samedi, 19 janvier 2019
 

Tunisie : Le mouvement de protestation s’étend à Ben Gardane

en dépit de la férocité de la répression et des promesses du pouvoir

Des sources ont affirmé à Assabilonline aujourd’hui, mardi 17 août 2010, que les heurts violents entre les citoyens et les forces de police se poursuivaient à Ben Gardane et que les affrontement s’étaient étendus à d’autres régions ; Les régions de Jamila Elkadima (Zekra) et Jalel ont été le théâtre de manifestations qui se sont étendues aux régions de Houmet Chaouat entre Jamila Elkadima et Jamila Eljadida, à quatre kilomètres et demi du centre de la municipalité en direction de la Libye et sur la route menant à Ras Jdir. Dans l’après midi du 16 août, elles ont concerné aussi les régions de Lourasnia et Chareb Errajel pour la première fois. Nos sources estiment que les affrontements qui ont eu lieu au centre du marché municipal et dans la région de Jalel ont été les plus violents depuis le début du soulèvement des populations de la région.

Alors que les autorités parlent d’un nombre de personnes arrêtées ne dépassant pas quarante personnes, nos sources affirment, elles, que leur nombre dépasse les deux cents. Citons notamment : Mohammed Ben Messaoud Lichiheb, Béchir Chaouat, Abdelwahab Chaouat, Nafti Mahdhi, et la liste serait longue. Abdennacer Ben Mokhtar Lichiheb, Noureddine Lichiheb, Mohammed Mellak et Noureddine Ben Dhaou ont été libérés. Les forces de police ont procédé à des opérations de ratissage, ont fait des descentes sauvages dans les domiciles dans le but d’arrêter des personnes dont les noms ont été cités, soit par des personnes arrêtées dans les postes sous la torture , soit par des indicateurs. Ces personnes sont arrêtées pour avoir participé aux manifestations, comme Noureddine Ben Baghdadi Lchiheb et Nabil Lchiheb

Lors de l’interpellation du premier, sa sœur aînée, Houda Lichiheb a été blessée, au moment de l’intrusion violente dans la maison, elle a voulu les empêcher d’y pénétrer car ils n’étaient pas en possession d’un autorisation légale de visite et de perquisition ; Les deux jeunes ont été arrêtés et roués de coups devant leurs proches. Dans la région de Lourasnia, il y a eu séparation d’une mère et de son fils, la première ayant tenté de s’interposer lors de son arrestation, mais ils ont exhibé un revolver pour la terroriser et l’obliger à renoncer. Les policiers ont utilisé des termes grossiers, des expressions vulgaires, des insultes, et des blasphèmes envers tout le monde, ce qui a eu le don de provoquer les populations.

On a enregistré des blessés graves dans la région de Jalal entre autres et 15 blessés dans les rangs de la police dans la région de Zekra, dont l’un pourrait être sérieusement atteint. L’agent atteint a été vu sur le sol, inanimé et ses collègues l’ont transporté dans leur véhicule. Des jeunes, dans la partie est de Zekra, ont tenté de s’en prendre au poste de police, distant de neuf kilomètres du centre de la délégation sur la route de Ras Jdir, mais ils n’y sont pas parvenus du fait de la forte présence policière, pas moins de 9 véhicules d’intervention et des véhicules de la garde (Toyota) et cinq motos.

Ce sont les manifestants qui comptent le plus de blessés et lundi 16 est la journée qui a vu l’hospitalisation d’un grand nombre de personnes suite à des fractures et des blessures profondes. Des dizaines de personnes ont été arrêtées et dans la région de Lourasnia entre trente à quarante citoyens ont été blessés et les jeunes en colère ont pu incendier complètement un car de la compagnie de Gafsa et blessé 10 agents. La région de Zekra a été le second théâtre d’affrontements en ville, caractérisés par l’utilisation de frondes par les forces de police comme lance pierres dans les zones habitées, blessant nombre de citoyens dans leurs domiciles.

