samedi, 15 décembre 2018
 

Tunisie : la « caravane de la liberté » demande le départ de Ghanouchi

Depuis le dimanche 23 janvier, des centaines de Tunisiens du centre du pays campent à El Casbahm dans la capitalem Tunis, et sous les fenêtres du Premier Ministre, réclamant la démission du gouvernement provisoire et surtout ses membres ex-RCDistes (le parti de Ben Ali, ndlr), à leur tête Mohamed Ghanouchi, serviteur pendant 11 ans de l4ancien dictateur.

Le soir du jeudi, Ghanouchi annonce un remaniement ministériel important écartant tous les ministres RCDistes. Les manifestants de la Casbah expriment leur joie mais déclarent, au même temps, qu’ils continuent à protester contre le premier ministre. « C’est une question de principe ! On ne peut pas accepter El Ghanouchi qui a tant servi la dictature », nous explique Hazem, un jeune cinéaste.

Le mouvement décide, de continuer les manifestations à la Casbah, sans l’UGTT qui déclare, le jour même, son soutien au gouvernement du Ghanouchi.

Entre temps, la police continue à exercer sa violence et son oppression contre les manifestants pacifistes. Quatre nuits, et cinq jours, pendant lesquels, la police torture ces jeunes par plusieurs méthodes. La plus médiocre est d’interdire l’accès des aides (nourritures et couvertures) venant des citoyens. La methode dure

La deuxième méthode, encore plus dure, consiste à l’agression et la violence. L’un des manifestants, Majdi de Gbeli (Sud de la Tunisie), a témoigné que, le 26 janvier, vers 2h du matin, des milices inconnues, ont débarqué avec des armes blanches et des grosses pierres. Au même temps, la police arrive et surveille de loin sans essayer d’intervenir. « Heureusement que l’armée est venue nous protéger de ces criminels » a jouté Majdi.

Le lendemain, 27 janvier, vers 23h, un jeune homme a témoigné que la police a agressé, gratuitement, un manifestant déjà affaibli par la grève de la faim. « Et pour faire de l’ambiance, ils nous jettent de temps à autre des bombes lacrymogènes » ironise-t-il.

Les manifestants souffrent aussi d’une pression médiatique exagérée. Depuis l’arrivée de la caravane de la liberté, les journalistes ont choisi leur camp : c’est celui du gouvernement provisoire. Les médias tunisiens ont réussi à vaincre la grande masse que « la caravane de la liberté rassemble une bande de malfaiteurs, ivrognes et anarchiques ». les médias ont même allé plus loin en défendant l’ancienne composition du gouvernement transitoire comme étant « le meilleur choix pour la stabilité du pays ».

Plusieurs jeunes tunisiens ont adopté ces opinions et ont fait des compagnes anti- manifestants sur Facebook. Certains ont même mis la photo de Ghanouchi pour le soutenir. La majorité a repris la vie normale et se montre indifférente et parfois hostile aux manifestations qui bloquent, selon les médias, l’économie du pays.

Devant cette manipulation médiatique, la caravane de la liberté a pris la décision de refuser tous les médias tunisiens débarquant à la Casbah pour des reportages. Naiîm, de Ben Arous, explique :

« La presse nationale est manipulée, ses journalistes disent que nous sommes des malfaiteurs… Déjà elle nous a déçus et trahis pendant les évènements du 14 janvier… ».

Et il ajoute

« je suis en contact avec plusieurs journalistes étrangers… nous allons faire entendre notre voix sans la grâce des médias tunisiens ».

Après quelques cris de joie et des félicitations entre manifestants à la Casbah, suite au remaniement du gouvernement provisoire, la caravane de la liberté a décidé, de continuer « la lutte pour nettoyer le pays de tous les corrompus du clan Ben Ali, et à leur tête Mohamed Ghanouchi » nous assurent plusieurs activistes de ce mouvement pacifiste.

Ce vendredi, la caravane de la liberté, organise une marche pacifiste sur tout le centre ville de Tunis avec des avocats, des médecins et d’autres militants de la société civile. Une marche de victoire, mais surtout de réconciliation avec des Tunisois qui les ont un peu déçus ces derniers jours.

Henda Chennaoui

Source : http://www.rue89.com

 
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