mercredi, 22 mai 2019
 

Les journalistes étrangers personae non gratae au Sahara occidental

Le 8 novembre 2010, l’armée marocaine a investi le campement de sahraouis, à Agdaym Izik. Erigé près de la ville de Laayoune, le 10 octobre 2010, ce campement de tentes de toile comprenait 12 000 personnes, revendiquant pacifiquement leur droit à l’accès à certains avantages sociaux. D’autre part, à ce jour le 9 novembre 2010, une dizaine de correspondants étrangers sont toujours empêchés d’embarquer pour la ville de Laayoune, par les représentants de la compagnie gouvernementale Royal Air Maroc (RAM), à l’aéroport de Casablanca.

Selon nos sources, l’intervention a fait plusieurs dizaines de morts et une centaine de blessés. Selon la préfecture de Laayoune, les infrastructures du campement, auraient été entièrement détruites. Depuis plusieurs jours, le site est interdit à tout observateur étranger. La presse internationale s’intéressant à la question du Sahara occidental est la cible directe des autorités marocaines.

Reporters sans frontières condamne avec la plus grande fermeté l’interdiction imposée aux journalistes étrangers désirant se rendre à Laayoune, ou informer sur la situation des sahraouis. L’organisation exige l’arrêt de toutes les mesures visant à empêcher les journalistes de se rendre dans le campement près de la ville, afin d’y effectuer leur travail. Disposant du statut avancé auprès de l’Union Européenne et candidat à son intégration, le Maroc ne peut pas interdire le droit à l’image et l’accès à l’information.

Deux journalistes espagnols sauvés de justesse de la vindicte populaire

Le 5 novembre 2010, 7 journalistes espagnols ont été pris à partie par des militants pro-marocains, à l’intérieur même du tribunal de Casablanca, alors qu’ils couvraient le procès de 7 indépendantistes sahraouis, dits du « groupe de Tamek ». Deux d’entre eux, Eduardo Marin de la radio SER, et Antonio Parreño, de la chaîne TVE, ont été frappés à coups de poing et de pied. Ils ont été sérieusement blessés au visage. Les autres journalistes, couverts d’insultes et de crachats, ont aussi été molestés.

« Depuis huit ans que je travaille au Maroc, je n’ai jamais vu une telle violence, littéralement hors de contrôle. Dans l’ensemble, cela donnait l’impression que c’était organisé, mais que cela leur avait échappé. On remarquait des personnes en habit d’avocat qui semblaient donner des instructions à la police, d’autres qui avaient l’air de policiers en civil. Certains avocats nous insultaient en espagnol. (…) La passivité de la police m’a frappé. Certains agents riaient même. Les policiers ne sont pas intervenus tout de suite, mais seulement lorsque les coups commençaient à devenir dangereux », a déclaré à Reporters sans frontières Luis de Vega, correspondant du journal espagnol ABC.

Empêchés d’embarquer vers Laayoune

Le député européen Willy Meyer, et trois journalistes espagnols du quotidien Canarias 7 qui l’accompagnaient, ont été interdits de débarquer à l’aéroport de Casablanca, alors qu’ils se rendaient au campement de Laayoune, le dimanche 8 novembre 2010. Une fois arrivés, les autorités aéroportuaires leur ont signifié qu’ils ne pouvaient entrer sur le sol marocain.

De la même manière, 11 correspondants de journaux espagnols se sont vus refuser de se rendre à Laayoune, par voie aérienne. Au moment d’embarquer, les représentants de la Royal Air Maroc (RAM), compagnie aérienne gouvernementale, ont annoncé que leurs réservations avaient été annulées.

Le 25 octobre dernier, la RAM a bloqué l’embarquement à Casablanca de sept journalistes espagnols, pourtant accrédités comme correspondants de médias étrangers par le ministère de la Communication.

Les journalistes (deux représentants de la TVE, télévision publique espagnole, deux de la TV3, chaîne télé catalane, un de la radio SER, un du quotidien El Mundo et enfin un de l’agence de presse EFE) avaient l’intention de se rendre à Laayoune, afin de couvrir la mort dramatique d’un adolescent survenue la veille, à une quinzaine de kilomètres de la ville. Nayem El Gareh, 14 ans, avait été abattu par les forces armées marocaines lors du passage d’un barrage, près de Agdaym Izik. Plusieurs personnes avaient été blessées par les mêmes tirs.

Six des correspondants se sont vus annoncer à l’aéroport Mohammed V que leur réservation « avait été annulée par quelqu’un », sans plus d’explication. Les agences de tourisme ayant vendu les billets les ont informés par la suite que l’annulation avait été effectuée par un agent de la compagnie RAM, avec laquelle ils devaient voyager.

Le septième journaliste, qui avait pu obtenir normalement sa carte d’embarquement, a été prié par des policiers en uniforme, lors du passage du contrôle de sécurité, de la leur remettre pour une vérification. Elle ne lui a jamais été rendue. Il a dû rester à Casablanca ce jour-là.

Les agents de la RAM ont déclaré aux journalistes qu’aucune place n’était disponible sur les vols Casablanca-Laayoune avant le jeudi suivant, le 28 octobre. En réalité, ils ont tous pu réserver, par la suite, des billets sur le vol du lendemain, le 26 octobre, mais ont dû acheter de nouveaux billets. A noter que les agents du comptoir de la RAM n’avaient pas fourni aux voyageurs, comme ils l’avaient pourtant réclamé, un document prouvant qu’ils n’avaient pas pu embarquer.

Une fois à Laayoune, les sept journalistes ont été suivis par des policiers en civil et empêchés d’entrer dans le campement de Agdaym Izik, « faute d’autorisation du ministère de l’Intérieur ». De façon générale, les correspondants étrangers rapportent que couvrir la région sud du Maroc (Sahara) devenait de plus en plus difficile, en raison de diverses restrictions officielles et officieuses.

L’organisation rappelle que le ministère de la Communication a annoncé, le 29 octobre 2010, la fermeture des locaux de la chaîne qatarie d’information en continu Al-Jazeera, ainsi que du retrait des accréditations de tous ses journalistes (pour information : http://fr.rsf.org/maroc-fermeture-a...).

Depuis juillet dernier, les journalistes de télévision doivent systématiquement demander l’autorisation de filmer en dehors de Rabat. Ils reçoivent rarement de réponse à leurs demandes.

Source : http://fr.rsf.org

 
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