samedi, 19 janvier 2019
 

Tunisie - Forum Social Mondial : vers la convergence des luttes !

Pour la première fois, le Forum social mondial (FSM) vient d’avoir lieu fin mars 2013 dans un pays arabo-berbère et méditerranéen du continent africain. Ce qui était impensable dans un pays arabophone avant 2011, tant que les Ben Ali et Moubarak étaient au pouvoir, a pu se réaliser grâce aux révoltes anti-dictatoriales dans le monde arabe. « Le Forum Social, en entrant en contact avec une société en mouvement, en ébullition, produit une réaction chimique ; une interaction extrêmement intéressante », a formulé Éric Toussaint (du Centre pour l’annulation de la dette du tiers-monde - CADTM), dans une interview.

Le FSM était précédé, le week-end d’avant, par une grande rencontre d’environ 1.000 participantEs pour le non-paiement de la Dette ; dette contractée par l’ancienne dictature au détriment du peuple tunisien, et qui sert maintenant à tenir emprisonnés les choix économiques des nouveaux gouvernements démocratiques. Autour du Front populaire de Tunisie, une vingtaine de formations politiques des pays du pourtour méditerranéen – ainsi que de Belgique, Haïti et du Venezuela - ont tenu ensemble un grand meeting de clôture et promis de continuer à travailler ensemble.

Travaux pratiques

Le matin, avant l’ouverture du Forum prévu mardi 26 mars 2013, des délégations d’organisations syndicales françaises (SUD, CGT), mais aussi des militant(e)s marocains, burkinabé, rwandais, sud-africains et autres ont participé à un rassemblement au siège de Téléperformance pour soutenir les grévistes de la multinationale. Cette entreprise, l’un des leaders mondiaux dans le secteur des Centres d’appel, a son siège et est cotée en Bourse à Paris. Elle assure le « service de clientèle » de plusieurs des plus grandes entreprises françaises. Depuis fin février, une partie de ses salariés sont en grève avec le soutien de l’UGTT, pour demander l’application d’une convention collective (signée en 2010 mais jamais appliquer) et pour demander l’annulation de licenciements. Leur lutte contre la multinationale était soutenue par des syndicats français, et a aussi été le sujet de plusieurs débats au sein du FSM. Du 1er au 3avril, la grève chez Téléperformance a d’ailleurs connu un nouveau pic, avec plus de 80 % de participation. Depuis lors, les grévistes ont pu arracher un accord, signé le 18 avril, qui garantit des augmentations salariales, supprime toutes les ruptures de contrats de travail en période d’essai (intervenues pendant la grève), et permet un « réexamen » des licenciements qui avaient été prononcés en février avant la grève. Des participant(e)s ont considéré ce résultat comme un succès, même s’il faudra observer les suites concrètes sur le terrain.

Les luttes sociales transnationales, au Nord et au Sud de la Méditerranée (dans le secteur des télécommunications, dans la métallurgie avec ses sous-traitants en Tunisie ou au Maroc, …) ont aussi constitué un des grands thèmes du FSM. Tout comme la lutte contre la Dette illégitime, et contre les accords de libre-échange qui lient p.ex. la Tunisie ou le Maroc à l’Union européenne et à d’autres pays impérialistes. En réponse aux révolutions arabes, l’UE a lancé depuis mai 2011 le « partenariat de Deauville » (du nom de la ville qui avait hébergé le G20 présidé alors par Nicolas Sarkozy) ; et propose actuellement un « partenariat de libre-échange approfondi » au Maroc, à la Tunisie ou à la Jordanie. Le tout étant accompagné de négociations avec le FMI sur des nouveaux crédits, en Tunisie (pour 1,75 milliards de dollars) ou en Égypte, dans ce dernier cas sur plus de 4,5 milliards de dollars. Il s’agit d’enfermer ces pays définitivement dans un « modèle » économique néolibéral, tourné vers l’exportation en direction du Nord et le paiement de la Dette. La critique de ces accords, ou la meilleure façon de contrer l’offensive de la BERD (Banque européenne de reconstruction et de développement) – qui a déjà « accompagné » les restructurations néolibérales en Europe de l’Est à partir de 1990, et s’active actuellement en Afrique du Nord -, a également constitué le thème de plusieurs ateliers et débats du FSM.

Opposant(e)s et pro-régime

Les forums syndicaux ont, dans certains cas, donné lieu à des vifs affrontements dans la mesure où des syndicats proches du pouvoir étant présents, notamment dans les cas marocain et algérien. L’UGTA (centrale proche du pouvoir) se disputait ainsi la parole avec les syndicats autonomes algériens. Ceci alors que 96 personnes, appartenant aux syndicats autonomes et à plusieurs associations, avaient été empêchés par les autorités du pays de traverser la frontière pour participer au FSM. Certains participants marocains étaient, par ailleurs, aussi et surtout présents pour contrer les demandes d’autodétermination du Sahara Occidental, fortement présentes. A cet effet, une réunion avec certains participants marocains sous la direction du ministère des Affaires étrangères avait eu lieu, dans la semaine précédant le forum…

En théorie, les pouvoirs étatiques n’ont pas le droit à la parole, dans les Forums sociaux. Une fois de plus, ce principe n’a pas été respecté. L’organisme US-AID, proche du ministère des Affaires étrangères états-unien, était ainsi présent au titre d’ONG. Un organisme de propagande du régime iranien montrait en public des slogans négationnistes, parlant des crimes de Gaza sous le titre « The REAL Holocaust », ce qui revient à dire que le génocide nazi n’aurait pas existé. Et des hommes derrière le stand en question filmaient des opposants avec une énorme caméra. A l’avenir, de telles forces, qui n’ont strictement rien à faire dans un forum progressiste !, devraient être efficacement bannies, de gré ou de force.

Pour le reste, ce Forum a permis de nouer des contacts précieux et de travailler à la convergence des luttes, au-delà des frontières nationales et de la Méditerranée. C’est ce travail-là qu’il faudra approfondir et pérenniser.

Berthold Du Ryon

 
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