépit de sa publication depuis une année. Et ces policiers recrutés par les Émirats arabes unis et dont ce pays a mis fin aux contrats malgré leur jeune âge, avez-vous pensé à leur tragédie ? Et les groupes de travailleurs qui n’ont pas reçu de salaires depuis des mois, quand est-ce que allez vous trouver une solution à leurs problèmes ? Monsieur le Premier ministre, quelle action votre gouvernement a-t-il entreprise en faveur de notre communauté en Côte d’Ivoire ?

Et les 70 juges démis de leurs fonctions, en vertu de quelle loi ont-ils été démis ? Et où en est-on avec l’indépendance de la magistrature ?

 
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