samedi, 16 décembre 2017
 

Sommet europafrique d’Abidjan : vers un diktat militaire néocolonial !

Les 30 novembre et 1er décembre, à Abidjan, ce sera la cinquième fois que les chefs d’État européens et africains se réunissent pour poursuivre leurs « dialogues », « concertations », « partenariats », « stratégies conjointes » concernant les questions posées par la mondialisation aux pays des deux continents. Mais à la différence des sommets précédents (Le Caire en 2000, Lisbonne en 2007, Tripoli en 2010, Bruxelles en 2014), la « communauté de vue et d’action » europafricaine qui s’annonce ne concernera pas que les grands mots du spectacle des sommets d’État : paix et sécurité, bonne gouvernance et démocratie et droits de l’homme, développement économique et humain, éducation et croissance durable et sécurité alimentaire, gestion des ressources naturelles et changement climatique et migrations et ainsi de suite…

Cette fois-ci,« le sommet UE-Afrique…sera principalement consacré à la jeunesse et aux moyens d’offrir des perspectives aux jeunes en Europe et en Afrique en particulier. C’est là le meilleur moyen de gérer les migrations, et la meilleure façon d’éviter la radicalisation. »

Si l’Union européenne, si le Conseil de l’Europe, si les Hauts-représentants européens ont à ce point à coeur l’avenir de nos jeunesses africaines « en particulier », pourquoi donc ne se mettent-ils pas d’urgence à l’oeuvre pour faire cesser (ils en ont tous les « meilleurs moyens » du monde) l’hécatombe de jeunes Africains qui, chaque jour, d’abord en terre d’Afrique, puis en mer Méditerranée, sont offerts en holocauste aux dieux du jour de l’Europe ?

Pourquoi donc les ports français, les ports espagnols de la Méditerranée, fermés aux navires et bateaux de sauvetage des migrants en détresse, naufragés, haut crime d’État s’il en est, au regard du droit international de la mer ? Pourquoi, sur le sol européen même, jusqu’aux plus élémentaires droits humains des enfants étrangers foulés aux pieds, de manière organisée, par les forces et les agents des États ? Pourquoi, en Afrique, le pillage systématique, par les puissances coloniales d’hier et d’aujourd’hui, qui n’aura de cesse qu’il n’épuise les ressources naturelles et humaines du continent ? Pourquoi les programmes, dissimulés, mais sus à mi-voix, de stérilisation des femmes, dans un continent demeurant sous-peuplé mais en « explosion » démographique, donc susceptible de troubler les équilibres de la géoéconomie politique mondiale ?…

Cette fois-ci, à Abidjan, derrière les mots grandiloquents et creux, une partie de la vérité vraie, non fictive, commence à pointer d’avance et annonce sa couleur fauve. C’est qu’entretemps, depuis les sommets passés, la « crise migratoire » a « déferlé » en Europe, tarte à la crème des politiques électorales scélérates d’extrême droite et de tout un chacun, pour être élu. Entretemps, s’est tenu, à Malte, il y a deux ans, dans le décor de dizaines de milliers de jeunes Africains noyés en mer, le sommet de la haute criminalité d’État pour une « politique nouvelle » de guerre aux migrants. Après quoi, des accords nouveaux, bilatéraux, multilatéraux, sont intervenus, signés par l’Europe et des États africains de départ et transit des migrants. avec une baisse, nous dit-on, de leur nombre… et le nombre croissant des morts ?…

Et les hotspots existants où déjà on refoule même par avion les migrants ? Et ceux en projet ? Et les frontières extérieures de l’Europe déplacées au fin fond de l’Afrique, défendues par les bandes armées des États africains à la solde de l’UE, empêchant hommes et femmes d’émigrer, en violation organisée permanente de la Déclaration universelle des droits de l’homme ?…

Mais l’Europe, mais les États européens, mais la France, ne sont pas les monstres politiques que vous dites !… Vraiment ? pourquoi ne font-ils pas, alors, pour se racheter une virginité ne serait-ce qu’à vil prix, quelques petites choses assez simples, et, par exemple, pour combler leur voeu de « développement » de l’Afrique, commencer, dans sa partie dite francophone, par démanteler le franc Cfa (colonies françaises d’Afrique), cette monnaie d’hier au coeur de la domination d’aujourd’hui, farouchement néocolonialiste, de la françafrique sur l’Afrique ?

On dit vouloir que le continent africain se développe en une économie capitaliste, en des États modernes. Mais a t’on jamais vu, dans l’histoire moderne, des pays prospérer ainsi, sans être maîtres de leur propre monnaie, clé de voûte de toute « souveraineté » économique et politique ?

Paris, 27-10-2017 CISPM (Coalition internationale des Sans-Papiers et des Migrant-e-s)

 
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