dimanche, 18 novembre 2018
 

La dynamique des forums en Afrique

À Abidjan, la capitale économique de la Côte-d’Ivoire, j´ai participé au Forum Citoyen Afrique-Union européenne du 26 au 28 novembre. Le Forum a mobilisé environ 1 200 personnes, surtout de l´Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale. Les mouvements sociaux, les paysans, les pêcheurs, les intellectuels, les jeunes, les ONG et les syndicats ont débattu les conséquences et des stratégies face à la renégociation des accords entre l’Afrique et Union européenne.

Le 28 novembre, la police ivoirienne a encerclé la Bourse du Travail où se tenait le Forum. L’accès a été bloquée pour l’entrée des organisations et des mouvements. Les ordinateurs et les mobiles des membres du comité d’organisation ont été saisis. Les organisations ont pu se réunir dans un endroit secret et continuer à travailler, pour finaliser une déclaration, mais la marche a été annulée.

La déclaration finale du Forum formule des recommandations : les partenariats économiques ; la sécurité alimentaire ; le régime foncier et la gouvernance des ressources naturelles ; la dépendance monétaire et l´évasion fiscale ; les changements climatiques ; et les migrations. Selon le philosophe congolais Emmanuel Kabongo Malu, après des décennies de politiques d’ajustement structurel, le continent est maintenant confronté à une nouvelle phase de politiques d´« ajustement foncier », qui mène à la privatisation des terres et l´accaparement des ressources naturelles par les investisseurs.

Les jeunes en particulier voient peu de perspectives d’inclusion sociale et partent à la poursuite d’autres chemins, certains d’entre eux tortueux et risquées.

La réduction de l’espace de participation démocratique a également fait l’objet d’un débat au Mozambique, au cours de la 5ième Conférence nationale de la société civile organisée par la Ligue des ONG du Mozambique, qui a réuni près de 150 mouvements de toutes les provinces du pays, ainsi que des représentants d’organisations du Nigéria, du Ghana et du Brésil. Les menaces à l’expression démocratique de la société civile au Mozambique se manifestent de plusieurs façons : la violence policière contre les jeunes dans les banlieues des grandes villes, la criminalisation des mouvements, la législation coercitive, le manque de reconnaissance juridique pour des associations de la part des autorités, comme dans le cas de l’organisation mozambicaine LGBT Lambda, qui n’a jamais été reconnue et enregistrée par le Ministère de la Justice. Pour les mouvements sociaux, la reconnaissance du rôle de la société civile organisée passe par le renforcement et l’approfondissement de l´institutionnalité démocratique dans les pays africains.

Damien Hazard

Coordonnateur de Vida Brasil, directeur de l´Association brésilienne des ONG dans l´État de Bahia (Brésil) et membre du Conseil international do FSM.

 
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