mardi, 14 août 2018
 

LOIN DU CONSENSUEL

Ce huitième rendez vous annuel de la Semaine anticoloniale et antiraciste a débuté par un happening original, le Colonial Tour, balade en bus dans le Paris colonial : Jardin des Plantes et zoos humains, Caisse des dépôts et consignations, qui encaissa la rançon payée par Haïti, Ecole militaire et bien d’autres lieux d’histoire et de mémoire, décryptés par Pascal Blanchard, Gilles Manceron, Catherine Coquery-Vidrovitch, Louis Georges Tin, auteur d’un ouvrage sur la question de l’esclavage et du droit de réparation.

Les thèmes choisis comme axes de cette édition se retrouvent brutalement rattrapés par l’actualité, ce qui nous conforte dans l’idée que la lutte contre le colonialisme n’est pas un combat d’arrière-garde et reste d’une violente acuité. La Françafrique, dont on nous avait pourtant annoncé la fin, semble se métamorphoser, à la lumière de la nouvelle donne politique, en « gauchafrique », titre provocateur d’une conférence organisée par Survie et qui connut un vif succès au Salon anticolonial.

Dans le cadre de la Dionyversité, le cycle consacré aux crimes et massacres coloniaux, au moment où l’on se souvient de l’assassinat du leader syndicaliste tunisien Fahrat Hached par la Main Rouge, fait sombrement écho à l’assassinat de Chokiri Belaïd, et ceux, en plein Paris d’un militant tamoul et de nos trois camarades kurdes en janvier dernier. Semaine riche en débats, loin du consensuel, ou de l’unanimisme, qui aborde des thèmes comme l’homo-nationalisme, l’islamophobie, les discriminations postcoloniales.

Les colonies actuelles ont, cette année encore, été au centre de notre engagement, avec une matinée dédiée à la Palestine au Salon anticolonial et un direct de Rabat avec Enaama Asfari, à l’issue du procès de la honte condamnant à perpétuité des militants saharaouis ; un moment chargé d’émotion et aussi de mobilisation.

Les prix traditionnellement décernés lors du salon de la Bellevilloise témoignent cette année de questionnements sans concessions. Le palmarès distingue en effet Manuel Valls pour sa politique sécuritariste qui convoque la figure de l’« ennemi intérieur », l’opération Serval qui légitime une guerre de type néocolonial au Mali, ainsi que Mohamed VI, qui poursuit l’œuvre de son père en criminalisant le mouvement social et en refusant la tenue du référendum d’autodétermination au Sahara occidental.

Le prix du livre anticolonial, décerné par les librairies partenaires (La Brèche, Point du Jour et Envie de lire) rend hommage à Georges Ibrahim Abdallah et rappelle aussi le combat de William Sportisse.

Une programmation riche et variée, des dernières colonies françaises au racisme et aux pratiques postcoloniales dans le monde du travail, qui se conclura par un concert de soutien à Saïd Bouamama et Saïdou de ZEP, accusés par une obscure ligue d’extrême droite de racisme anti-blanc, terminologie tout droit issue d’un lexique fascisant.

Avant la marche de solidarité avec les peuples en lutte, qui partira de Barbès, passera devant Saint-Bernard, lieux emblématiques des luttes de l’immigration souvent évoquées durant la semaine, marquera un arrêt devant le centre culturel kurde à la mémoire des militantes assassinées avant de se disperser, allez savoir pourquoi, devant le siège d’Areva. Avec une pensée pour un grand anticolonialiste qui vient de nous quitter, après une vie consacrée à l’engagement et la lutte pour les droits humains, la Palestine, les sans-papiers : Stéphane Hessel.

Nouveaux lieux d’accueil, jusqu’en Guyane et à la Réunion, nouveaux partenaires, nouvelles organisations qui manifestent leur investissement sur ces questions, public de plus en plus nombreux, intérêt médiatique, la Semaine anticoloniale s’installe durablement dans le paysage politique.

Gisèle Felhendler

http://www.anticolonial.net/

 
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