Nos sources ont observé aussi que les escadrons de la police pénétraient davantage les zones habitées, et ce, avec plus de violence. Elles ont ainsi incendié des enclos à bétail faisant fi du vieillard qui les suppliait d’éteindre le feu car le bétail était sa source de revenus, au contraire : ils l’ont visé avec des pierres, l’obligeant à s’enfuir. Elles ont presque entièrement détruit un commerce d’essence, le suspectant d’abriter des jeunes. Ce commerce appartient à Ammar Khila. Elles ont dévalisé une société de produits alimentaires appartenant au citoyen Mehdi et fait main basse sur la marchandise sans en payer un millime. […]

Des sources d’Assabilonline ont fait état d’une recrudescence dans plusieurs régions de Ben Gardane : Un témoin oculaire affirme : A Ben Gardane, chaque nuit s’avère plus violente que la précédente Un témoin oculaire a affirmé à Assabilonline que « les événements vont crescendo et la colère populaire ne fait qu’augmenter » […] en dépit des tentatives de cadres du Rassemblement d’appeler pendant la journée les parents à faire pression sur leurs enfants et à leur interdire de participer aux mobilisations ; […] des personnalités du Rassemblement ont alors voulu s’adresser la nuit aux manifestants directement, des délégués ou des membres des cellules, pour appeler la jeunesse en colère au calme en leur promettant de chercher des solutions, en coordination avec les diverses brigades de sécurité qui se s’étaient éloignées des lieux de tensions pour faciliter l’apaisement » […]

Mais brutalement la nouvelle de la reprise d’affrontements à l’est de Zekra a interrompu cela et les heurts ont repris et les manifestants sont revenus dans le quartier de la poste et de la vieille mosquée à minuit. Ils ont bloqué la route avec les barricades et ont mis le feu à des pneus, des troncs de palmiers et ont semé un vacarme, criant et frappant sur des bidons vides, lançant des slogans simples exigeant des solutions […] Les forces de l’ordre sont arrivées à bord de neuf véhicules lourds et cinq ou six motos et ce fut le début du plus violent affrontement nocturne, avec usage des pierres des deux côtés. Les manifestants ont fait usage de bouteilles enflammées pour la seconde nuit et il y a eu tentative de voitures d’écraser des manifestants ; Les heurts se sont poursuivis dans les quartiers habités limitrophes de la route, à deux cent ou trois cent mètres à l’ouest de la poste où avait lieu le face à face le plus violent et le plus long, qui n’a pris fin qu’à l’aube. […]

D’après notre source, d’autres facteurs contribuent à raviver les mobilisations et à les étendre : « on sait que les événements ont commencé avec un moteur social, vital, lié à la fermeture du pont de passage de Ras Jdir par les autorités libyennes et avec l’assentiment des autorités tunisiennes comme le pensent les populations de Ben Gardane, mais l’extension des mouvements de protestations et les méthodes utilisées par la « Sûreté » ont engendré de nouvelles motivations qui se sont cumulées à la première. Ainsi, en agressant les populations et leurs biens, en violant la morale, par leurs insultes, ils ont ouvert une profonde blessure dans les cœurs et les ont incités à la vengeance » Cela s’est poursuivi mardi selon le témoin, différemment dans la ville de Ben Gardane, car si les journées précédentes avaient été calmes, elle s’est remplie, de jour, des populations en colère qui ont fait un sit-in pacifique au siège de la délégation et ont exigé que des solutions soient trouvées aux problèmes sociaux, ont protesté contre les méthodes des forces de l’ordre […] et ont pris la parole, à l’instar de Nafti Mahdhi, un diplômé chômeur […] qui a appelé à l’arrêt du traitement sécuritaire et à la réflexion sur des solutions radicales […]

Monsieur Nafti Mahdhi a subi des violences tout comme ceux qui avaient participé au sit-in, notamment la délégation syndicale venue de Médenine pour observer la situation et participer au sit-in. Mahdhi et des manifestants ont été arrêté, ainsi ainsi qu’un syndicaliste qui a été relâché par la suite […] La famille de Mahdhi et celles des autres personnes arrêtées n’ont pu rendre visite à leurs proches ni leur apporter le repas de la rupture du jeûne au prétexte qu’ils n’étaient pas au poste. La rumeur veut que Mahdhi ait été transféré dans la capitale. […] Des sources ont affirmé à Assabilonline que la direction de l’UGTT avait pris contact mardi 17 août avec le pouvoir et avait abordé la situation à Ben Gardane. […]

18-08-2010

Source : Assabilonline

(traduction d’extraits ni revue ni corrigée par les auteurs de la version en arabe, LT)

 
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