jeudi, 17 janvier 2019
 

Afriques, années zéro. Du bruit à la parole

d’Anne-Cécile Robert et Jean-Christophe Servant

L’Afrique, continent noir vivant les pires affres : dictatures, misère, famine, sous-développement, pauvreté, endettement, analphabétisme, pillages, guerres civiles entre tribus, ethnies ou clans, corruption, maladies… Devant cet état désastreux et miséreux de ces 905 millions d’Africains, les sociétés, tant civiles que politiques, internationales se mobilisent depuis les indépendances à coups de projets humanitaires, d’aides de toutes sortes, d’allégements de dette, de plans d’ajustement structurel et autres cataplasmes visant à démontrer un intérêt feint pour le continent ou en tout cas tout à fait voués à l’échec. Cette image misérabiliste de l’Afrique, maniant les stéréotypes, les imaginaires et les certitudes les plus vulgaires autour d’un continent semblant se résumer à ses problèmes et immature pour la démocratie, reste ancrée et alimente largement le complexe de supériorité de l’Occident. C’est exactement pour lutter contre ces simplifications et ces préjugés créant l’ « insoluble complexité » du contient noir qu’Anne-Cécile Robert (rédactrice en chef adjointe du Monde) et Jean-Christophe Servant (journaliste au magazine Géo Histoire) se sont attelés à écrire : Afriques, années zéro. Contrairement au regard réducteur et biaisé par le petit bout de la lorgnette que propose l’Occident, les auteurs démontrent, en se plaçant de façon objective, réaliste et actuelle, que les choses ne sont pas moins compréhensibles en Afrique qu’ailleurs. Non, le continent noir, malgré les apparences, n’est pas résigné, l’Afrique se bat, les Africains luttent. Qu’elles se traduisent par un foisonnement du secteur associatif, par un altermondialisme, par un renouveau artistique et culturel mais aussi par des « émeutes de la faim » ou une tentative de reconstruction de la société civile, ces années zéro du début du XXIe siècle peuvent sonner le glas de ce qu’il est tenu d’appeler les « démocraties FMI ». La période charnière que traverse le continent depuis le début des années 2000, notamment avec l’avènement de la « Chinafrique » devrait définir et amorcer une nouvelle ère ouvrant un espace de tous les possibles voyant émerger de nouveaux discours et imposer de nouvelles grilles de lecture. L’un des enjeux à venir sera l’appropriation de ces questionnements par les Africains eux-mêmes, l’insertion du continent dans l’« économie-monde » indépendante des logiques de domination et des stratégies définies à l’extérieur. Evidemment, pour cela, la question des moyens est, comme partout, cruciale. Mais, en Afrique, elle s’inscrit dans la problématique générale du « sousdéveloppement  », du manque d’équipements et de ressources qui fragilisent toute action. Elle se double de celle des rapports avec les institutions internationales et les ONG du Nord. Un livre revigorant, éclaircissant, stimulant !

Isabel Ferreira

 
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