jeudi, 13 décembre 2018
 

Succès encourageant pour l’édition 2010 de la Semaine Anticoloniale.

La censure du site sur le réseau internet de l’Assemblée Nationale, qui l’a bloqué au même titre que les sites pornographiques ou de rencontre, a ironiquement suscité le buzz autour de cette mobilisation.

Diverses dans leur quotidienneté, les initiatives ont toutes su trouver leur public. Parmi elles :

Le salon du livre anticolonial a salué l’oeuvre et la mémoire de Claude Liauzu , mort en 2007, en primant son ouvrage Colonisations, migrations, racisme, histoires d’un passeur de civilisations (éditions Syllepse). Ce chercheur, militant de l’antiracisme, fait figure de précurseur, et ses analyses sur la formation des identités collectives, contre le choc des civilisations, sont d’une acuité toujours prégnante.

Les auditions à la Marquise, squat Jeudi Noir de la place des Vosges, devenu le Ministère de la Décolonisation et de l’ Egalité des droits, ont vu se succéder nombre d’historiens de renom, tels Manceron ou Lecour Grandmaison, pour établir le lien entre identité nationale et identité coloniale.

Le colloque des peuples Colonisés d’ Outre Mer a fait tomber le masque de la coopération française et consolidé les points de convergence entre Kanaky, Guadeloupe, Haïti et Comores, illustré par les pratiques coloniales à Mayotte.

L’actualité de la Françafrique a démontré la confiscation de 50 ans d’indépendance. Notons la participation annoncée d’un certain nombre de dictateurs africains et de leurs armées lors de la parade du 14 Juillet sur les Champs Elysées.

L’association Vérité et Justice pour Fahrat Hached a remis dans l’actualité l’assassinat en 1952 de ce dirigeant du mouvement national tunisien, fondateur de l’UGTT, perpétré par La main Rouge, organisation secrète aux ordres du gouvernement français de l’époque. Un de ses membres vient de reconnaître sur Aljazeera sa participation à ce meurtre ainsi que l’implication du gouvernement français. Un dépôt de plainte solennel a eu lieu au mois de mars lors d’un rassemblement symbolique à l’appel de la FTCR.

Point d’orgue de cette semaine, la manifestation, large, diverse, qui a réuni 6000 personnes autour du mot d’ordre fédérateur de Suppression du Ministère de l’identité nationale. Le parcours, âprement négocié, a finalement été validé par le Préfet himself, impressionné par le nombre d’organisations signataires de l’appel, plus de 80 ! Petit bémol : la présence dans le cortège d’une importante délégation du Ministère de la Régularisation de Tous les Sans papiers n’a pas réussi à masquer l’absence de représentants des piquets de grève actuels, et a mis en lumière le manque crucial d’unité du mouvement des sans papiers.

Grosse frustration, l’annulation in extremis du Salon Anticolonial, en raison du revirement pour le moins choquant de la Mairie de Paris, revenue sur sa parole de mettre le Palais Brongniart à disposition de la Semaine. Les motifs de cette décision brutale restent obscurs. Peut être faut-il aller chercher du côté de la frilosité du PS à reconnaître le fait colonial en Palestine, et qui, par ce geste, aurait refusé de cautionner la conférence intitulée « Palestine Israël : une question coloniale, une question française », et qui mettait l’accent sur la perception de ce conflit en France ? Rien d’étonnant venant d’une municipalité qui pratique le marchandage permanent, n’hésitant pas, en même temps qu’elle appose une plaque en souvenir des victimes du 17 Octobre 1961, a introniser, en manière d’apaisement communautariste, Gilad Shalit, soldat d’une armée d’occupation, citoyen d’honneur de la Ville de Paris. Peut être était ce le prix à payer pour avoir pu tenir à l’auditorium de la Mairie de Paris, le débat sur l’esprit de la conférence de Bandung, qui a tenté d’embrasser la thématique de la décolonisation dans toutes ses composantes, en rappelant l’espoir suscité alors en un monde de paix et de progrès social ?

Le prix du Colonialiste de l’année a malgré tout pu être décerné. Plusieurs catégories, plusieurs nominés au nombre desquels ont été distingués l’OTAN, Bolloré, Guéant, Natanyahou, et bien sûr Eric Besson. Cet heureux lauréat se verra remettre son prix, un somptueux casque colonial, par une délégation des organisateurs de la Semaine, au cours d’un très prochain happening !

Pour optimiser la dynamique de cette semaine, un réseau d’échange et de réflexion, Sortir du Colonialisme, est en phase de structuration ; son but sera d’impulser et de coordonner le combat contre le colonialisme et la recolonisation.

Cette année, la semaine a surtout été parisienne, malgré quelques manifestations en province. La perspective est de l’élargir aux quartiers et aux régions, et de sortir du contexte franco-français pour enfin donner à cette lutte une envergure internationaliste.

Gisèle Felhendler

 
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